En quatre ans, la Chine a mis à l’eau plus de navires de guerre que la France n’en a dans toute sa marine. Ce chiffre, issu du Military Balance 2024 de l’Institut international d’études stratégiques (IISS), résume à lui seul le basculement de puissance navale en cours : 130 bâtiments de guerre lancés entre 2020 et 2024 contre 94 dans l’ensemble de la flotte française. Un rapport de 1 à 1,4 qui, formulé autrement, signifie que Pékin construit en moins d’un an ce que Paris a mis des décennies à constituer.
À retenir
- Un chiffre qui résume un basculement de puissance majeur en moins d’une décennie
- Comment Pékin a transformé ses chantiers navals en arme stratégique d’État
- La France face au défi insurmontable de la quantité chinoise malgré sa qualité navale
Sommaire
- Une machine de guerre industrielle sans équivalent occidental
- La marine française : puissante mais numériquement contrainte
- Quantité contre qualité : un débat qui ne suffit plus
Une machine de guerre industrielle sans équivalent occidental
Près de 255 bâtiments étaient recensés il y a une dizaine d’années par le Bureau du renseignement naval américain (ONI), contre environ 400 actuellement. La progression n’est pas linéaire, elle s’est accélérée de façon spectaculaire à partir de 2015, quand Pékin a décidé de traiter ses chantiers navals militaires comme un outil de politique d’État. Les constructeurs navals chinois de premier rang surplombent désormais le monde, une industrie que les pouvoirs publics ont consolidée à coups d’injections de subsides dans les entreprises d’État.
Le résultat est vertigineux. La capacité de construction navale militaire chinoise est estimée à environ 230 fois celle des États-Unis en termes de tonnage brut, selon une évaluation 2024 du Bureau du renseignement naval américain. À titre de comparaison, les États-Unis construisent moins de 10 navires par an. Depuis que les subventions ont été supprimées dans les années 1980, la contribution américaine à la production mondiale est passée de 0,50 % à environ 0,05 %. L’Europe, elle, assure à peine 4 % de la production mondiale. L’expert de l’IISS Nick Childs estime que la capacité de production chinoise serait « environ 200 fois supérieure » à celle de l’industrie navale américaine.
Environ 70 % des navires de guerre chinois ont été lancés après 2010, contre seulement 25 % environ pour la marine américaine. Ce renouvellement massif n’est pas qu’une question de quantité : les nouveaux navires chinois ne sont pas nécessairement supérieurs, bien que l’Office of Naval Intelligence ait évalué en 2020 que les navires chinois étaient de plus en plus comparables en qualité aux navires américains. Les destroyers Type 055, par exemple, sont des bâtiments de 13 000 tonnes qui rivalisent en taille et en armement avec les croiseurs de classe Ticonderoga de la marine américaine.
La marine française : puissante mais numériquement contrainte
La Marine nationale dispose en 2025 de 116 bâtiments de plus de 150 tonnes, répartis entre les bâtiments de combat (84 unités) et les bâtiments auxiliaires (32 unités). Elle représente un tonnage global à pleine charge d’environ 404 000 tonnes, ce qui la place au 7e rang mondial des marines de guerre. Septième rang mondial pour un pays qui administre le deuxième espace maritime du globe. Ce paradoxe dit tout du décalage entre ambition géopolitique et format de flotte.
La comparaison avec la Chine est d’autant plus saisissante que en 2025, la marine chinoise atteint les deux millions de tonnes, soit cinq fois le tonnage français. Et cette marine-là ne cesse de grossir. La force totale de combat de la marine chinoise devrait atteindre 395 bâtiments d’ici 2025 et 435 d’ici 2030. Pendant ce temps, selon la trajectoire officielle de la LPM 2024-2030, la Marine nationale devrait disposer de 13 frégates de premier rang en 2030, avec un objectif de 15 à l’horizon 2035. Quinze frégates. Contre plusieurs dizaines de destroyers et frégates chinois livrés sur la même période.
Ce n’est pas faute d’investir. La LPM 2024-2030 prévoit de consacrer 413,3 milliards d’euros aux armées sur sept ans, soit 118 milliards d’euros supplémentaires et une hausse de 40 % par rapport à la LPM précédente. Mais une grande partie de cet effort est absorbée par la remise à niveau de l’existant. L’Institut Montaigne parle ainsi d’une « loi de réparation » des forces, reconnaissant que des décennies de sous-investissement post-guerre froide ont creusé des failles capacitaires que cette programmation ne comblera qu’en partie.
Quantité contre qualité : un débat qui ne suffit plus
Face à ces chiffres, la réponse occidentale habituelle consiste à rappeler que la qualité prime sur la quantité : meilleure intégration des systèmes, supériorité en termes de cellules de lancement vertical, expérience du combat aéronaval. Ces arguments sont réels. En 2024, la Chine a passé le seuil de 50 % de la puissance de feu de la marine américaine en cellules de lancement vertical de missiles sur ses bâtiments de surface, et l’écart continue de se réduire. Le rattrapage n’est plus théorique.
La doctrine stratégique française, elle, mise sur la cohérence plutôt que sur la masse. L’élaboration de la LPM 2024-2030 a été pensée pour privilégier la cohérence sur la masse. Ce choix assumé a ses mérites, notamment pour une marine dont la vocation est la projection de puissance dans les eaux lointaines, la dissuasion nucléaire et la protection des territoires ultramarins. Les marines française, britannique, italienne et espagnole sont les seules puissances européennes à disposer d’un ou plusieurs porte-avions ou porte-aéronefs.
Il reste que les simulations de conflits prolongés donnent froid dans le dos. Une étude récente a conclu que les flottes les plus grandes ont remporté 25 guerres navales sur 28 dans l’histoire. La Chine a le nombre pour absorber davantage de pertes et continuer à combattre. Le 5 novembre 2025, le Fujian, troisième porte-avions chinois, est entré en service actif simultanément avec six autres navires totalisant 170 000 tonnes, soit près de la moitié du tonnage de toute la Marine nationale française mis à l’eau en une seule cérémonie. C’est peut-être là le chiffre le plus parlant de tous.
Sources : epochtimes.fr | meta-defense.fr


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