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Un bras de fer environnemental se dessine à Lamèque, où des citoyens s'inquiètent de la destruction de l'une des dernières tourbières vierges de l'île. L'entreprise qui souhaite développer le projet estime toutefois qu'il s'agit d'un projet porteur pour l'économie de la région.
Une grande partie de la tourbière tant convoitée, qui se situe à Cap-Bateau, se retrouve sur les terres de la Couronne alors que le reste du terrain appartient à Scotts Canada.
L'entreprise souhaite y exploiter la tourbe sur une superficie de 34 hectares, tout juste située derrière la maison de Daniel Ferron.

Daniel Ferron est un des membres du groupe citoyen Protégeons nos tourbières de Cap-Bateau.
Photo : Radio-Canada / Rachel Gauvin
L’homme, qui aime bien se promener dans cette tourbière s’inquiète que ses pas sur cette grande éponge de mousse soient comptés si le projet de Scotts va de l'avant puisque la végétation du site sera rasée afin d'en extraire la tourbe.
Entre 75 et 80 % des tourbières sur l’île Lamèque ont été exploitées, se désole Daniel Ferron, qui est aussi le porte-parole du groupe Protégeons notre tourbière Cap-Bateau.

La production de la tourbe au Nouveau-Brunswick a une valeur économique de 155 millions de dollars. 750 personnes travaillent à temps plein dans cette industrie et 700 personnes à temps partiel.
Photo : Radio-Canada / Ian Bonnell
Des images aériennes tournées par Radio-Canada Acadie à l’aide d’un drone illustrent que le quart de l'île de Lamèque est bien recouvert de tourbières, mais les cicatrices laissées par l’exploitation d’une dizaine d’anciennes tourbières ressemblent à de grands déserts bruns foncés.
On est préoccupé parce que c’est une des dernières tourbières sur l’île Lamèque qui est naturelle, et on aimerait ça qu'elle soit protégée, dit Daniel Ferron.
Au Nouveau-Brunswick, la plupart des tourbières exploitées sont sur des terres de la Couronne. Le groupe citoyen invite donc la province à protéger la dernière tourbière vierge de Lamèque en interdisant l’exploitation de tourbe sur la portion publique du site convoité par Scotts.
Alors que Daniel Ferron dit vouloir protéger l’environnement, de l’autre côté de la tourbière, c'est une cinquantaine d'emplois qu'on veut protéger dans le village de Coteau Road, une communauté qui compte 400 habitants.
On va arriver à un point de non-retour où on ne pourra plus justifier d’avoir une usine à Lamèque, dit Michael Godin, le directeur régional des opérations chez Scotts Canada à Lamèque.

Le directeur régional des opérations chez Scotts Canada, Michael Godin, dit que l'ouverture de la tourbière de Cap-Bateau va permettre de maintenir 50 emplois dans la région.
Photo : Rachel Gauvin
Selon lui, une fermeture pourrait être désastreuse pour l’économie de la région
Ici à Lamèque, on a trois millions en masse salariale annuellement, c’est quand même énorme pour une petite place comme ici.
Stéphane Chiasson, qui travaille aujourd’hui comme superviseur de maintenance de la production avec Scotts Canada, est du même avis.

Stéphane Chiasson, le fils du fondateur de la Mousse acadienne, nous dit que ça fait 60 ans cette année que la tourbière a ouvert ses portes à Coteau Road
Photo : Rachel Gauvin
L’entreprise de son père, La Mousse acadienne, a été un moteur économique pour le village depuis sa fondation en 1965.
Depuis que l’entreprise est passée aux mains de Scotts en 2016, la tourbe demeure le gagne-pain principal de plusieurs citoyens.
Il n’y a pas beaucoup de monde de Coteau Road qui n’a pas travaillé ici, raconte-t-il. Du point de vue identitaire, la tourbière au Coteau, c’est comme si ça leur appartient un peu.

La compagnie Scotts opère plusieurs tourbières au Canada. À Lamèque, 50 personnes travaillent pour cette entreprise.
Photo : Radio-Canada / Ian Bonnell
Ici à Coteau, on a 50 personnes qui travaillent ici et on s’attend à créer 6 à 8 nouveaux emplois avec le nouveau projet qu’on propose, ajoute Michel Godin.
D’après le ministère des Ressources naturelles, la production de tourbe au Nouveau-Brunswick a dépassé une valeur de 155 millions de dollars, soutenant plus de 750 emplois permanents et environ 714 emplois saisonniers en 2023.
La province ajoute que 1718 hectares étaient en production active sur la Péninsule acadienne en 2024, ce qui représente 0,8 % du territoire de la région.
En incluant toutes les zones influencées par l’extraction de la tourbe, telles que les infrastructures, les zones de préparation et les sites qui ne sont plus exploités, l’empreinte totale représente un peu plus de 3300 hectares, soit 1,6 % de la région, écrit le ministère.


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