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Votre tête mouline en permanence, vous oubliez le nom des gens, parlez trop vite, avez tendance à couper la parole de vos interlocuteurs et du mal à vous concentrer dans des environnements bruyants... Vous avez fait un autotest sur TikTok, et on vous dit que vous avez probablement un TDAH. Faut-il le croire ? Prudence. Il y a de grandes chances que ce soit un faux diagnostic !
Dans la population, un enfant sur 20 aurait un « vrai » TDAH
Le sujet du TDAH n'a jamais autant fait parler et, parce que ce trouble reste mal connu et regroupe des traits et des tempéraments dans lequel chacun peut se retrouver, la tendance est à voir du TDAH partout. C'est particulièrement vrai à l'école où dès qu'un enfant a du mal à suivre et à rester en place, on soupçonne qu'il est concerné. Mais qu'en disent les études ?
En mars 2026, le Britannique Samuele Cortese et son équipe ont publié dans The British Journal of Psychiatry une étude intitulée « Diagnostic (et surdiagnostic) du TDAH : fiction, effet de mode et échec », qui estime la prévalence mondiale du TDAH chez l'enfant et l'adolescent à 5,4 %. C'est à peu près 1 enfant sur 20, soit un à deux par classe. Selon les chercheurs, ce chiffre correspond aux enfants ayant de vraies altérations neurologiques, c'est-à-dire évaluées avec des critères stricts.
Mais selon un éditorial publié dans Child and Adolescent Mental Health, la psychiatre Anita Thapar estime que ce trouble neurodéveloppemental est loin d'être surdiagnostiqué. En reprenant les dossiers des enfants britanniques officiellement diagnostiqués, elle calcule que, malgré une impression d'explosion du nombre de cas, la prévalence reste à un niveau inférieur à ce chiffre de 5,4 %, et donc qu'on est loin d'un sur-diagnostic. On peut même parler de sous-diagnostic.
Un élargissement des critères de diagnostic
C'est vrai, si de plus en plus d'enfants se font diagnostiquer, c'est en partie à cause d'un effet de rattrapage lié à l'évolution des critères de diagnostic. Dans sa cinquième version datant de 2013, la bible de diagnostic des troubles mentaux et psychiatriques - le fameux DSM-5 - a assoupli la définition clinique du TDAH.
Avant 2013, il fallait prouver que les symptômes étaient apparus avant l'âge de 7 ans. Le DSM-5 a repoussé l'âge à 12 ans, et donc mécaniquement élargi le scope des enfants concernés. Idem pour les adultes pour lesquels le seuil du nombre de symptômes pour être diagnostiqué est passé de six à cinq symptômes en 2013, permettant à un plus grand nombre de personnes d'entrer dans la catégorie TDAH.
TDAH : l’ensemble du cerveau est impacté selon une étude
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Problème : dans certains pays, notamment aux États-Unis, on arrive aujourd'hui à des prévalences de TDAH chez les enfants de 10 %, voire même parfois 15 %. Comment l'expliquer ?
Si le diagnostic ne repose que sur les questionnaires que doivent remplir les professeurs et les parents et si le médecin qui examine les résultats n'a que peu de temps pour interroger en profondeur les familles et l'enfant, le risque d'erreur devient très élevé.
Un nombre incalculable de « faux positifs »
Une étude parue en 2021 dans le JAMA Network Open a ainsi calculé qu'aux États-Unis, les tests évaluant le TDAH aboutiraient à un taux de faux diagnostics équivalent à 64,3 %, soit plus d'un enfant sur deux ayant reçu un diagnostic alors qu'il ne souffre pas de TDAH.
On sait qu'un contexte familial stressant (conflits à la maison, divorce des parents, décès d'un grand-parent...) ou un simple manque chronique de sommeil peuvent provoquer des symptômes de TDAH - on parle d'« hyperactivité paradoxale » pour désigner l'agitation que peut provoquer une carence en sommeil chez l'enfant.
Trouble du neurodéveloppement : comment le détecter chez l’enfant ?
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Une autre explication a été mise en évidence dans un article publié dans le New England Journal of Medicine. Prenons deux enfants de CP, dont l'un serait né en janvier et l'autre en décembre. Ils ont onze mois de différence, donc pas la même capacité à rester calmes et concentrés. Pourtant, scolairement, on attend le même comportement de leur part. Si le plus jeune est agité, on aura tendance à l'étiqueter TDAH, à pathologiser son attitude, alors qu'il présente juste un décalage de maturité lié à son plus jeune âge. Rajoutez à cela le culte de la performance et les angoisses liées à l'échec scolaire, et c'est l'autoroute vers la médicalisation de comportements qui s'avèrent finalement tout à fait normaux.
Dernière explication : en faisant passer de 7 à 12 ans, l'âge avant lequel les symptômes sont apparus, on intègre la préadolescence et l'entrée au collège, moment où les exigences scolaires s'accentuent, les hormones changent, les relations sociales se complexifient... Autant de facteurs qui peuvent amener un enfant à être plus dispersé et moins attentif... mais pas forcément TDAH.
Selon une étude américaine, plus d'un diagnostic de TDAH sur deux serait erroné. © Nina2025/peopleimages.com, Adobe Stock
Des conséquences potentiellement lourdes
Et c'est bien ça le problème : les tests TDAH sont susceptibles de passer à côté des vraies causes d'un manque de concentration, d'une hyperactivité ou d'une impulsivité. Et ce n'est pas sans conséquences. Quand un enfant est étiqueté à tort comme ayant un TDAH, les effets néfastes du diagnostic et du traitement vont peser lourdement sur son devenir.
Au niveau psychologique, il va intégrer que son cerveau ne fonctionne pas normalement et qu'il ne peut rien faire contre, ce qui risque de le déresponsabiliser.
Si on lui prescrit de la Ritaline alors qu'il ne manque pas de dopamine, les effets secondaires vont exploser : hypervigilance, perte d'appétit, courbe de croissance qui ralentit, insomnies... et accentuer les problèmes de concentration, d'irritabilité et d'impulsivité qui ont amené ses parents à consulter. Le médecin va alors conforter son diagnostic et augmenter les doses de Ritaline. C'est un véritable engrenage ! Pendant ce temps, l'enfant n'est pas pris en charge pour ses vrais problèmes, et il continue de couler.
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Pour Samuele Cortese et Anita Thapar, le TDAH devrait être vu comme un continuum, et non pas comme une case oui/non. La règle d'or : « ne pas céder à l'urgence » ! Pour les cas de TDAH léger, dits « subcliniques », il convient de surveiller et de soutenir activement l'enfant, de modifier son environnement et d'aider les parents à structurer son quotidien en réduisant les sources de distraction.
Un rendez-vous avec un spécialiste (neuropsychologue, pédopsychiatre...) va permettre d'explorer l'écosystème de l'enfant, de vérifier sa vue, son audition, la qualité de son sommeil, d'exclure un trouble de l'apprentissage caché, et surtout de vérifier que les symptômes ne sont pas présents uniquement à l'école. Un vrai TDAH se manifeste en effet de manière transversale, donc également à la maison, dans ses activités sportives, etc.
À retenir
- La prévalence moyenne du TDAH dans le monde serait d'environ 5 % chez les enfants.
- Les critères de diagnostic se sont élargis en 2013 avec pour conséquence un plus grand nombre d'enfants et d'adultes entrant dans la catégorie TDAH. Il y a donc bien depuis une dizaine d'années un effet de rattrapage donnant l'impression d'une explosion des cas.
- Cependant, dans de nombreux pays, une proportion importante d'enfants TDAH ne sont toujours pas diagnostiqués (en raison notamment de l'engorgement des services médicaux spécialisés) et trainent des problèmes scolaires dont ils pourraient facilement se débarrasser s'ils étaient correctement pris en charge.
- Parallèlement, les méthodes de diagnostic peuvent, si elles ne sont pas appliquées de manière rigoureuse et approfondie, engendrer des « faux positifs » qui ont des conséquences délétères sur le bien-être des enfants.
- Avant de poser un diagnostic, une évaluation à 360 degrés de la problématique de l'enfant doit être menée afin de vérifier que ses problèmes de comportement et ses difficultés scolaires ne sont pas liés à d'autres causes qu'un trouble neurodéveloppemental tel que le TDAH.


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