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Stéphane Manigold : «Tickets-restaurants, quand fera-t-on confiance aux salariés pour dépenser leur propre argent ?»

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Le ministre du Commerce Serge Papin a annoncé une réforme des tickets-restaurants pour autoriser notamment leur utilisation le dimanche. Pour le restaurateur, il faut surtout en finir avec un système qui infantilise les salariés français.

Stéphane Manigold est restaurateur, chef d’entreprise, et dirigeant du groupe Éclore.


Quelle générosité princière ! Serge Papin, ex-patron de Système U devenu ministre du Pouvoir d’achat, annonce avec la solennité d’un monarque des Lumières que «tous les salariés» pourront enfin utiliser leurs titres-restaurant le dimanche. On nous autorise, miracle bureaucratique, à dépenser une partie de notre propre argent un jour de plus par semaine. On touche au sublime de l’absurde. Sylvain Catherine l’a dit avec une lucidité chirurgicale : «Le niveau d’ingérence et d’infantilisation que les Français acceptent dans leur vie quotidienne, ainsi que la complexité qui en découle, sont absolument grotesques.»

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Alexis de Tocqueville avait vu venir ce «despotisme doux» qui infantilise les citoyens en leur retirant peu à peu la responsabilité de leur propre vie. Rien ne l’illustre mieux que cette obsession à verser une partie des salaires en tickets trucs, chèques machins et cartes à puce, au lieu de laisser les citoyens majeurs disposer librement de leur salaire net. Le seul véritable ticket-restaurant qui vaille, le seul accepté partout sans commission exorbitante, c’est le billet de 20 euros. Tout le reste est un racket institutionnalisé.

Le salarié français est-il cet éternel mineur incapable de gérer son argent sans tuteur selon l’État ? Milton Friedman se retournerait dans sa tombe : «Un euro en espèces vaut toujours mieux qu’un euro en nature ou en bon d’achat, car seul l’individu sait ce qui maximise son utilité.» Ici, on traite l’adulte comme un collégien à qui on distribue des bons de cantine.

Contrairement à la fable de «l’avantage offert», l’État et l’employeur amputent directement le salaire net du travailleur (qui cofinance de 40 à 50% la valeur du titre). En échange de cette ponction, on lui confisque sa liberté : plafond journalier strictement limité à 25 €, interdictions territoriales, injonctions d’usage. Friedrich Hayek ajouterait que cette prétention bureaucratique viole le problème de la connaissance : nul ne sait mieux que le salarié lui-même ce dont il a réellement besoin.

Nous, professionnels de la restauration, ne sommes que des tiers payants pigeons dans cette vaste combine. Les vrais payeurs sont les salariés et les employeurs.

Pire encore, le gouvernement, cherchant à combler ses déficits, vient de poignarder cette prétendue «niche sociale». Le budget 2026 instaure une taxe de 8 % sur la part employeur pour racketter un milliard d’euros. L’État asphyxie les salariés pour financer ses propres dérives.

Frédéric Bastiat avait raison : «L’État est cette grande fiction par laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde.» Ici, le salarié et le restaurateur paient la note, le cartel empoche.

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Soyons crus : nous, professionnels de la restauration, ne sommes que des tiers payants pigeons dans cette vaste combine. Les vrais payeurs sont les salariés et les employeurs. Nous encaissons en nous faisant plumer par des commissions usuraires allant de 3,50 % à 5,70 % sur le TTC – nous payons donc une dîme privée sur la TVA que nous collectons pour l’État!

Sur un marché de plus de 9 milliards verrouillé à 99 % par le cartel Edenred, Pluxee, Swile et Up, des centaines de millions s’évaporent chaque année dans les poches de ces intermédiaires. C’est du capitalisme de rente pur jus. L’État exonère, l’entreprise finance docilement, le restaurateur paie la taxe féodale, et le cartel affiche des marges indécentes. Bien qu’ils aient écopé de 415 millions d’euros d'amende en 2019 pour entente illicite, la machine tourne encore à plein régime.

Cette «avancée dominicale» vendue par le ministre pérennise surtout le plus grand détournement de fonds de ces dernières années. À l’origine, le titre-restaurant était censé financer un repas au restaurant. Par pure démagogie anti-inflation, le gouvernement l’a muté en «titre caddie» utilisable dans les supermarchés, une dérogation prolongée jusqu’à fin 2026.

Le résultat macroéconomique est désastreux : 700 millions d’euros ont été siphonnés de la restauration indépendante vers la grande distribution selon l’UMIH. L’ex-patron de Système U finit donc par subventionner ses anciens concurrents avec l’argent des restaurateurs et l’épargne contrainte des salariés. L’ironie est assassine. Même le chef étoilé Thierry Marx l’a dénoncé comme une véritable «fausse bonne idée».

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Assez de cette comédie paternaliste. La solution est brutale et profondément libérale : dynamitons l’usine à gaz. Transformons la participation employeur en salaire net pur. Versons cet équivalent financier directement le 15 de chaque mois sur le compte bancaire du salarié.

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Pourquoi le 15? Parce que c’est à cette date charnière que le «reste à vivre» devient angoissant pour des millions de ménages, une fois les loyers, crédits et factures d’énergie prélevés. Un shoot de 140 à 160 € nets et libres à mi-mois : voilà le véritable bouclier pour le pouvoir d’achat. Le salarié redevient souverain. Le restaurateur encaisse sans subir de racket. Fin de la rente oligopolistique du cartel.

Monsieur le ministre, le marché fonctionne quand le consommateur est roi, pas quand l’État et un cartel lui tiennent la main comme à un enfant. Rendez l’argent aux Français. Directement. Le 15. C’est cela, le vrai pouvoir d’achat. Le reste n’est que théâtre pour cacher notre refus tenace de baisser les charges et les impôts. Il est grand temps de restituer ce «pognon de dingue» à ceux qui le méritent vraiment.

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