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FIGAROVOX/ENTRETIEN - Alors que la circonstance aggravante de « racisme » a été retenue dans l’affaire du meurtre de Thomas à Crépol, le journaliste, qui a publié «Sale Blanc», un ouvrage dans lequel il montre la réalité du racisme anti-blanc, affirme que ce phénomène est encore trop souvent nié et très peu condamné.
LE FIGARO. - Les juges d’instruction ont décidé de retenir la circonstance aggravante de « racisme » dans l’affaire du meurtre de Thomas à Crépol. Est-ce suffisant pour dire qu’il existe un racisme anti-blanc en France ? Quelle est d’après vous l’ampleur de ce phénomène ?
François BOUSQUET. - Je m’appuie sur des éléments tangibles. Les principaux appareils statistiques français, tels que l’INSEE et l’Ined, ne cherchent pas le racisme anti-blanc. Ne le cherchant pas, ils ne le trouvent pas. Un sondage CSA commandé pour CNews, Europe 1 et le JDD montre que 67 % des Français pensent que le racisme anti-blanc existe. Chez les 18-24 ans, cette proportion est de 82 %. Cela montre que le meurtre de Thomas à Crépol et le travail d’enquête que j’ai réalisé de mon côté sur le sujet du racisme anti-blanc touchent à un phénomène qui existe réellement. Cette forme de racisme vise d’abord les univers adolescents et post-adolescents. Dans le sondage sur le racisme qu’elle a commandé à l’IFOP il y a deux mois, la LICRA n’a pas exclu le phénomène du racisme anti-Blanc. Rendons-lui grâce. Il ressort de ce sondage, réalisé sur un échantillon de 14 000 personnes, que 39 % de Français perçus comme blancs – ce sont les définitions à la fois de l’Arcom et des organismes de statistique – disent avoir été victimes de racisme. En faisant une règle de trois, on constate qu’environ 20 millions de Français ont pu être victimes de racisme. Cela recoupe mon travail d’enquête et montre que le racisme anti-blanc est latent.
Sur les réseaux sociaux, les forums de discussion tels que Reddit, jeuxvideo.com, qui étaient très consultés par la génération qui aujourd’hui a 25 ans, s’illustrent par la surabondance de témoignages de racisme anti-blanc. Comme le racisme anti-blanc est le seul racisme qui n’est pas explicitement condamné, en tout cas par tout ou partie des hommes politiques et des principaux médias, il a tendance à se banaliser. Ce faisant, puisqu’il est invisibilisé par l’institution universitaire et souvent par la magistrature, il prospère.
Pourquoi est-ce selon vous si peu aisé de parler de ce sujet ? Ne pensez-vous pas que les choses ont évolué ?
J’ai pris l’habitude de m’appuyer sur ce que j’appelle la loi des 3 D. Le premier correspond au déni. Le réel n’est pas recevable, le racisme anti-blanc ne peut pas exister au regard de la théorie du racisme systémique. Le deuxième D, c’est le délit. Si jamais vous dites que le racisme anti-blanc existe, vous êtes judiciarisable. C’est l’état d’esprit des personnes que j’ai interrogées dans mon livre et qui ont été victimes de racisme anti-blanc : elles n’osent pas et ont du mal à mettre des mots sur leurs agresseurs car elles sont tétanisées à l’idée d’une inversion accusatoire et qu’à leur tour, elles se voient accusées d’appartenir à l’extrême droite ou bien d’être elles-mêmes racistes. Le troisième terme, c’est le D comme délire. C’est-à-dire qu’on a créé un réel alternatif. Crépol est emblématique de ce point de vue. On a créé un réel alternatif avec une post-vérité qui a été propagée par le cas le plus éloquent, c’est Patrick Cohen à « C à vous » ou « C politique » qui, 10 jours après l’affaire, a dit qu’en aucun cas il ne pouvait y avoir de crime raciste à Crépol, que c’était une rixe entre deux bandes rivales.
Il est surprenant que très peu d’études portent sur les discriminations que connaissent les personnes qui vivent dans la France périphérique.
François BousquetCertes, des études du ministère du Travail montrent qu’à peu près 30 % des populations dites « racisées » ont du mal à effectuer une location ou à trouver un travail en raison de leurs origines. Il est toutefois surprenant que très peu d’études portent sur les personnes qui se trouvent dans une situation similaire parce qu’elles vivent dans la France périphérique. Ces individus sont sujets aux mêmes discriminations, notamment à l’embauche. En Allemagne, un outil nommé Kevinomètre a été créé. Il mesure la distance qui sépare les Kevin du pouvoir. Elle est considérable. Elle existe aussi en France. Il devrait davantage intéresser les élites.
Vous avez publié «Sale Blanc» en avril. Dans cet ouvrage, vous vous référez à une centaine de témoignages pour dénoncer le racisme anti-blanc. Sur quelle méthodologie vous êtes-vous fondé pour trouver les témoignages que vous utilisez ?
Je ne suis pas sociologue. Je ne m’appuie pas sur un discours de la méthode, ce que font tous les sociologues en sciences humaines, pour arriver à un résultat paradoxal : le racisme anti-blanc n’existe pas, alors qu’un sondage comme celui commandé par la Licra à l’Ifop montre que la réalité est différente.
Pour ma part, je suis un journaliste. Je fais un travail d’investigation et d’enquête. Je ne trie pas les témoins, je pars à leur recherche. Il est vraiment difficile d’en trouver. Les Français blancs ont tellement intériorisé que cette forme de racisme n’existait pas qu’ils n’arrivent même pas à la verbaliser alors qu’ils en ont été victimes. Pour trouver des individus souhaitant parler du racisme auquel ils ont été exposés, je lance par l’entremise d’influenceurs, de youtubeurs, de journalistes, des appels à témoins tous azimuts. Pour écrire ce livre, j’ai pu compter sur le témoignage d’une centaine de personnes. J’essaye d’avoir une proportion appropriée d’hommes et de femmes, de jeunes et de vieux, de provinciaux et de métropolitains.
Évidemment, on pourra toujours critiquer ma manière de faire. J’essaye de dresser un tableau exhaustif à partir de témoignages. C’est un travail de terrain. Même si je fais en sorte de contextualiser les témoignages que je recueille, je reste avant tout un enquêteur pourvu d’une carte de presse.
En vous fondant principalement sur des témoignages pour attester d’un racisme anti-blanc, ne craignez-vous pas que l’on vous reproche de faire de la victimisation ?
J’entends bien cet argument. Il a pu m’être adressé, mais il revient à nier la souffrance de la victime. En mettant sur la table la question du racisme anti-blanc, je ne cherche pas à entrer dans une compétition victimaire.
Cette objection n’est pas adressée à des victimes de racisme courant, c’est-à-dire anti-noir, anti-arabe ou anti-juif. Je me dois tout de même de préciser que la catégorie Blanc n’est pas explicitement raciale. Pour moi, elle regroupe tous les individus perçus comme Blancs, peu importe que ce soient des chrétiens, des Juifs, des agnostiques ou même des Asiatiques. Les Américains ont en effet théorisé ce qu’ils appellent un coefficient d’adjuvance des Asiatiques, dans la mesure où ils peuvent être perçus comme blancs parce qu’ils sont porteurs des mêmes modèles de réussite scolaire, professionnelle et sociale.
Par ailleurs, en montrant la réalité du racisme anti-blanc, je mets en évidence le fait que tous n’ont pas les outils pour y répondre de la même manière. Nous, adultes, avons des moyens de défense, contrairement aux 12, 13, 14 ans. En effet, c’est souvent en 6e, 5e, 4e que se déploient les mécanismes de racisme anti-blanc. Les jeunes enfants n’ont pas les outils philosophiques, conceptuels, psychologiques, identitaires pour se défendre des formes de racisme qu’ils subissent. D’autant plus que ce racisme-là, en général, n’est pas reconnu par l’institution scolaire. Donc pour certains d’entre eux, c’est un vrai traumatisme. Comment quelqu’un qui se fait traiter de «sale Blanc» en se faisant agresser à 12, 13 ans, pourrait-il s’en sortir indemne ?


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