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Sous une forêt de l’ouest de la Pologne dorment depuis 1945 32 km de galeries nazies que plus aucun soldat n’occupe, mais qui ne sont jamais restées vides

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36 578. C’est le nombre de chauves-souris comptées les 10 et 11 janvier 2026 dans les galeries bétonnées du Międzyrzecki Rejon Umocniony, à l’ouest de la Pologne. Le chiffre est une estimation préliminaire des chercheurs de l’Université des sciences de la vie de Wrocław. Le réseau, bâti par le Reich pour verrouiller sa frontière est, est aujourd’hui le plus grand site d’hibernation de chauves-souris du pays.

Le chantier avait duré dix ans, de 1934 à 1944.

À retenir

  • Le réseau souterrain de Międzyrzecki accueille 36 578 chauves-souris comptées en janvier 2026, ce qui en fait le plus grand site d’hibernation de Pologne.
  • Les galeries conservent une température stable de 10 °C et une obscurité totale, conditions parfaites pour neuf espèces de chauves-souris.
  • Le réchauffement climatique favorise le grand murin mais menace trois espèces préférant le froid, comme la barbastelle et l’oreillard roux.

Sommaire

  1. Dix ans de béton pour verrouiller la frontière
  2. Dix degrés, noir complet : la chambre d’hiver idéale
  3. Compter des dizaines de milliers de bêtes en une journée

Dix ans de béton pour verrouiller la frontière

L’Ostwall, ou front fortifié de l’arc Oder-Warta, s’étend sur une centaine de kilomètres entre l’Oder au sud et la Warta au nord. Son secteur central, près de Międzyrzecz (voïvodie de Lubusz), concentre environ 32 km de galeries creusées à 20-30 mètres sous terre. Elles relient des bunkers de surface et étaient parcourues par une voie ferrée étroite.

Après 1945, le réseau est abandonné et pillé de ses équipements. Il ne reste que la coque : béton, couloirs, rails. Le site Natura 2000 « Nietoperek » couvre aujourd’hui 7 377 hectares au-dessus de ce système souterrain de 32 km. Des chercheurs y étudient les chauves-souris depuis plus de quarante ans.

Dix degrés, noir complet : la chambre d’hiver idéale

Les galeries gardent toute l’année une température d’environ 10 °C, une forte humidité et une obscurité totale. Pour l’autorité régionale de l’environnement de Gorzów, cette stabilité offre aux chauves-souris des conditions optimales d’hibernation. Le grand murin, l’espèce dominante, choisit les températures les plus douces de tout le site, entre 7 et 10 °C.

Neuf espèces hibernent régulièrement à Nietoperek et jusqu’à douze ont été recensées, avec en tête le grand murin, le murin de Daubenton et le murin de Natterer. Les bunkers de surface accueillent les espèces qui préfèrent les gîtes plus frais, comme la barbastelle d’Europe et l’oreillard roux.

Certaines bagués parcourent plus de 250 km pour venir s’y abriter.

Les individus bagués ont permis de tracer l’aire d’origine des hibernantes. Elle couvre au moins 17 000 km² et s’étend sur le Brandebourg, le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la Saxe-Anhalt et l’ouest de la Pologne. C’est près du double de la superficie de la Corse. Les galeries sont fermées aux touristes du 15 octobre au 15 avril, pour protéger les animaux en hibernation.

Compter des dizaines de milliers de bêtes en une journée

Les comptages hivernaux sont menés depuis 1999 dans le cadre d’un programme international coordonné par l’Université de Wrocław. Pour limiter le dérangement, tout doit se faire en une seule journée, du lever au coucher du soleil. Avec 32 km de couloirs, cela exige au moins 50 personnes. Pour la 25e édition, en janvier 2026, des chiropterologues d’Irlande, de Grande-Bretagne, d’Allemagne, du Portugal, d’Espagne ou encore du Honduras ont fait le déplacement.

Le résultat de 2026 marque un recul d’environ 8 % face aux 39 768 individus de 2025, mais les fluctuations de cet ordre ne sont pas nouvelles. Le chiffre reste à vérifier, notamment pour les animaux logés hors du réseau principal, dans les bunkers de surface. Les résultats définitifs étaient attendus environ deux semaines après le comptage.

Trois espèces appréciant le froid sont en recul ces dernières années.

Les relevés de long terme montrent une hausse des températures hivernales, dans la région comme dans les galeries. La barbastelle, l’oreillard roux et le murin de Daubenton n’y trouvent plus des conditions optimales, et leurs effectifs baissent. Le grand murin, lui, profite de ce léger réchauffement : il a gagné plus de 1 200 individus lors d’un comptage antérieur. Les chercheurs surveillent ces bascules parce que les chauves-souris réagissent vite aux variations du climat, avec un seul petit par an. Le retour ne se limite pas à la science : selon le chercheur Tomasz Kokurewicz, une petite chauve-souris peut avaler 500 moustiques en une nuit et environ 1 000 moucherons.

Sources : researchgate.net | gorzow.rdos.gov.pl

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