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Sous les champs de coton du sud de la Californie dormait depuis plus d’un siècle un lac que quatre rivières sont venues remplir en 2023 sur 46 000 ha

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Le lac Tulare a reparu en 2023 dans la vallée de San Joaquin, en Californie, et il a recouvert plus de 46 000 hectares de terres agricoles. C’est plus de 4 fois la superficie de Paris intra-muros, sur un fond de lac que l’on croyait converti en champs pour de bon. Les 4 rivières qui l’alimentaient autrefois, la Kings, la Kaweah, la Tule et la Kern, ont retrouvé leur ancien lit.

À retenir

  • Le lac Tulare a resurgi en 2023 après 124 ans d’absence, couvrant 46 000 hectares de terres agricoles
  • Les quatre rivières qui l’alimentaient (Kings, Kaweah, Tule et Kern) ont retrouvé leur ancien lit suite à des précipitations exceptionnelles
  • L’affaissement du sol causé par le surpompage des nappes phréatiques a aggravé la vulnérabilité de la vallée aux inondations

Sommaire

  1. Un géant d’eau douce transformé en champs
  2. Un lac qui revient quand la neige fond trop
  3. Un géant d’eau douce transformé en champs
  4. Un lac qui revient quand la neige fond trop
  5. Un sol qui s’enfonce, des digues qui montent

Un géant d’eau douce transformé en champs

Le lac Tulare passait pour le plus grand plan d’eau douce à l’ouest du Mississippi, par sa surface. Il était environ 4 fois plus étendu que le lac Tahoe, avec plusieurs ports et un bac, avant sa conversion en terres cultivées. Son lit sec occupe aujourd’hui environ 1 780 km², soit près de 17 fois Paris. Le lac se trouve à l’extrémité sud de la vallée de San Joaquin et n’a aucun exutoire, si bien que toute l’eau qui y arrive y reste.

Au XIXe siècle, les rivières qui le nourrissaient sont détournées par des canaux, puis barrées dans la Sierra Nevada pour l’irrigation. Les grands barrages datent des années 1950 et du début des années 1960, comme Pine Flat sur la Kings en 1954 ou Success sur la Tule en 1961.

Vers 1899, le lac est à sec.

Le fond asséché devient l’une des terres agricoles les plus productives du pays. On y cultive du coton, des tomates, des pistaches, des amandes, des noix, de la luzerne, du blé et de l’orge, et on y produit du lait. Dès 1899, des colons s’étaient rués pour revendiquer ces terres neuves.

Un lac qui revient quand la neige fond trop

En 1983, le lac renaît et met environ 2 ans à sécher. En 1997 et 1998, il couvre près de 8 000 hectares (20 000 acres) et laisse environ 100 millions de dollars de dégâts.

2023 change d’échelle. Le premier trimestre est marqué par 12 rivières atmosphériques, ces fleuves de vapeur d’eau qui déversent des pluies torrentielles. Dans le sud de la Sierra, où se trouve le bassin versant du lac, l’équivalent en eau de la neige atteint 296 % de la moyenne début avril. Le ruissellement attendu dépasse largement la capacité des réservoirs des 4 rivières. Le Corps des ingénieurs de l’armée américaine ordonne des lâchers d’eau de la Kings vers le lit du lac, une mesure rare, et des milliers d’acres cultivables resteront sans semis cet été-là.

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Le lac Tulare a reparu en 2023 dans la vallée de San Joaquin, en Californie, et il a recouvert plus de 46 000 hectares de terres agricoles. C’est plus de 4 fois la superficie de Paris intra-muros, sur un fond de lac que l’on croyait converti en champs pour de bon. Les 4 rivières qui l’alimentaient autrefois, la Kings, la Kaweah, la Tule et la Kern, ont retrouvé leur ancien lit.

Un géant d’eau douce transformé en champs

Le lac Tulare passait pour le plus grand plan d’eau douce à l’ouest du Mississippi, par sa surface. Il était environ 4 fois plus étendu que le lac Tahoe, avec plusieurs ports et un bac, avant sa conversion en terres cultivées. Son lit sec occupe aujourd’hui environ 1 780 km², soit près de 17 fois Paris. Le lac se trouve à l’extrémité sud de la vallée de San Joaquin et n’a aucun exutoire, si bien que toute l’eau qui y arrive y reste.

Au XIXe siècle, les rivières qui le nourrissaient sont détournées par des canaux, puis barrées dans la Sierra Nevada pour l’irrigation. Les grands barrages datent des années 1950 et du début des années 1960, comme Pine Flat sur la Kings en 1954 ou Success sur la Tule en 1961.

Vers 1899, le lac est à sec.

Le fond asséché devient l’une des terres agricoles les plus productives du pays. On y cultive du coton, des tomates, des pistaches, des amandes, des noix, de la luzerne, du blé et de l’orge, et on y produit du lait. Dès 1899, des colons s’étaient rués pour revendiquer ces terres neuves.

Un lac qui revient quand la neige fond trop

En 1983, le lac renaît et met environ 2 ans à sécher. En 1997 et 1998, il couvre près de 8 000 hectares (20 000 acres) et laisse environ 100 millions de dollars de dégâts.

2023 change d’échelle. Le premier trimestre est marqué par 12 rivières atmosphériques, ces fleuves de vapeur d’eau qui déversent des pluies torrentielles. Dans le sud de la Sierra, où se trouve le bassin versant du lac, l’équivalent en eau de la neige atteint 296 % de la moyenne début avril. Le Corps des ingénieurs de l’armée américaine ordonne des lâchers d’eau de la Kings vers le lit du lac, une mesure rare, et des milliers d’acres cultivables resteront sans semis cet été-là.

Au plus fort de la crue, plus de 114 000 acres, soit 46 000 hectares, sont sous l’eau. Des fermes et des maisons sont évacuées, et des centaines de bâtiments agricoles et d’habitations sont inondés. Les pertes agricoles se chiffrent en milliards de dollars dans des parties des comtés de Fresno, Kern, Kings et Tulare.

En février 2024, environ 1 800 hectares étaient encore inondés.

Un sol qui s’enfonce, des digues qui montent

Le pompage des nappes par les exploitations a fait baisser le plancher de la vallée, ce qui expose davantage de terres à la submersion, comme l’a souligné Jeffrey Mount, du Public Policy Institute of California. À certains endroits, le sol perd environ 30 cm par an, au point de faire ployer routes et canaux. Corcoran a dû rehausser ses digues, à grands frais, et le canal Friant-Kern a perdu 60 % de sa capacité de transport, avec un tronçon de 33 miles (environ 53 km) à reconstruire.

À l’automne 2023, des districts de remise en état déplaçaient l’eau du lac vers des terres agricoles du comté de Kings, et l’évaporation contribuait aussi à la baisse du niveau. Les sous-bassins situés sous le lit, dont Tulare Lake, Tule et Kaweah, restent classés en surexploitation critique par le département californien des ressources en eau.

Sources : storymaps.arcgis.com | sfchronicle.com

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