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Sous des centaines de décharges fermées depuis des décennies, l’eau que nous buvons absorbe encore ce qu’on y a enfoui

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Dernièrement, plusieurs médias et organisations journalistiques britanniques ont mené une enquête visant à dénoncer la crise de l’eau à l’échelle globale. Cette coalition a tenté de mesurer le risque de pollution de l’eau potable en lien avec les décharges anciennes, principalement au Royaume-Uni et dans l’Union Européenne.

Quand les décharges polluent l’eau potable

Pour rappel, l’eau couvre 72% de la surface de la Terre, soit environ 1,4 milliard de kilomètres cubes. Cependant, seulement 2,8% de cet énorme volume se constitue d’eau douce – et donc en théorie potable. De plus, les différents pays ne se trouvent pas sur un même pied d’égalité quant à la disponibilité de cet ressource vitale et ce, pour de nombreuses raisons à la fois climatiques, géologiques et même géopolitiques. En partant de ce constat, si le partage équitable de l’eau douce reste utopique, il reste crucial de savoir protéger cette dernière le mieux possible. Or, ceci passe par l’identification de toutes les sources de pollution possibles.

Récemment, une enquête a été menée au sujet de la pollution des réserves d’eau douce par des décharges. Cette investigation regroupe trois acteurs britanniques : le quotidien The Guardian, l’initiative journalistique Watershed Investigations, ainsi que la coopérative européenne de journalistes d’investigation indépendants Investigate Europe. Or, cette vaste enquête a été relatée dans un article du 2 décembre 2025 et a notamment débouché sur la publication d’une cartographie des sites à risque.

Les acteurs de l’enquête ont identifié de nombreuses décharges, soit anciennes, soit dont la localisation se situe en zone inondable. Le but était d’évaluer le risque de rejets de polluants dans les écosystèmes et autres points d’eau. Sans grande surprise, les substances les plus inquiétantes sont les composés per- et polyfluoroalkylés (PFAS), ainsi que les biphényles polychlorés (PCB).

carte capture décharges déchetsCrédit : Capture d'écran / Watershed Investigations

Une tâche extrêmement difficile

Dans le cadre de cette investigation, les journalistes ont recensés pas moins de 61 000 décharges dans toute l’Europe. Cependant, les auteurs estiment que ce nombre pourrait atteindre 500 000 mais également et surtout, que 90% des décharges concernées seraient antérieures à 1999. Or, cette date n’a pas été mentionnée au hasard puisque celle-ci correspond à la mise en place d’une directive relative à des exigences techniques et opérationnelles strictes à l’échelle de l’Union Européenne, afin de réduire les effets négatifs sur l’environnement de la mise en décharge des déchets. Parmi ces mesures, nous retrouvons principalement la nécessité d’utiliser des revêtements d’étanchéité dans le but d’éviter la lixiviation, à savoir la libération de substances chimiques provenant de la dégradation des déchets.

Le Guardian a notamment évoqué l’exemple de l’ancienne décharge de la réserve naturelle de Newgate à Wilmslow (Royaume-Uni). Dans ce lieu, des fuites de lixiviat se déversent dans une petite rivière et malheureusement, les analyses sont plutôt effrayantes. Il est en effet question d’un taux de PFAS 20 fois supérieur aux normes en vigueur concernant l’eau potable. En revanche, les journalistes ont précisé que les décharges modernes faisant l’objet d’une bonne gestion présentent de faibles risques. En réalité, le problème concerne surtout les sites anciens (ou mal documentés) qui sont passés à travers la directive de 1999.

La situation est assez alarmante car plus de la moitié des décharges cartographiées se trouvent dans des zones où les eaux souterraines ne répondent pas aux normes de qualité chimique. Ceci suggère donc que ces décharges ont pu, dans certains cas, contribuer à la contamination de l’eau potable. Rien qu’au Royaume-Uni, les auteurs ont identifié pas moins de 1 200 sites prioritaires mais la tâche est très difficile. Selon Kate Spencer, professeure de géochimie environnementale à l’Université Queen Mary de Londres, environ 80 % de la population britannique vit à moins de 2 km de sites d’enfouissement connus et ce, de manière disproportionnée dans les régions les plus défavorisées.

Yohan D

Rédigé par Yohan D

Vulgarisateur scientifique depuis plus de dix ans, je m’intéresse à la géographie, aux technologies et à l’environnement. J’espère attirer votre attention sur des sujets captivants !

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