À retenir
- Le naufrage a eu lieu le 10 novembre 1975 avec 29 membres d’équipage à bord.
- Le NTSB attribue le drame à l’effondrement de panneaux de cale, thèse contestée par les armateurs.
- L’épave, retrouvée en 1976 à plus de 160 mètres de fond, est protégée comme une sépulture.
Sommaire
Un colosse de 222 mètres, disparu en quelques minutes
Le 10 novembre 1975, l’Edmund Fitzgerald coule dans le lac Supérieur avec ses 29 hommes d’équipage. L’épave repose toujours là, en deux morceaux, à environ 530 pieds de fond, soit 160 mètres selon Wikipédia, dans les eaux canadiennes de l’Ontario. Les enquêteurs américains ne s’accordent toujours pas sur ce qui a fait basculer le navire.
Aucun corps n’a été remonté.
Le navire avait été lancé le 8 juin 1958. Il mesurait 729 pieds (222 mètres) et jaugeait 13 632 tonneaux, ce qui en faisait un géant des Grands Lacs. Il avait quitté Superior, dans le Wisconsin, le 9 novembre avec 26 116 tonnes longues de taconite, ces pellets de minerai de fer destinés aux aciéries. Le Great Lakes Shipwreck Museum, à Whitefish Point, situe le naufrage à 17 milles au nord-nord-ouest de ce cap.
Pendant la traversée, le minéralier naviguait de conserve avec l’Arthur M. Anderson, un autre cargo, et les deux bâtiments ont affronté une tempête violente. Le capitaine McSorley a signalé qu’il avait des difficultés, qu’il prenait l’eau et qu’il gîtait. Puis les lumières du Fitzgerald ont disparu des écrans et de l’horizon, et le Coast Guard de Sault-Sainte-Marie a été alerté.
Panneaux de cale, haut-fond, vagues scélérates : trois récits face à face
Deux enquêtes fédérales ont suivi : celle du Coast Guard, rendue en 1977, puis celle du NTSB (National Transportation Safety Board), publiée en 1978. Le Coast Guard reconnaissait ne pas pouvoir fixer la cause avec certitude. Il retenait pourtant comme hypothèse la plus probable une inondation massive de la cale, par des fermetures de panneaux inefficaces, sous les vagues qui balayaient le pont.
La Lake Carriers’ Association, qui représente les armateurs américains des Grands Lacs, a réagi très vivement. Elle rejetait l’idée que l’équipage ait mal fermé les panneaux. Pour elle, le navire aurait heurté un haut-fond, le Six Fathom Shoal, entre les îles Caribou et Michipicoten, avant de s’inonder par des brèches dans le fond et les ballasts.
Le NTSB a tranché autrement.
Son rapport MAR-78-03, daté de 1978, attribue le naufrage à l’effondrement de panneaux de cale. D’après une chronique de la chaîne WOODTV, l’organisme aurait écarté la thèse des simples fuites, jugées insuffisantes pour couler un tel navire, et exigé qu’au moins un panneau cède complètement. Il écartait aussi la responsabilité de l’équipage que le Coast Guard avait laissé entendre, ce qui satisfaisait en partie les armateurs.
Cet arbitrage n’a pas fait taire les critiques. Plusieurs experts estimaient qu’il collait mal à la soudaineté du naufrage, et d’autres pistes ont circulé depuis : vagues scélérates, défauts de structure que la tempête aurait rendus fatals. Un article publié pour les 50 ans du drame résume la situation : l’origine de la catastrophe reste un sujet de débat, un demi-siècle plus tard.
Ce que les caméras ont vu au fond
Le 20 mai 1976, six mois après le drame, l’engin sous-marin CURV III de la marine américaine a trouvé l’épave. Les lettres « Edmund Fitzgerald » se lisaient sur la poupe, retournée, par 535 pieds sous la surface selon la Great Lakes Shipwreck Historical Society. L’engin a rapporté 43 000 pieds de bande vidéo et 900 photographies.
Ces images ont nourri toutes les écoles. Les partisans de l’inondation des cales y cherchent des panneaux arrachés ou déformés. Ceux du haut-fond y cherchent des traces de choc sous la coque. Ni l’une ni l’autre lecture n’a produit de preuve qui s’impose à tous, et un navire coupé en deux se prête mal à la reconstitution.
L’écart entre 535 pieds en 1976 et les 530 pieds cités par Wikipédia s’explique sans doute par les mesures et les sources, et il ne change rien au constat. Le Fitzgerald gît à une profondeur qu’aucun plongeur ordinaire n’atteint. Les moyens nécessaires pour le revoir relèvent de robots pilotés depuis la surface.
Une tombe sous protection
Parce qu’aucun corps n’a été remonté, l’épave est considérée comme une sépulture. Selon Wikipédia, un amendement à l’Ontario Heritage Act, appliqué en 2006, protège le site par une zone de 500 mètres autour du navire. La province canadienne cherche ainsi à décourager les visites et les prélèvements, sans que cette mesure ait été vérifiée ici auprès d’une source officielle.
Un seul objet a quitté le fond de manière officielle : la cloche du navire, remontée le 4 juillet 1995.
Le Great Lakes Shipwreck Museum, à Whitefish Point, a fait de cette cloche le centre de sa mémoire des 29 disparus.
Le musée ne tranche pas la querelle des causes. Il présente les travaux du Coast Guard, du NTSB et de la Lake Carriers’ Association, et laisse aux visiteurs le soin de mesurer l’écart entre les hypothèses.
Chaque 10 novembre, la cloche est sonnée au musée, une fois pour chacun des 29 hommes, puis une trentième fois pour tous les marins disparus sur les Grands Lacs.
Sources : usdeadlyevents.com | shipwreckmuseum.com


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