Dans la mine de sel d’Asse, près de Wolfenbüttel en Basse-Saxe, dort depuis 1967 un stock d’environ 126 000 fûts radioactifs que personne n’a jamais remontés. C’est à peu près la population d’une ville comme Amiens, sauf que ces fûts-là sont enfermés sous terre, entre 511 et 750 mètres de profondeur.
59 ans plus tard, ils sont toujours là.
Les fûts ont été descendus entre 1967 et 1978, soit onze années de chargement, sur trois niveaux de la mine : 511, 725 et 750 mètres. Leur volume total atteint environ 47 000 m³, l’équivalent de près de 19 piscines olympiques. Ils sont répartis dans 13 chambres, selon la dépêche de l’agence allemande dpa.
À retenir
- Environ 126 000 fûts radioactifs ont été descendus dans la mine d’Asse entre 1967 et 1978.
- Aucun fût n’a été remonté à ce jour, et le calendrier initial de 2033 ne sera pas tenu.
- Une arrivée d’eau salée d’environ 8 m³ par jour a été relevée au niveau 658 mètres.
Sommaire
Onze ans pour descendre, zéro fût remonté
Descendre a pris onze ans. Remonter n’a pas encore commencé, et personne ne sait dire quand ce sera le cas. D’après dpa, ces déchets sont de faible et moyenne activité, stockés dans les années 1960 et 1970, et la mine passe pour instable. C’est pour cette raison que l’Allemagne veut les en sortir.
Le Bundestag a voté cette récupération, avec la loi de 2013 surnommée Lex Asse.
Treize ans plus tard, le compteur des fûts remontés reste à zéro.
Selon l’exploitant public BGE (Bundesgesellschaft für Endlagerung), aucun fût n’a été récupéré à ce jour. Son plan de 2020 chiffrait à plus de 3 milliards d’euros le coût jusqu’au démarrage de la récupération, donc avant même que le premier fût ne sorte. C’est la BGE, basée à Peine, qui est chargée de cette opération.
Tous les fûts ne posent pas le même problème. Dans une analyse du plan de récupération, des experts de la commission d’accompagnement du district de Wolfenbüttel distinguent des déchets surtout faiblement radioactifs, aux niveaux 725 et 750 mètres, et des déchets moyennement radioactifs, dans la chambre 8a du niveau 511 mètres. La BGE a donc construit deux lignes de planification parallèles, une par catégorie. Elle a présenté son plan de récupération au public en mars 2020.
Huit mètres cubes d’eau salée par jour
Dans son rapport mensuel de juillet 2025, la BGE signale une arrivée d’eau salée « intense », découverte au niveau 658 mètres. Cette profondeur se situe entre le niveau 511 et le niveau 725, là où reposent les fûts.
Le débit relevé la première semaine : environ 8 m³ par jour, soit 50 baignoires.
Ce chiffre ne couvre que la première semaine, et les documents consultés ne donnent pas l’évolution du débit ensuite. Le site passe pour instable, et la presse allemande le décrit comme une mine en train de se noyer. C’est précisément cette instabilité qui justifie de sortir les fûts, ce qui rend chaque année de retard plus pesante.
Le calendrier de 2033 ne tiendra pas
Le plan de 2020 fixait le début de la récupération à 2033. La BGE a depuis fait savoir, selon une dépêche dpa, que ce démarrage ne peut pas être atteint. Aucune nouvelle date de début n’est fixée.
Seul repère : le nouveau puits Asse 5, visé pour 2039.
Pour l’atteindre, il faut compter 13 ans à partir d’aujourd’hui. Une fois les fûts remontés, il faudra en outre les traiter et les entreposer en surface, ce qui suppose des installations dédiées. Dans la consultation publique sur le programme national de gestion des déchets radioactifs, un contributeur affirme que la BGE n’avait pas encore pu acquérir les terrains de son site prévu à proximité de la mine, le Kuhlager. Cette affirmation émane d’un participant à la consultation, pas de la BGE.
Le ministre de l’Environnement de Basse-Saxe, Christian Meyer (Verts), s’est dit outré, après les premières informations sur l’échéance abandonnée, de voir la récupération votée par le Bundestag repoussée aux calendes grecques. Une porte-parole de la BGE avait expliqué qu’aucun nouveau début ne pouvait être annoncé sérieusement tant que le système comportait autant d’incertitudes. Des replanifications figuraient parmi les raisons invoquées. Quant aux plus de 3 milliards d’euros du plan de 2020, la dépêche précise que l’effet du nouveau calendrier sur ce montant restait flou.
Le chiffre de 2039 concerne l’installation de remontée, pas la sortie du premier fût. À cette date, les fûts descendus dès 1967 auront passé 72 ans sous terre, et les 13 chambres resteront à vider.


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