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Life 02/09/2026 06:33 Actualisé le 02/09/2026 08:08
Si les classes multiniveaux suscitent souvent l’appréhension des parents, elles s’avèrent pourtant profitables aux élèves, et pas seulement sur le plan des apprentissages.

Catherine Delahaye / Getty Images
En septembre 2025, plus de neuf écoles sur dix comptaient au moins une classe à double niveau ou plus.
EN BREF • Les classes multiniveaux, bien que source d’inquiétude pour les parents, n’affectent pas négativement les apprentissages des élèves, selon les études scientifiques.
• Elles favorisent l’autonomie et la coopération, notamment pour les élèves plus âgés, en développant des compétences psychosociales.
• Les enseignants peuvent adapter leur pédagogie sur plusieurs années, permettant une progression plus personnalisée des élèves.
Petite-moyenne section, CP-CE1, CM1-CM2… L’an dernier, près d’un élève de primaire sur deux (48,3 % exactement) était scolarisé en classe multiniveau, et plus de neuf écoles sur dix comptaient au moins une classe à double niveau ou plus. Si les chiffres de cette rentrée 2026 ne sont pas encore connus, ils risquent d’être sensiblement les mêmes.
Et pour cause : autrefois plus fréquentes dans les campagnes, les classes multiniveaux ont depuis été largement adoptées dans les villes pour pallier la baisse démographique, explique au HuffPost Sylvie Jouan, enseignante-chercheuse à la Faculté d’éducation de l’Université de Montpellier et spécialiste des classes multi-âges. « Aujourd’hui, on utilise le multiniveau comme variable d’ajustement pour lisser les effectifs. Par exemple, plutôt que de créer une classe de CE2 à 16 élèves et une de CM1 à 24, on va préférer créer deux CE2-CM1 avec 20 élèves dans chacune des classes », développe-t-elle.
Dans les départements ruraux, subsistent même encore des « classes uniques », où toute l’école tient en une seule classe menée par un ou une enseignante. Selon Le Figaro, 1 300 écoliers étudient aujourd’hui dans cette configuration unique, qui réunit des élèves de la petite section au CM2.
Pas d’impact sur les apprentissages
Si ces classes font désormais du paysage scolaire français, elles ne suscitent pas pour autant moins d’inquiétude de la part des parents. Leur première crainte ? Que cette hétérogénéité de niveau n’ait un impact direct sur les apprentissages.
Sur ce point, Sylvie Jouan se veut rassurante. « Si l’on regarde l’ensemble des études scientifiques s’intéressant aux résultats des élèves dans les classes multiniveaux, en France et à l’international, on s’aperçoit qu’ils sont globalement neutres. » Autrement dit, la configuration de la classe - à niveau unique ou à double niveau - n’a pas d’impact sur l’apprentissage des élèves.
En revanche, insiste l’enseignante-chercheuse, il est illusoire de croire que tous élèves d’une même classe possèdent tous le même socle de connaissances et de compétences parce qu’ils sont dans le même niveau. « Même dans les classes à un seul niveau, l’hétérogénéité est là, à l’enseignant d’en tirer profit », souligne Sylvie Jouan.
L’experte reconnaît aussi que certaines classes se prêtent mieux à l’exercice du multiniveau que d’autres. C’est le cas de la maternelle, et ça n’est pas un hasard, estime Sylvie Jouan. « Ce sont des classes où il y a plus de souplesse. Les enseignants sont moins contraints par des programmes avec des attendus annuels, et ont donc une approche plus soucieuse des progrès individuels de chaque enfant. »
Plus d’autonomie et d’entraide entre élèves
Car c’est aussi l’autre grande crainte des parents : celle que leur enfant soit délaissé par l’enseignant, trop accaparé par la gestion simultanée des deux niveaux. « Cette crainte est surtout présente quand l’enfant se situe dans le niveau le plus élevé, fait remarquer Sylvie Jouan. Les parents ont peur que le double niveau tire leur enfant vers le bas. »
Or, ajoute l’enseignante-chercheuse, les études menées en psychologie de l’apprentissage montrent au contraire que le double niveau est particulièrement profitable aux élèves les plus âgés car cela booste ses compétences psychosociales : l’autonomie, la coopération entre pairs, et même l’entraide avec les élèves du niveau inférieur. « Quand on met deux enfants en tutorat, c’est le tuteur qui y gagne le plus car il doit expliquer ce qu’il sait, doit réfléchir à des procédures pour faire progresser l’élève qu’il aide… »
Et parce qu’il n’est pas rare, dans le cas des classes multiniveaux, que l’enseignant suive ses élèves sur plusieurs années, il peut aussi repenser sa manière de diffuser les savoirs et pérenniser les acquis. « Il a beaucoup plus de temps pour apprendre à connaître les enfants et, surtout, il peut penser des progressions dans les apprentissages sur deux années, voire plus, fait observer Sylvie Jouan. Soit pour permettre à des enfants un peu plus lents de consolider les apprentissages du niveau précédent quand ils passent dans le niveau supérieur, mais sans refaire la même année, soit pour permettre aux enfants plus rapides de “goûter” de nouveaux savoirs du niveau supérieur sans changer de classe. »
Un levier d’innovation pédagogique
Faire classe simultanément à des élèves de niveaux différents représente cependant du temps et de l’investissemenr pour les professeurs. « Ils doivent travailler deux programmes nationaux ou plus, réfléchir à une nouvelle organisation pédagogique… », souligne l’enseignante chercheuse.
Pour que la souplesse des classes multiniveaux soit pleinement profitable aux enfants, l’écueil à éviter serait ainsi de cloisonner totalement les deux niveaux et de se concentrer alternativement sur l’un et l’autre. Au contraire, il faut tester, innover, conseille l’experte : en faisant travailler les élèves dans des groupes de niveaux hétérogènes pour développer leur autonomie et la coopération… D’ailleurs, complète-t-elle, le fait que les enseignants choisissent de faire du multiniveau dans les classes de pédagogie alternative comme Montessori ou Freinet n’est pas un hasard. « Ce sont des modèles dans lesquels on se soucie des enfants individuellement », note Sylvie Jouan.
Qui ajoute : « Lorsqu’il est souhaité et investi, le multiniveau peut être un véritable levier d’innovation pédagogique, ce qui est à la fois une chance pour les élèves et l’enseignant. »


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