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Quel Québec choisiront les électeurs en octobre ? L’équipe éditoriale réfléchit aux chantiers qui nourriront le menu législatif des prochaines années. Cette semaine, la vitalité de la culture et de la langue française.
Les constats quant au déclin du français au Québec ne sont plus à faire. Pas plus que ceux confirmant l’invisibilité de la culture québécoise dans l’océan numérique anglophone. L’unique nouvelle variable à cette tendance inexorable vient des voisins d’abord américains, Donald Trump revendiquant pour ses disciples du Web une emprise culturelle inébranlable, mais aussi canadiens, le gouvernement de Mark Carney leur ayant abdiqué toute velléité de souveraineté culturelle. Pris dans cet étau, le Québec n’aura d’autre choix que de redoubler d’ardeur.
La vitalité du français chez nos jeunes et moins jeunes, dans nos écoles et nos milieux professionnels, bat de l’aile. Malgré d’heureux « progrès marquants », la Charte de la langue française « ne suffira pas, à elle seule, à freiner [son] recul », prévenait à nouveau ce printemps le patient et persévérant commissaire à la langue française, Benoît Dubreuil. Même les gestes forts des dernières années, bien qu’imparfaits par moments, n’ont pas suffi à freiner la perte de terrain de la langue de Vigneault ou de Molière recensée par l’Office québécois de la langue française (OQLF) tant à la maison que dans l’espace public ou au travail.
L’heure est aux changements structurants, qui plus est affinés, en francisation et en éducation, bien sûr, mais sur la Toile et en culture également. Car y a-t-il plus fort vecteur rassembleur d’une nation que lorsque celle-ci étudie, travaille, vit, mais de surcroît s’évade et rêve dans la langue commune de sa société pluraliste ?
Un idéal relégué par le gouvernement d’Ottawa au rang de simple levier de marchandage dans le conflit commercial mené par l’insatiable président Donald Trump — en abandonnant la taxe canadienne sur les services numériques ou la hausse des redevances exigées aux plateformes pour financer le contenu culturel canadien —, sacrifiant de ce fait le Québec et ses propres volontés pour sa part affirmées de préserver, de promouvoir et de faire rayonner sa spécificité culturelle.
Les géants du Web ont maintes fois démontré, devant les tribunaux ou en boycottant les nouvelles en ligne, qu’ils ne céderont jamais la liberté débridée de leurs plateformes. Et qu’ils ne s’inclineront que sous le poids du nombre. La notion canadienne du rayonnement culturel se limitant visiblement à la scène de l’Eurovision, ceux qui prendront les rênes du Québec cet automne devront justement miser sur cette force du nombre pour poursuivre les efforts visant à protéger par le biais de l’UNESCO la diversité d’expression linguistique jusque dans la sphère numérique.
Autrement, c’est toute une nouvelle génération qui grandira branchée sur le Web et coupée des séries télé, des œuvres cinématographies et de la musique québécoises, qui ne se dénichent sur les Netflix, Amazon, Disney+ ou Spotify qu’au bout d’interminables clics, lorsqu’elles n’y sont pas carrément introuvables.
Convaincre ces jeunes (de même que leurs aînés) de s’abstenir d’écouter en rafale la dernière série culte américaine de l’heure pour renouer avec leur propre culture passera forcément par la création et la production d’œuvres de chez nous, mais aussi par les leur offrir là où ils sont déjà branchés. Le prochain gouvernement du Québec devra, pour espérer y arriver, mettre en œuvre rapidement la Loi sur la découvrabilité des contenus culturels, toujours en attente de son cadre réglementaire.
Ces jeunes devront en outre être exposés aux arts visuels et vivants lors de sorties scolaires aux budgets protégés plutôt que précarisés parce que partagés avec d’autres activités sportives ou parascolaires.
Dans un monde numérique en constante et vertigineuse évolution, l’urgence d’agir se tourne en outre et sans tarder vers l’intelligence artificielle, devenue une vitrine culturelle incontournable engloutissant elle aussi le contenu francophone tout en bafouant les droits d’auteur. Le second rapport du comité d’experts indépendants sur la souveraineté culturelle offre une solide feuille de route pour que le prochain gouvernement s’attelle sans tarder à ce nouveau chantier colossal accusant déjà un inquiétant retard.
« Les ministres de la Culture au Québec ont cette tradition de se passer le témoin », quelle que soit leur affiliation politique, observait en entrevue au Devoir le ministre sortant Mathieu Lacombe à quelques mois de transmettre à son tour le flambeau. Espérons que celui ou celle qui lui succédera héritera bel et bien de la même ténacité et d’un pareil sentiment d’urgence. Car le Québec aura besoin de tous ses meilleurs atouts pour faire résolument face aux quatre vents de cette constante et grandissante menace d’homogénéisation culturelle, qui retentit de surcroît de plus belle.


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