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Série de décès dans les prisons : la Nouvelle-Écosse accusée de manquer de transparence

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Quatre détenus sont décédés sous la garde de la province de la Nouvelle-Écosse depuis le mois d'avril. Des organismes communautaires et juridiques poursuivent leurs appels de longue date à la transparence, à une enquête indépendante et à des mesures pour prévenir d'autres décès.

De son côté, qui représente les agents correctionnels de la province souligne que celle-ci a récemment embauché du personnel, qui aide à remplacer les travailleurs expérimentés qu'elle a perdus.

Selon les rapports succincts du ministère provincial de la Justice, quatre détenus sont décédés cette année à la suite d'urgences médicales.

Bien que les détails ne soient pas rendus publics en vertu de la Loi sur les renseignements personnels sur la santé, une poursuite judiciaire engagée par la famille de Brandon Hendershot a mis en lumière son décès, survenu le 16 avril à l’Hôpital général de Dartmouth.

Un père et son fils adulte sont assis sur des pierres devant une petite statue de gargouille.

Brandon Hendershot est décédé le 16 avril à l'âge de 40 ans.

Photo : fournie par Brian Hendershot

Âgé de 40 ans, M. Hendershot a succombé à la grippe B, et sa famille allègue une négligence dans les soins médicaux prodigués par l'établissement correctionnel provincial Central Nova, situé à Dartmouth et communément appelé prison Burnside.

Ça nous dit qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas avec la prestation de soins de santé dans les prisons en Nouvelle-Écosse, a déclaré Laura Beach, membre du conseil d'administration de l'East Coast Prison Justice Society (ECPJS), un collectif qui se consacre aux enjeux touchant les personnes judiciarisées ou incarcérées.

C'est la cofondatrice et directrice juridique du cabinet d'avocats sans but lucratif PATH Legal, Emma Halpern, qui représente le père de Brandon Hendershot dans cette poursuite.

Une femme photographiée de trois quarts, assise à côté d'une lampe de bureau sur pied.

Emma Halpern a cofondé en 2022 le cabinet d’avocats PATH Legal, basé à Halifax et spécialisé en justice sociale. (Photo d'archives)

Photo : CBC / Steve Lawrence

Elle s’est dite profondément troublée par cette série de décès survenant dans nos prisons.

De toute évidence, Brandon avait besoin d'un traitement antibiotique. Pourquoi ne l'a-t-il pas reçu?, a-t-elle demandé.

Une tendance inquiétante

En avril, la province a rapporté trois décès survenus en l'espace de quatre jours.

C'est sans précédent, s’est indignée la principale organisatrice de l'East Coast Prison Justice Society (ECPJS), Sonya Klein.

Au cours de la dernière décennie, il y avait en moyenne de zéro à deux décès par an dans les prisons provinciales de la Nouvelle-Écosse, souligne-t-elle.

Entre janvier 2023 et juin 2024, au moins six personnes sont mortes sous la garde de la province.

Une petite boîte en bois, avec un portrait en noir et blanc d'un jeune homme, entourée de quelques objets, dont une casquette.

Les cendres de Christopher Young, mort par suicide à la prison Burnside de Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, sont posées dans un endroit qui lui est dédié au domicile de son père, le 8 juillet 2024, à Halifax.

Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese

Un septième décès au cours de cette période, survenu le 24 août 2023, n'a été rendu public qu'en avril 2026, fait remarquer l'ECPJS.

L’organisme demande depuis de longues années à la province de prendre des mesures immédiates pour remédier au nombre croissant de décès dans les prisons provinciales et aux conditions systémiques qui mettent en danger la vie et la santé des personnes incarcérées.

En 2023, le ministère de la Justice a mis en place un comité d'examen des décès en détention. L'initiative est toujours jugée insuffisante par les organismes de défense des personnes incarcérées, qui dénoncent un manque persistant de transparence.

Le ministère de la Justice ne dispose pas de pouvoirs légaux pour contraindre à la production de preuves, et ses conclusions ne sont pas obligatoirement rendues publiques, indiquait l’ECPJS, dans un communiqué publié le 10 août. L’organisme exige un changement législatif pour combler les failles.

Corridor de la prison et vue sur une toilette dans une cellule.

Une cellule à l'établissement correctionnel Central Nova, familièrement appelé « prison Burnside », en Nouvelle-Écosse. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Nous entendons dire que ce sont souvent les familles qui se retrouvent sans aucune réponse significative sur ce qui est arrivé à leur proche décédé en détention , a déploré Sonya Klein.

Des détenus invisibles

Martha Paynter, professeure de sciences infirmières à l’Université du Nouveau-Brunswick (UNB) et directrice de la recherche pour l'organisme à but non lucratif Wellness Within, craint que le manque de soins et d’attention portée aux détenus ne mène à d’autres décès.

Ces personnes sont invisibles. Invisibles pour les médecins, pour les membres du gouvernement et pour le public.

Wellness Within, fondé en 2013, s'est donné pour mission de sensibiliser le public aux graves préjudices physiques, moraux et sociaux liés à l'incarcération, à la suite du décès tragique de l'enfant de Julie Bilotta.

Cette dernière affirmait que les gardiens et le personnel médical avaient ignoré ses appels à l'aide, alors qu'elle accouchait dans sa cellule.

Une femme portant des lunettes à monture rouge est assise devant une étagère et regarde vers la gauche.

Martha Paynter est directrice de la recherche pour l'organisme à but non lucratif Wellness Within. (Photo d'archives)

Photo : CBC / Ed Hunter

Selon Martha Paytner, l’accès aux soins de santé est toujours plus compliqué entre les murs des prisons qu’à l'extérieur, car les gouvernements estiment que le bien-être des personnes détenues est moins important que celui des autres citoyens.

Nous sommes tous humains. Nous avons tous les mêmes droits, maintient Mme Paytner.

En isolement 20 heures par jour

L'ECPJS a aussi vivement dénoncé des pratiques violentes, comme l'isolement forcé des personnes incarcérées — qui seraient disproportionnellement plus susceptibles d'avoir des problèmes de santé, comparativement au reste de la population.

Nous recevons toujours de très nombreux rapports de confinements prolongés où les gens passent jusqu'à 20 heures par jour dans leurs cellules, dit Sonya Klein.

Intérieur d'une cellule de la prison Burnside.

Une cellule à l'établissement correctionnel Central Nova, ou prison Burnside, à Dartmouth, en Nouvelle-Écosse. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

Laura Beach souligne que les prisons regorgent de personnes pauvres, racisées, qui n’ont pas accès aux soins de santé dont ils ont besoin : Ce sont parfois des gens avec des problèmes de santé, avec des histoires de violence dans leur enfance, encore plus à risque que la population en général pour les infections, pour les maladies transmissibles.

Plusieurs demandent pour avoir un rendez-vous avec un docteur, même avec une infirmière. Ils n'ont pas de réponse, pas eu de rendez-vous. Ils attendent, ils attendent, ils attendent...

La province satisfaite de son système correctionnel

Interrogé lors d'une conférence de presse sur le quatrième décès survenu début août, le ministre de la Justice de la Nouvelle-Écosse, Scott Armstrong, s’est dit satisfait, car il juge que le système actuel fournit au gouvernement les renseignements nécessaires pour apporter les changements requis au fonctionnement de ses établissements correctionnels.

Le ministre debout dans l'Assemblée législative, avec deux grands tableaux en arrière-plan.

Scott Armstrong, ministre de la Justice et procureur général de la Nouvelle-Écosse, en mêlée de presse, le 2 avril 2026 à Halifax.

Photo : Radio-Canada

Dans un courriel envoyé cette semaine, le ministère de la Justice a fait état d’avancées majeures dans le maintien des effectifs, précisant qu'il comptait 297 agents pénitentiaires en équivalent temps plein et 62 agents pénitentiaires occasionnels en juillet.

Le recrutement de nouveaux agents réjouit Hugh Gillis, le vice-président du NSGEU. Le syndicat des employés de la fonction publique de la Nouvelle-Écosse fait pression depuis des années sur le gouvernement et le ministère de la Justice pour qu'ils augmentent les effectifs dans les prisons.

Toutefois, il a déploré le départ de nombreux agents expérimentés.

Un homme en complet devant un paravent bleu avec l'acronyme NSGEU écrit dessus plusieurs fois.

Hugh Gillis est le vice-président du syndicat des employés du gouvernement de la Nouvelle-Écosse. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Agathe Boucart

À l'heure actuelle, nous n'avons pas beaucoup de personnel expérimenté, a-t-il déclaré, sans préciser un nombre exact d'agents correctionnels ayant quitté.

Nous savons qu'avant cette récente embauche de 62 agents correctionnels, et avant le nouveau taux de rémunération, nous perdions des gens de façon continue.

Mais avec l'amélioration des conditions de travail, avec plus de personnel, avec des taux de rémunération peut-être meilleurs, nous espérons retenir les agents correctionnels et nous pensons que cela jouera certainement en notre faveur à l'avenir, dit-il.

Avec des informations de Ben Dornan, de CBC

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