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San Diego a promis 10 000 dollars à un faiseur de pluie en 1915 : ce qui l’a privé de son argent n’est ni le ciel resté sec ni un réservoir vide

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En votant à 4 voix contre 1 le 13 décembre 1915, les élus de San Diego ont littéralement misé 10 000 dollars sur la pluie, et la pluie est venue. Charles Hatfield n’a pourtant jamais touché un centime. Ni la sécheresse ni un réservoir vide n’expliquent ce refus de paiement : le ciel a fini par s’ouvrir, et c’est la catastrophe qui a suivi qui a fermé le portefeuille de la Ville.

À retenir

  • Le contrat prévoyait 10 000 dollars versés uniquement si le réservoir de Morena était rempli.
  • Les pluies de janvier 1916 ont fait déborder Morena et provoqué la rupture du barrage de Lower Otay.
  • La rupture du barrage a causé la mort d’une vingtaine de personnes, selon les récits les plus repris.

Sommaire

  1. Un contrat à 10 000 dollars, sans pluie, pas de paie
  2. Du 1er au 27 janvier 1916 : 26 jours qui font basculer l’histoire
  3. Le bilan humain : un chiffre qui bouge selon les récits
  4. Pourquoi Hatfield n’a jamais été payé

Un contrat à 10 000 dollars, sans pluie, pas de paie

Le marché, tel que le décrivent les archives numériques de la Ville de San Diego, tient en une phrase. Hatfield propose en décembre 1915 de remplir le réservoir de Morena pour 10 000 dollars, et s’il ne pleut pas, il n’est pas payé.

Le contexte explique l’audace des élus. La région sortait de plusieurs années de sécheresse, et le réservoir de Morena, en service depuis 1897, n’avait jamais dépassé le tiers de sa capacité dans ses premières années. Éleveurs, producteurs d’agrumes et investisseurs agricoles répétaient qu’il fallait agir, sous peine de voir l’économie locale s’effondrer.

Selon le San Diego History Center, Hatfield avait soumis plusieurs variantes par écrit, dont une promesse de remplir Morena avant le 20 décembre 1916. Le conseil a retenu celle-là et chargé les services juridiques de la Ville de rédiger le contrat. Un seul élu, Herbert R. Fay, s’y est opposé avec obstination, et un autre, Walter P. Moore, a défendu la proposition ouvertement. Le maire Edward P. Capps et trois autres conseillers ont voté pour sans expliquer leurs motifs.

Le pari semblait presque sans risque. Une Ville qui ne paie qu’en cas de succès, face à un ciel que personne ne savait commander.

Du 1er au 27 janvier 1916 : 26 jours qui font basculer l’histoire

Hatfield et son frère Paul se mettent au travail le 1er janvier 1916. D’après le San Diego History Center, ils installent des tours de 12 pieds portant chacune un bac galvanisé rempli d’une solution chimique, dont la composition est restée secrète. La pluie commence à tomber près du réservoir le 5 janvier.

Le 10 janvier, une pluie forte s’abat, puis un déluge de 10 jours s’installe. Une plaque historique érigée près de Lake Morena évoque 35 pouces tombés en un mois sur le comté. Les rivières débordent, et le réservoir de Morena, qui gagne jusqu’à 2 pieds par heure à son pic, déborde le 26 janvier, à 5 pouces seulement du sommet du barrage.

Le lendemain, 27 janvier, le barrage de Lower Otay cède.

Selon les archives de la Ville, il libère un mur d’eau de 40 pieds de haut qui parcourt 12 miles jusqu’à la mer en détruisant tout sur son passage. La rupture survient vers 18 h, à l’heure où beaucoup de familles passaient à table. Des témoins parlent d’une brume noire qui précédait la vague, mais la communauté des Little Landers n’a été prévenue qu’à un moment où tous ne pouvaient plus s’échapper. Parmi les victimes, de nombreux agriculteurs japonais qui vivaient dans la vallée.

Le bilan humain : un chiffre qui bouge selon les récits

Combien de morts ? Les sources ne s’accordent pas. Le San Diego History Center retient 20 victimes pour la rupture du barrage, et le site Farmers’ Almanac parle lui aussi d’environ 20. Une plaque historique en dénombre 14 pour l’ensemble des deux tempêtes de janvier, alors que la page consacrée au barrage de Savage (le nom donné à l’ouvrage une fois reconstruit, en 1918) mentionne 11 agriculteurs japonais américains tués. Pour l’ensemble du comté, la page de Wikipédia sur le barrage de Morena évoque plus de 50 décès liés aux inondations, tous ouvrages confondus.

Ces écarts tiennent en partie à ce que chaque source compte : la rupture d’Otay seule, les deux épisodes de pluie, ou tout le comté. Ils tiennent aussi à l’époque, où les registres des communautés agricoles, notamment japonaises, étaient incomplets. Pour un article qui se veut honnête, la formule la plus sûre reste « une vingtaine de morts à Otay, selon les récits ».

La mémoire de ce drame est restée locale. Un obélisque rappelle le souvenir des personnes mortes dans la catastrophe du barrage d’Otay, et les jours suivants, des familles japonaises sillonnaient la baie du sud en bateau pour retrouver leurs disparus.

Pourquoi Hatfield n’a jamais été payé

Le plus étonnant se situe ici : le contrat posait une condition simple, remplir le réservoir, et Morena a bel et bien débordé. Sur le papier, Hatfield avait donc gagné. Mais dans les faits, il n’a jamais été payé, et la plaque de Lake Morena précise qu’il a quitté la ville précipitamment.

Les récits divergent sur les arguments exacts échangés entre le conseil et le « faiseur de pluie ». Ce qui ressort des sources, c’est que la querelle a basculé sur la responsabilité des dégâts, pas sur le niveau d’eau. Le site Farmers’ Almanac affirme que deux tribunaux ont qualifié les inondations d’acte de Dieu. Le San Diego History Center, de son côté, mentionne une décision de justice locale rendue 22 ans plus tard, en faveur de Hatfield selon l’exposition qui lui est consacrée, sans que ses conséquences financières soient détaillées dans les extraits consultés.

Une précision pèse plus lourd que tout le reste : le lien de cause à effet entre les produits de Hatfield et ces pluies n’a jamais été démontré. La plupart des historiens, d’après Farmers’ Almanac, y voient plutôt un bon prévisionniste du temps qu’un maître des nuages. Il aurait installé ses tours au moment où une série de tempêtes s’annonçait, et la coïncidence a fait le reste.

Ce raisonnement, d’ailleurs, vaut aussi pour la Ville. Si les élus avaient reconnu que la pluie était son œuvre, ils auraient aussi dû admettre qu’il était responsable du barrage qui a cédé. Les refuser de payer revenait à nier le pouvoir qu’ils lui avaient prêté en signant.

Né en 1875 et mort en 1958, Hatfield a continué à proposer ses services dans l’Ouest américain et au Canada. Son histoire a inspiré le film The Rainmaker avec Burt Lancaster, sorti en 1956, et une chanson du groupe Widespread Panic parue en 1993. San Diego, elle, a reconstruit son barrage en 1918 et l’a rebaptisé Savage.

Sources : farmersalmanac.com | sandiegohistory.org

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