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En voulant relancer la soie avec des chenilles venues d’Europe, un astronome français a littéralement mis à nu les forêts de tout le nord-est des États-Unis

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En important au milieu des années 1860 des masses d’œufs de chenilles européennes, un astronome français installé à Medford, dans le Massachusetts, a littéralement lancé le processus qui allait mettre à nu les forêts du nord-est des États-Unis. Étienne Léopold Trouvelot cherchait de la soie. Plus d’un siècle plus tard, en 1981, la descendance de ces insectes dévorait le feuillage de 12,9 millions d’acres de forêt.

À retenir

  • Étienne Léopold Trouvelot, astronome et entomologiste amateur, a fait venir des œufs de spongieuse d’Europe vers 1860.
  • Des chenilles se sont échappées de sa maison de Medford vers 1869 et ont prospéré sans prédateurs.
  • En 1981, la spongieuse a défolié 12,9 millions d’acres de forêt du Maine au Maryland.

Sommaire

  1. Un astronome qui rêvait de soie américaine
  2. Dix ans de silence, puis l’invasion
  3. 1981 : un record à 12,9 millions d’acres
  4. Quarante ans plus tard, toujours là

Un astronome qui rêvait de soie américaine

Né dans l’Aisne en 1827 et mort à Meudon en 1895, Trouvelot était à la fois artiste, astronome et entomologiste amateur. Côté ciel, on lui doit la découverte de taches voilées sur le Soleil en 1875, mais c’est pour ses chenilles que son nom figure aujourd’hui dans les manuels d’écologie.

Les vers à soie traditionnels étaient alors décimés par diverses maladies, et Trouvelot s’intéressait de près aux larves de lépidoptères, y compris aux papillons nord-américains qu’il jugeait exploitables. Dans les années 1860, plusieurs entrepreneurs rêvaient d’une industrie de la soie aux États-Unis, tandis que la guerre de Sécession perturbait l’approvisionnement en coton. Selon Wikipédia, les raisons précises pour lesquelles il a fait venir des masses d’œufs de spongieuse (Lymantria dispar) restent inconnues. Plusieurs sources officielles avancent l’idée d’un hybride plus résistant aux maladies que le ver à soie domestique.

Selon le Smithsonian, plus d’un million de larves ont vécu derrière sa maison.

Cette maison se trouvait au 27 Myrtle Street, à Medford. Vers 1869, des individus s’en sont échappés, d’après les récits à cause d’un bocal tombé d’une fenêtre ou d’un filet de protection emporté par le vent. Trouvelot a donné l’alerte auprès des entomologistes, mais personne ne voyait en l’insecte un ravageur, et les chenilles ont proliféré dans un terrain vacant voisin.

Dix ans de silence, puis l’invasion

Une dizaine d’années plus tard, les chenilles apparaissaient en essaims, et à la fin des années 1880 elles défoliaient déjà sévèrement la région. En 1889, les arbres fruitiers et d’ombrage d’une zone de 360 miles carrés autour de Medford, soit plus de 900 km², étaient dépouillés.

Sur son continent d’origine, de l’Europe à l’Afrique du Nord en passant par l’Asie, des parasites et des maladies maintiennent l’espèce en équilibre. En Amérique, elle a trouvé un climat adapté et très peu de prédateurs. Ses chenilles s’attaquent à plusieurs centaines d’espèces d’arbres et d’arbustes, avec une nette préférence pour les chênes. Chaque femelle pond une seule masse de 600 à 1 000 œufs dans sa vie, recouverte d’un duvet de soie brun clair.

Un chercheur du Cary Institute décrit la mécanique en chiffres : 1 masse d’œufs la première année, 125 la deuxième, plus de 15 000 la troisième. Au-delà de 2 000 masses par acre, la défoliation complète devient de plus en plus probable. Le record observé avant l’effondrement d’une épidémie atteint 6 000 masses par acre.

1981 : un record à 12,9 millions d’acres

En 1981, 12,9 millions d’acres ont perdu leurs feuilles, du Maine au Maryland.

Cela représente 52 200 km², davantage que la superficie de la Slovaquie, et une zone plus vaste que le Rhode Island, le Massachusetts et le Connecticut réunis. Cette année-là, près de 1,5 million d’acres ont été touchés dans le seul Connecticut, soit près de 80 % de ses forêts.

Les séquelles ont duré. Quand l’équipe du Cary Institute a échantillonné ses forêts en 1984, presque tous les pruches du sous-bois étaient morts, ce que les chercheurs ont attribué à la défoliation de 1980, 1981 et peut-être 1982. La plupart des arbres refont leurs feuilles la même saison, mais des attaques répétées affaiblissent leur défense contre la sécheresse, les autres insectes et les maladies. Des responsables du Connecticut rappellent toutefois que, malgré des pertes d’arbres, leurs forêts se sont rétablies.

Pendant les pics, le bruit des chenilles qui mâchent et des déjections qui tombent peut évoquer une pluie légère à modérée. Les larves grimpent sur les murs, traversent les routes et entrent parfois dans les maisons. Des éruptions cutanées proches de celles de l’herbe à puce ont été documentées chez des personnes au contact de leurs poils au début des années 1980.

Quarante ans plus tard, toujours là

Depuis 1980, plus d’un million d’acres de forêt sont défoliés chaque année.

Wikipédia évoque 868 millions de dollars de dégâts par an, une estimation à prendre comme un ordre de grandeur. Partie du Massachusetts, l’espèce a gagné plus de 20 États. En Pennsylvanie, les premières spongieuses ont été repérées en 1932 dans les comtés de Luzerne et de Lackawanna, puis l’infestation a atteint ceux de Centre, Blair, Huntingdon et Clearfield dans les années 1980.

Le principal allié des forestiers est un champignon, Entomophaga maimaiga, introduit volontairement en Amérique du Nord, dont l’efficacité n’est apparue qu’après un certain délai. Les printemps humides l’activent, alors que le temps sec ralentit sa propagation. Après plusieurs printemps secs, l’est du Connecticut a subi une mortalité d’arbres généralisée, avant que la pluie ne revienne et ne mette fin à l’épisode. Les relevés aériens de l’État ont compté 156 000 acres défoliés en 2020, puis 45 548 en 2021.

Les sources américaines récentes parlent de spongy moth, nom qui remplace l’ancien gypsy moth. Les masses d’œufs, elles, se logent sur à peu près n’importe quelle surface (troncs, poteaux de clôture, boîtes aux lettres, véhicules), ce qui rend utile un coup d’œil sous les avant-toits et sur la carrosserie avant de quitter une région touchée.

Sources : dem.ri.gov | entomology.mgcafe.uky.edu | business.ct.gov

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