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On croit le pont du Gard intact depuis les Romains : au XIVe siècle, on a creusé ses piles pour y faire passer les charrettes de la foire de Beaucaire

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Le pont du Gard n’a jamais été pensé pour qu’on le traverse en charrette. Pourtant, au XIVe siècle, on en a fait une route : un passage pour charrettes et animaux a été ouvert au niveau intermédiaire, avec des rampes d’accès, et les piles du deuxième niveau ont été entaillées un peu plus, côté ouest. La cause tient en un nom, la foire de Beaucaire.

Les Romains ont bâti un aqueduc, pas une route.

À retenir

  • Un passage pour charrettes et animaux a été ouvert au niveau intermédiaire au XIVe siècle.
  • Les piles du deuxième niveau ont été davantage entaillées, côté ouest.
  • Des travaux de restauration ont été menés entre 1696 et 1702 pour réparer ces dégâts.
  • Un pont routier distinct a été construit à côté entre 1743 et 1747.

Sommaire

  1. Un aqueduc géant, puis une carrière
  2. Beaucaire fait grossir le trafic
  3. Réparer les dégâts, puis construire à côté
  4. Ce que ce chantier raconte du monument

Un aqueduc géant, puis une carrière

Le monument mesure 49 mètres de hauteur et 275 mètres de longueur, avec 3 rangées d’arches superposées. C’est l’équivalent d’un immeuble d’une quinzaine d’étages posé en travers du Gardon. Il est la pièce maîtresse d’un aqueduc de 50 km qui alimente Nîmes, et il fonctionne pendant 5 siècles. Puis l’eau cesse de couler, et l’ouvrage perd sa raison d’être.

Vers le XIIe siècle, d’après le site officiel, les douze premières arches du troisième niveau sont prélevées pour bâtir des églises et des édifices des environs. Le pont sert alors de réserve de pierres taillées toutes prêtes. Une source patrimoniale parle d’une vaste carrière, et le mot n’a rien d’exagéré.

En 1295, un document mentionne pour la première fois le « Pons de Gartio ». Il y est question d’un péage que Philippe le Bel accorde au seigneur d’Uzès. Le roi le cède en échange de la baronnie de Lunel. Un péage suppose du passage, et le pont est donc déjà fréquenté à cette date.

Beaucaire fait grossir le trafic

La foire de Beaucaire est alors l’un des grands rendez-vous commerciaux de la région. La route d’Uzès à Beaucaire, où se tient cette foire importante, passe par Remoulins. Au XIVe siècle, le trafic vers la foire augmente fortement, et le Gardon reste un obstacle, surtout en crue.

La réponse est radicale : on ouvre un passage pour les charrettes et les animaux au niveau intermédiaire du pont. Des rampes d’accès sont aménagées pour y monter. Les piles du deuxième niveau sont « davantage entaillées », côté ouest, ce qui a pu fragiliser la structure. Une étude de l’Académie Pont du Gard parle d’un geste fait « au risque de causer de sérieux dégâts ».

Le site officiel est clair : l’ouvrage aurait pu s’effondrer.

Le verbe « entailler » donne une idée de ce que cela représente. Une pile est le support d’un étage entier, et ici on retire de la matière dans un pilier qui porte des centaines de tonnes de pierre. L’ouvrage romain n’a jamais été conçu pour servir de pont routier, rappelle l’Académie Pont du Gard. Les marchands de l’époque avaient pourtant un chemin à raccourcir et des marchandises à livrer. Ils n’allaient pas s’arrêter à la question de la solidité d’un édifice vieux de 1 200 ans.

Réparer les dégâts, puis construire à côté

Trois siècles plus tard, la facture arrive. Entre 1696 et 1702, les architectes Daviler et de Laurens dirigent d’importants travaux de restauration pour réparer les dégâts causés par le passage des charrettes et l’excavation des piles. Ils recourent à des encorbellements et comblent les entailles.

Le comblement n’a pas tout effacé. Selon un article du site belge DH.be, les échancrures ont été en partie colmatées dès 1702, ce qui laisse entendre qu’une partie des cicatrices est restée en place. Le site officiel du Pont du Gard, lui, ne détaille pas ce qu’il en reste aujourd’hui.

Restaurer ne suffit pas à faire d’un aqueduc une route sûre. Entre 1743 et 1747, les États du Languedoc font bâtir un pont routier à côté de l’aqueduc, sous la direction de l’ingénieur Henri Pitot. Les États avaient délibéré pour qu’un franchissement du Gardon soit étudié, et l’ouvrage devenait une priorité économique et stratégique. Le trafic quitte alors le monument romain, qui peut enfin cesser de supporter les charrettes.

C’est sur ce pont adossé que les visiteurs marchent aujourd’hui. Quand on traverse le Gardon, on emprunte donc l’ouvrage du XVIIIe siècle, pas la route médiévale ouverte dans le deuxième niveau.

Ce que ce chantier raconte du monument

L’histoire du pont du Gard est souvent racontée comme celle d’un ouvrage presque immobile, intact depuis 2 000 ans. Elle ressemble plutôt à une suite d’usages successifs : aqueduc, carrière, route à péage, monument historique. Chaque époque lui a pris quelque chose avant que la suivante ne répare.

Les dates sont à manier avec prudence. Le site officiel donne 1743-1747 pour le pont routier, alors que la base Structurae évoque 1743-1745 et parle d’arches du bas élargies. Le site officiel n’indique pas ce que Pitot a fait aux piles romaines elles-mêmes, et il vaut mieux en rester là.

Pour une visite, le site officiel situe l’entaille de la pile côté ouest. C’est là qu’il vaut la peine de lever les yeux vers le deuxième niveau.

Sources : belambra.fr | academie-pontdugard.com

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