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Sept septembre 2026, jour J. C’est la date fixée par le Ministère des Enseignements secondaires pour le démarrage effectif des cours dans tout le pays. La circulaire signée le 4 septembre par le ministre tient sur neuf pages et couvre à peu près tout, du contenu pédagogique à la sécurité des campus, en passant par la gestion financière des établissements. Un document dense, qui rappelle surtout combien la rentrée camerounaise reste un exercice millimétré sur le papier.
Une circulaire qui ne laisse rien au hasard
Le document, référencé Circulaire n°005/26/C/MINESEC/SG/CELSUI, s’adresse à une chaîne hiérarchique complète : inspecteurs généraux, délégués régionaux et départementaux, chefs d’établissements. Rien d’inhabituel dans la forme. C’est le fond qui mérite qu’on s’y attarde.
Premier point, et pas des moindres : le démarrage effectif des cours est fixé au 7 septembre 2026, avec une consigne claire d’éviter toute interruption sans autorisation de la hiérarchie. Le ministère insiste aussi sur l’encadrement pédagogique de proximité, celui des personnels de direction, des enseignants, des conseillers d’orientation et des élèves.
Le texte rappelle une bonne dizaine de circulaires et arrêtés antérieurs, certains datant de 2001, d’autres de 2022 ou 2025. Franchement, on se demande combien de chefs d’établissements ont le temps de vérifier la conformité avec chacun de ces textes avant même que la rentrée ne commence.
Autre nouveauté qui saute aux yeux : l’intelligence artificielle fait officiellement son entrée dans le vocabulaire administratif du MINESEC. Le ministère demande d’intensifier l’utilisation de l’IA pour mieux organiser, suivre et documenter les activités de l’année scolaire. Les enseignants et apprenants sont également invités à recourir aux ressources du Centre IA et Distance Learning. Un signal, sans doute, mais on ne sait pas encore avec quels moyens concrets cette ambition sera suivie sur le terrain.
Sécurité des campus, un chapitre qui pèse lourd
Le point 42 de la circulaire concerne la sécurisation des enceintes scolaires face au phénomène de Boko Haram et à la situation sociopolitique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Ce n’est pas un point parmi d’autres, c’est un chapitre à part entière.
Le ministère demande la création de polices scolaires composées d’élèves connus pour leur probité morale, chargées de détecter et de signaler toute présence suspecte. Il exige aussi la mise en place, dans chaque établissement, d’un Comité de vigilance sous l’encadrement du Conseil d’établissement et de l’Association des parents d’élèves et des enseignants.
Difficile de ne pas y voir la marque d’une décennie de tensions sécuritaires qui a fini par s’installer dans le quotidien administratif des écoles. Un fichier du personnel avec contacts téléphoniques, un fichier des élèves avec les numéros des parents, la réduction des voies d’accès, la fouille systématique à l’entrée. Ce sont des mesures qui, ailleurs, relèveraient de l’exceptionnel. Ici, elles deviennent la routine d’une rentrée scolaire.
Le texte demande aussi d’examiner avec plus de minutie les demandes de recrutement des enseignants vacataires et les inscriptions de nouveaux élèves, pour éviter l’infiltration d’individus suspects.
Volet pédagogique, entre ambitions et vieilles habitudes
Sur le plan pédagogique, le ministère insiste sur la couverture qualitative et quantitative des programmes. Il rappelle la nécessité de veiller à la pratique du Jeu Bilingue et au respect de la Journée hebdomadaire du bilinguisme, une disposition qui existe depuis des années mais dont l’application reste, c’est le moins qu’on puisse dire, inégale selon les régions.
La circulaire évoque également la disponibilité de la matière d’œuvre pour les travaux pratiques dès la rentrée, l’utilisation rationnelle des ateliers et laboratoires, et l’application des dispositions relatives aux langues vivantes II, qui ne s’enseignent qu’à partir de la classe de quatrième.
Un accent particulier est mis sur l’enseignement technique.
Le ministère demande le renforcement du partenariat École-Entreprise et l’organisation de Journées portes ouvertes. La professionnalisation des enseignements revient aussi comme un objectif transversal, tout comme la promotion de la recherche pédagogique à travers des réflexions sur les matières où les élèves rencontrent le plus de difficultés.
Santé, clubs scolaires et protection des enfants
La circulaire consacre plusieurs points à la santé et au bien-être des élèves. Elle rappelle les dispositions sur la gestion des cas de grossesse en milieu scolaire, la prévention des IST, du VIH-SIDA, du choléra et d’autres maladies endémiques. Le texte demande aussi de renforcer la sensibilisation sur les comportements à adopter pendant les pauses et à la sortie des classes, pour assurer la protection des enfants entre l’école et la maison.
Sur le volet associatif, le ministère demande de dynamiser les clubs Santé, Environnement, Journal et Entrepreneuriat, et surtout de mettre en œuvre l’instruction relative à la création des clubs genre dans tous les établissements publics et privés. Une mesure qui ne passera sans doute pas inaperçue.
Le document insiste également sur la lutte contre la drogue, la création de clubs anti-tabac conformément à une circulaire de 2017, et la création d’un club scolaire baptisé Promotion de la Paix, du Multiculturalisme et du Vivre-ensemble.
Pour les élèves à besoins spécifiques, enfants handicapés, réfugiés, déplacés internes, issus des communautés Mbororos ou Pygmées, la transmission des listes est fixée au 13 novembre 2026. Un délai qui laisse un peu plus de deux mois aux établissements pour s’organiser.
La question de l’argent, toujours sensible
Le volet budgétaire de la circulaire rappelle plusieurs règles de gestion financière. Le ministère demande la dissociation stricte des contributions volontaires des APEE des autres recettes de l’établissement. Il interdit également la vente d’objets divers autres que ceux issus des travaux utilitaires au sein des écoles.
Les fonds alloués à la matière d’œuvre pour l’enseignement technique et scientifique doivent être intégralement utilisés à cette fin. Même chose pour les fonds destinés à la bibliothèque. On attendait mieux qu’un simple rappel, franchement, tant ces détournements de fonds reviennent chaque année dans les rapports d’inspection.
Le texte évoque aussi le Fonds de solidarité et de promotion de l’éducation, ainsi que le Fonds d’appui à la santé scolaire, dont la gestion doit suivre des textes précis datant de 2001. Rien de neuf sur ce terrain, mais le rappel a le mérite d’exister.
Le suivi du bon fonctionnement de la chaîne Planification-Programmation-Budgétisation est également mentionné, avec une insistance sur le respect des textes en vigueur.
Ce que cette rentrée révèle, en creux
Cette circulaire de neuf pages dit quelque chose d’assez simple, au fond : l’administration camerounaise sait produire des textes complets, précis, presque exhaustifs. Le signal est clair sur le papier. Reste la question qui compte vraiment, celle que tout journaliste qui couvre l’éducation se pose chaque année en salle de rédaction.
Ces mesures seront-elles appliquées sur le terrain, dans les établissements les plus reculés, avec les moyens qu’on leur connaît ?
Le ministre demande d’ailleurs lui-même à être informé des difficultés rencontrées dans l’application de ces mesures. Une phrase presque anodine, mais qui en dit long sur l’écart entre l’instruction et la réalité du terrain.
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Alain-Claude Ndom
Journaliste pour 237online.com, spécialisé dans les questions de société et la vie quotidienne des Camerounais.


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