Le Conseil économique, social et environnemental (Cese) a décidé d’organiser une convention citoyenne sur les finances publiques, qui ne cessent de se dégrader. Une manière d’agir sur le débat public, pas toujours à la hauteur des enjeux.

Léa Guyot - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :

Privé de majorité, le Premier ministre Sébastien Lecornu a prévenu que le prochain budget ne contiendra pas de « grandes réformes ». Photo d'illustration Sipa/François Greuez Privé de majorité, le Premier ministre Sébastien Lecornu a prévenu que le prochain budget ne contiendra pas de « grandes réformes ». Photo d'illustration Sipa/François Greuez

C’est un sujet qui passionne rarement les foules et qui pourtant nous concerne tous. Les finances publiques seront le thème de la prochaine convention citoyenne organisée par le Conseil économique, social et environnemental (Cese), a révélé mardi le groupe EBRA, dont fait partie notre journal. Après le climat, la fin de vie et les temps de l’enfant, un groupe de citoyens planchera sur la réduction de la dette et du déficit. Il y a urgence : « les finances publiques françaises se situent à un moment charnière » et « la France ne peut plus différer les ajustements nécessaires », alertait en juin la Cour des comptes dans un rapport dédié.

151,6 milliards d'euros de déficit et 3 460 milliards d'euros de dette en 2025 - soit respectivement 5,1 % et 115,6 % du PIB (produit intérieur brut) : la France dépense plus qu’elle ne gagne. « On n’a jamais été de très bons élèves des finances publiques », observe Mathieu Plane, économiste à l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques). « Mais là, on est en train d’intégrer la classe des mauvais. »

Crises des subprimes, de la dette souveraine, du Covid, énergétique… les chocs économiques successifs ont dégradé notre situation budgétaire. Les mesures destinées à redonner de la compétitivité aux entreprises et du pouvoir d’achat aux ménages ont fait grimper la dette publique, sans suffisamment stimuler la croissance. Dans le même temps, les dépenses courantes et les investissements sont de plus en plus importants, à cause du vieillissement de la population ou encore du réchauffement climatique. L’équation est de plus en plus difficile et, contrairement aux autres pays de la zone euro, la France n’a pas réussi à redresser la barre.

Le cercle vicieux de la dette

Le déficit n’est plus seulement persistant : « il est structurel, propre à notre pays », insiste Mathieu Plane. Et creuse chaque année un peu plus notre dette, qui a « quasiment doublé » en 20 ans. Le problème, c’est que les taux d’emprunt de la France se sont envolés - ils sont désormais supérieurs à 4 % -, ce qui augmente le coût de la dette. Résultat : la charge des intérêts pèse de plus en plus lourdement sur le budget de l’État. En 2025, ce poste représentait 55 milliards d’euros. Un montant deux fois plus important qu’en 2020, supérieur à l’investissement national dans l’éducation ou la défense.

Et ce n’est qu’un début. Si rien n’est fait pour assainir les finances publiques, la charge de la dette pourrait augmenter de 10 milliards d’euros par an entre 2027 et 2030, selon quatre économistes indépendants missionnés par Bercy avant l’été. Pour éviter l’effet boule de neige, ils suggèrent « un ajustement de l’ordre de 125 milliards d’euros d’ici 2032 ». En clair : il faudra trouver (beaucoup) d’argent. La question, c’est de savoir où les dirigeants politiques vont aller le chercher.

L’effort sera collectif, ou sera insuffisant

Hausse des prélèvements obligatoires (impôts, cotisations), baisse de la dépense publique (désindexation des pensions, allègement de prestations sociales, suppression d’avantages fiscaux)… les instruments budgétaires ne manquent pas. Certains sont plus impopulaires que d’autres, mais tous doivent être considérés, selon Mathieu Plane. Pour l’économiste, « il va falloir faire un certain nombre de sacrifices » et cet effort ne pourra pas être porté « uniquement par une catégorie sociale », malgré les promesses de certains responsables politiques. « Notre situation est à la dérive » et « la crise politique empêche le compromis », remarque-t-il. La convention citoyenne peut être l’occasion de « hiérarchiser les priorités » des Français. Qui sait, peut-être que ce choix collectif permettra d’identifier « le bon équilibre entre redressement des finances publiques, préservation de la croissance et investissement dans l’avenir », espère Mathieu Plane. Tout un programme.

Le lexique pour se repérer

  • Déficit : un pays est en situation de déficit public quand ses recettes sont inférieures à ses dépenses au cours d’une année. Ce solde négatif regroupe l’ensemble des administrations publiques (État, collectivités locales et Sécurité sociale). Il doit normalement être inférieur à 3 % du PIB dans les pays de l’Union européenne.
  • Dette : c’est la somme des déficits passés, l’ensemble des emprunts contractés par les administrations publiques qui ne sont pas encore remboursés. Elle est censée ne pas dépasser 60 % du PIB, selon les règles européennes.
  • Charge des intérêts (ou charge de la dette) : désigne l’ensemble des dépenses de l’État consacrées au paiement des intérêts de sa dette.
  • Taux souverain : il s’agit du taux d’intérêt auquel un pays emprunte de l’argent sur les marchés financiers en émettant des obligations. Il varie en fonction des taux directeurs des banques centrales et d’une prime de risque. Plus le risque de non-remboursement est élevé, plus cette prime est importante.
  • L’effet boule de neige : une expression utilisée par les économistes pour qualifier un accroissement incontrôlé de la charge de la dette et du déficit, qui survient quand le taux d’intérêt est supérieur au taux de croissance économique.

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