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Rendons leur existence aux femmes d’Afghanistan

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Publié le 24 août 2026 à 05:30. / Modifié le 24 août 2026 à 05:31. 2 min. de lecture

  • En Afghanistan, le régime taliban a traduit le patriarcat en politique d'État: un système sans précédent que l'ONU cherche à qualifier de crime d'apartheid de genre.

  • Le code pénal de janvier 2026 légalise la violence conjugale, interdit totalement l'école aux filles et supprime leur consentement au mariage dès 15 ans.

  • Ce lundi, Le Temps republie un reportage du Monde à Kaboul pour contribuer à sortir les Afghanes de l'oubli, cinq ans et quelques jours après le retrait américain décidé par Joe Biden.

Il dénature l’amour. Etouffe la liberté. Vole des rêves. Brise des vies. Le patriarcat tue. Et comme il garantit des privilèges à la moitié de l’humanité, il n’est pas près de s’effondrer. C’est même le plus ancien système de domination de l’Histoire. Partout, il mine l’intégrité des femmes, leur droit fondamental à habiter pleinement le monde. Et à y agir pour ce qu’elles sont, à tous les effets: des sujets.

De ces violations universelles, l’Afghanistan en offre aujourd’hui une concentration inédite. Le machisme transforme les femmes en objets? Le régime taliban est allé un cran plus loin dans l’horreur: il les a anéanties. Car il est le seul gouvernement au monde à avoir traduit les formes les plus extrêmes du patriarcat en une politique d’Etat sciemment destinée à nuire aux femmes. Un système tel que l’ONU a lancé un processus pour faire élargir le crime d’apartheid à la notion de genre.

Lire aussi: «Notre voisine hurlait: «Les talibans reviennent!» Nous étions pétrifiées»: cinq ans après le 15 août 2021, des Afghanes racontent leur enfer

Réinventer le langage

C’est qu’il faudrait le réinventer, le langage, pour saisir la barbarie du Code pénal afghan. La violence conjugale, extrêmement répandue? Légalisée. Pour qu’un mari soit puni de 15 jours de prison, l’épouse devrait se présenter devant le juge avec des os cassés et des plaies ouvertes, accompagnée… d’un homme de sa famille. Et elle ne peut pratiquement plus divorcer. Enfin, il n’y a officiellement plus besoin du consentement des fillettes de moins de 15 ans pour les marier.

Des crimes sur les corps, sur les esprits aussi. L’Afghanistan est aujourd’hui le seul pays au monde qui interdit totalement l’école aux filles. Une mesure dont l’impact se fera sentir sur plusieurs générations, même si la quasi-totalité des 2,4 millions d’écolières recluses se réunissent chaque jour pour écouter Radio Begum, ce média qui cherche à les instruire chez elles.

Lire aussi: «Notre prison est chaque jour plus exiguë»: en Afghanistan, des femmes arrêtées puis reniées pour être sorties à visage découvert

Du silence sépulcral, un cri

Isolées, menacées, humiliées, les Afghanes sont en train de mourir. Des violences conjugales, du manque de soins; aujourd’hui, l’Afghanistan détient un des pourcentages de mortalité maternelle les plus élevés d’Asie. Mais aussi de suicide, un des plus hauts taux au monde. De tout cela, aucun décompte gouvernemental. Comme si, avant de mourir, elles n’avaient jamais vraiment vécu.

Cet anéantissement, la reporter Annick Cojean a tenté d’en rendre compte dans une série de reportages réalisés à Kaboul pour Le Monde. La barbarie qu’elle décrit est sidérante. Mais ce qui bouleverse par-dessus tout, c’est la bravoure des victimes. Du silence sépulcral qui les ensevelit peu à peu, elles nous lancent un cri: «Nous existons encore!» Ce message, Le Temps a voulu lui donner de l’ampleur. Abandonnées lors du retrait américain d’Afghanistan ordonné par Joe Biden en 2021, les Afghanes doivent être sorties de leur enfer, d’une manière ou d’une autre. Cela commence par le fait de ne pas oublier ce qu’elles sont: des sujets.

Lire aussi: La venue de talibans à Bruxelles provoque une polémique et fait l’objet d’une plainte auprès du parquet belge
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