En se basant sur les données provenant d’un tout nouveau satellite de détection de précision, des chercheurs étasuniens ont récemment publié un rapport édifiant. Le document se concentre principalement sur les panaches de méthane émis par les trois plus grands bassins gaziers des États-Unis. Que disent les résultats ?
Identifier les « super-émetteurs » de méthane étasuniens
Rappelons tout d’abord que le bassin Permien (Texas, Nouveau-Mexique), le bassin des Appalaches et le bassin de Haynesville (Texas, Louisiane, Arkansas) représentent les deux tiers de la production de gaz naturel des Etats-Unis. Évoquons également le fait que ces zones de production approvisionnent massivement l’Europe en gaz naturel liquéfié (GNL).
En septembre 2026, une équipe de chercheurs de l’Université de Californie (UCLA) a publié son rapport Methane Made in America. L’objectif de ces travaux était de dresser un classement des plus grands « super-émetteurs » de méthane de ces bassins gaziers. Dans le cadre de l’étude, les scientifiques se sont appuyés sur des données en provenance du tout nouveau satellite de détection de précision Tanager-1 de la société Planet Labs PBC. D’autres données ont été récoltées par l’instrument Earth Surface Mineral Dust Source Investigation (EMIT) de la NASA.
« Ce rapport présente un classement accessible des dix principaux sites pétroliers et gaziers de ces trois bassins, tels qu’ils ont été observés par l’un des satellites de détection du méthane les plus perfectionnés au monde. », peut-on lire dans le rapport.
Crédit : UCLA
Des taux jusqu’à quinze fois supérieurs au seuil de tolérance
Il s’avère que les données ont permis de détecter pas moins de 1 097 panaches de méthane entre janvier 2025 et juin 2026. Or, les dix sites classés comme étant les plus grands super-émetteurs dépassent tous largement le seuil officiel de super-émission défini par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) – soit 0,1 tonne de méthane par heure. Le plus gros émetteur évoqué dans le rapport est une usine de traitement de gaz naturel de la compagnie Energy Transfer, située près de Shreveport en Louisiane (bassin de Haynesville). Cette usine rejette en moyenne 1,56 tonne de méthane par heure, soit quinze fois le seuil de tolérance de l’EPA. De plus, la compagnie Energy Transfer est directement liée à deux des dix sites considérés comme étant les plus gros super-émetteurs.
« Si ce site de Shreveport émettait du méthane en continu pendant un an au taux moyen calculé à partir des panaches détectés, cela équivaudrait, selon les calculs de l’EPA aux émissions de gaz à effet de serre générées par une voiture de tourisme à essence parcourant environ 1,57 milliard de kilomètres », précise l’étude.
Parmi les autres sociétés responsables, il est possible de citer Howard Energy, Aethon Energy, TC Energy, Black Bear Midstream, Western Midstream ou encore, Boardwalk Pipeline.
Un contexte très défavorable pour l’administration Trump
Il faut dire que la publication de ce classement survient à un moment clé aux États-Unis. En effet, l’administration Trump a supprimé la substance essentielle du Methane Emissions Reduction Program en début d’année 2025, à savoir la Waste Emissions Charge. Cette taxe reprenait le principe de « pollueur-payeur », sous la forme d’une amende progressive de 900 à 1 500 dollars par tonne de gaz gaspillé.
Or, la suppression de cette taxe fédérale et l’allégement des réglementations sur les fuites intervient quasiment au moment où les technologies commencent à rendre ces émissions industrielles parfaitement visibles depuis l’espace. Ainsi, plusieurs scénarios majeurs peuvent découler de cette situation, entremêlant potentiellement batailles juridiques, réglementations plus dures au niveau des états, surveillance citoyenne, pression des investisseurs, barrière commerciale européenne ou encore, divisions au sein même de l’industrie pétrolière.


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