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Protection de Justin Trudeau : quand le train de vie d’une vedette devient une dépense publique

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Le principe voulant qu’un ancien premier ministre bénéficie encore d’une certaine protection policière après son départ du pouvoir n’a rien d’exceptionnel. Les anciens chefs de gouvernement peuvent conserver des ennemis, recevoir des menaces ou demeurer des cibles symboliques longtemps après avoir quitté leurs fonctions.

Le cas de Justin Trudeau soulève toutefois une question particulière : que se passe-t-il lorsque l’ancien premier ministre ne mène pas la vie relativement discrète et sédentaire que l’on associe généralement à un dirigeant politique retraité, mais adopte plutôt le rythme de vie international d’une célébrité?

Selon une enquête du Bureau d’enquête de Québecor, des agents de la Gendarmerie royale du Canada continuent d’accompagner régulièrement Justin Trudeau, y compris lors de déplacements privés. Certains voyages nécessiteraient la présence de trois ou quatre policiers, dont les déplacements, l’hébergement, les repas, les salaires et les heures supplémentaires sont assumés à même le budget public.

La question n’est donc pas tellement de savoir si Trudeau mérite d’être protégé. Elle consiste plutôt à se demander jusqu’où les contribuables doivent financer les conséquences sécuritaires d’un mode de vie particulièrement actif et mondain.

Une retraite qui ressemble peu à une retraite

Justin Trudeau n’a que 54 ans. Depuis son départ de la vie politique, il a multiplié les voyages, les conférences et les apparitions publiques.

Québecor rapporte notamment des déplacements en Italie, à Saint-Tropez, en Californie, au Japon et en Allemagne, en plus de conférences à l’étranger. Sa relation très médiatisée avec la chanteuse américaine Katy Perry l’a également amené dans des festivals, des concerts et différents lieux fréquentés par le grand public.

On est donc très loin de l’image traditionnelle de l’ancien homme d’État retiré dans sa résidence, rédigeant ses mémoires et faisant quelques apparitions institutionnelles par année.

Un Stephen Harper, un Jean Chrétien ou un ancien dirigeant relativement discret représente naturellement un défi de protection différent de celui d’un homme qui voyage fréquemment, assiste à des festivals et partage désormais une partie de sa vie avec l’une des chanteuses les plus connues de la planète.

Cette différence de mode de vie a nécessairement des conséquences opérationnelles.

Un concert n’est pas une résidence privée

L’ancien sous-commissaire de la GRC Pierre-Yves Bourduas explique justement que la vie personnelle très active de Trudeau peut créer des difficultés supplémentaires pour les policiers chargés de sa protection.

Une source citée par Québecor donne l’exemple d’un concert : la présence d’une personnalité protégée peut nécessiter du repérage préalable afin d’évaluer les menaces sur les lieux.

Paradoxalement, certains déplacements privés peuvent ainsi être plus compliqués à sécuriser qu’une rencontre politique officielle.

Lors d’un sommet international, les lieux sont généralement déjà contrôlés, les accès filtrés et d’importants dispositifs policiers sont en place. À l’inverse, un festival comme Coachella, un concert ou une destination touristique suppose des foules importantes, de nombreux déplacements et des environnements beaucoup moins prévisibles.

Le spécialiste en sécurité Mamadou Diarra souligne également que la relation avec Katy Perry ajoute elle-même un facteur dont les responsables doivent tenir compte, puisque la chanteuse possède sa propre notoriété et peut elle aussi attirer l’attention ou faire l’objet de menaces.

Autrement dit, la GRC ne protège plus seulement un ancien premier ministre. Elle doit protéger un ancien premier ministre qui évolue désormais régulièrement dans l’environnement d’une vedette mondiale.

La sécurité privée de Katy Perry ne règle pas le problème

On pourrait évidemment se demander pourquoi Trudeau ne pourrait pas simplement profiter de l’imposante sécurité privée entourant sa conjointe lorsqu’il voyage avec elle.

Selon Pierre-Yves Bourduas, ce n’est pas aussi simple.

Les gardes du corps privés de Katy Perry n’ont pas le même mandat que la GRC et ne peuvent remplacer la responsabilité de l’État envers une personne que celui-ci juge nécessaire de protéger.

La logique est compréhensible : si les autorités canadiennes évaluent qu’un ancien premier ministre représente toujours une cible suffisamment importante pour nécessiter une protection, elles ne peuvent simplement déléguer cette responsabilité à une entreprise privée étrangère.

Mais cette réalité mène justement au problème politique : plus Trudeau multiplie volontairement les situations complexes à sécuriser, plus les ressources nécessaires peuvent augmenter.

Combien cela coûte-t-il?

C’est ici que le manque de transparence devient particulièrement problématique.

La GRC refuse de révéler le coût exact de la protection des anciens premiers ministres, ainsi que les effectifs ou les détails des opérations, invoquant avec raison des impératifs de sécurité.

Cela rend toutefois pratiquement impossible de savoir combien coûte réellement le mode de vie actuel de Justin Trudeau aux contribuables.

Selon les données rapportées par Québecor à partir d’informations précédemment publiées par CBC, la protection de Trudeau lorsqu’il était premier ministre atteignait environ 30 millions de dollars par année, comparativement à environ 23 millions pour Stephen Harper et un peu plus de 10 millions pour Jean Chrétien et Paul Martin.

Ces chiffres concernent évidemment des périodes où ces hommes étaient premiers ministres et ne permettent pas de déterminer le coût actuel de la protection de Trudeau.

Mais ils rappellent une chose importante : la sécurité d’une personnalité politique n’est pas une dépense marginale.

Quelques agents envoyés en Europe ou en Asie impliquent des billets d’avion, des hôtels, des indemnités, du temps supplémentaire et parfois du travail préparatoire avant même l’arrivée de la personne protégée.

Multipliés par des dizaines de voyages, ces coûts peuvent rapidement devenir substantiels.

Trudeau n’est pas le premier ancien premier ministre protégé

Il serait néanmoins injuste de présenter cette protection comme un privilège créé spécialement pour Justin Trudeau.

Son père, Pierre Elliott Trudeau, fut le premier ancien premier ministre canadien à recevoir une protection rapprochée après son départ du pouvoir. Les services furent d’abord offerts en permanence, puis réduits à certaines occasions ou lorsqu’une menace crédible était identifiée.

La pratique s’est ensuite étendue à d’autres anciens premiers ministres. Brian Mulroney, Jean Chrétien et Stephen Harper ont notamment bénéficié de services de protection, tandis que Joe Clark et John Turner les auraient refusés, selon les informations rapportées par le National Post.

Le problème n’est donc pas l’existence du programme.

Le problème est qu’il peut difficilement avoir été imaginé en fonction d’un ancien premier ministre encore relativement jeune, très actif, constamment en déplacement et désormais intégré au mode de vie international d’une vedette de la musique.

Une question de limites raisonnables

Personne ne peut raisonnablement demander à Justin Trudeau de demeurer enfermé chez lui simplement parce qu’il a été premier ministre.

Il demeure un citoyen libre. Il peut voyager, assister à Coachella, suivre Katy Perry en tournée, passer ses vacances à Saint-Tropez ou accepter des conférences à Davos.

Mais la liberté de mener cette vie personnelle pose une question différente lorsqu’une partie des coûts nécessaires pour la rendre sécuritaire est transférée automatiquement aux contribuables.

Il faudrait au minimum pouvoir connaître l’ordre de grandeur des dépenses consacrées à la protection des anciens premiers ministres, sans évidemment révéler les informations opérationnelles susceptibles de compromettre leur sécurité.

Il serait également légitime de déterminer jusqu’où l’État doit absorber les coûts supplémentaires découlant de déplacements entièrement privés et particulièrement fréquents.

Car Justin Trudeau illustre une situation assez nouvelle.

À 54 ans, l’ancien premier ministre pourrait demeurer pendant des décennies une personnalité très connue, mobile et exposée médiatiquement. Sa relation avec Katy Perry augmente encore cette visibilité.

La question ne porte donc plus simplement sur quelques mois de transition après le pouvoir.

Elle pourrait se poser pendant longtemps : jusqu’à quel point les contribuables doivent-ils financer la sécurité entourant le style de vie d’un ancien premier ministre devenu, à bien des égards, une célébrité internationale?

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