À retenir
- Le port artificiel d’Arromanches a été conçu pour durer 90 jours.
- Environ 180 travées métalliques ont été réutilisées après 1945 pour remplacer des ponts détruits.
- À Cattenom, une travée d’Arromanches a porté près de 4 500 véhicules par jour sur la Moselle.
- Cinq travées de cet héritage sont aujourd’hui exposées en Normandie et en Moselle.
Sommaire
Une route flottante pensée pour trois mois
À marée basse, les caissons de béton d’Arromanches sortent de l’eau et dessinent encore le tracé du port artificiel de 1944. Ce port avait été conçu pour durer 90 jours. Il a fonctionné jusqu’en novembre 1944, et ses vestiges restent visibles sur la plage comme en mer.
Ce que la plage montre moins, c’est la route. Entre les quais de déchargement et le rivage, les Alliés avaient installé des chaussées flottantes dont les éléments portaient le nom de « whales », les baleines. Chacune était une passerelle métallique de 24 m, pesant 28 t, posée sur des flotteurs. Mises bout à bout, ces travées représentaient 15 km de chaussée.
Environ 180 de ces travées allaient pourtant repartir vers l’intérieur des terres.
180 tronçons au service de la reconstruction
Après 1945, la France avait des ponts détruits à remplacer et peu de moyens pour le faire vite. Les parties métalliques du port d’Arromanches, environ 180 au total, ont été réutilisées pour franchir des rivières et remplacer des ouvrages détruits sur le réseau routier. La solution était rapide et peu coûteuse, deux qualités décisives dans un pays qui reconstruisait tout en même temps.
Certaines sont restées en service jusqu’au XXIe siècle.
Le pont des Bordeaux, à Saint-Denis-de-Méré, enjambe le Noireau et figure comme « en service » depuis 1945. C’est l’un des exemples les plus anciens encore recensés, et il se visite sans détour, au bord de la route.
Cattenom, 1965 : une baleine pour la Moselle
Vingt ans après la guerre, le cas le plus spectaculaire se joue en Moselle. En 1965, la rivière canalisée n’est plus franchissable par bac entre Cattenom et Koenigsmacker. La commune de Cattenom récupère alors, du côté de Sarrebourg, une « whale » venue du port d’Arromanches.
Le pont qui en résulte compte 5 travées et mesure 125 m. Il écoule environ 4 500 véhicules par jour en circulation alternée, c’est-à-dire en moyenne un véhicule toutes les 19 secondes si l’on étale ce trafic sur 24 heures. Les 15 km de la route flottante de 1944 auraient représenté 120 ponts de cette longueur.
Une structure pensée pour un débarquement a donc tenu un trafic de poids lourds et de pendulaires, au quotidien, sur une rivière à grand gabarit. Elle a servi jusqu’à la fin des années 2010, soit plus de 200 fois la durée prévue à Arromanches si l’on compte seulement un demi-siècle. Avant son remplacement, le Département de la Moselle comptait près de 5 500 véhicules par jour sur l’ouvrage.
La hausse du trafic a fini par imposer le remplacement. Le nouveau pont, inauguré le 15 octobre 2019, s’appuie sur 800 t de charpente métallique et mesure 127 m en 2 travées, de 72 m et 55 m. Il offre une double voie de circulation, avec une liaison douce pour les piétons et les cyclistes, et il a été baptisé « Pont de la Liberté ».
Les 5 travées de l’ancien ouvrage ont quitté la Moselle le 29 septembre 2019.
Le retour des travées, et où les voir
La cérémonie coïncidait avec le 75e anniversaire de la Libération de la France. Sur les 5 baleines, 3 ont pris la route du Calvados, à destination d’Arromanches, de Tracy-sur-Mer et de Saint-Côme-de-Fresné. Elles ont rejoint le département d’où elles étaient parties en 1944, à bord d’un convoi exceptionnel parti de Moselle.
Les 2 autres sont restées sur place. L’une a été posée à Cattenom, sur la piste cyclable Charles-le-Téméraire, juste à côté de l’ancien pont et près de la RD56. L’autre se trouve au fort du Hackenberg, à Veckring, où l’association AMIFORT a participé à la cérémonie de mise en place.
Pour un parcours complet, il faut donc compter cinq adresses, trois en Normandie et deux en Moselle. En Normandie, les travées exposées à Arromanches, Tracy-sur-Mer et Saint-Côme-de-Fresné se visitent à proximité de la plage où tout a commencé, et le pont des Bordeaux sur le Noireau complète le circuit. En Moselle, la baleine de la piste cyclable de Cattenom se découvre à vélo ou à pied, à quelques mètres du Pont de la Liberté qui a pris le relais.
Le fort du Hackenberg, lui, ajoute un décalage de plus. L’ouvrage de la ligne Maginot, construit pour tenir face à une attaque venue de l’est, accueille désormais un morceau de la route flottante de 1944.
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Sources : moselle.fr | tabletteslorraines.fr


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