À Montech, dans le Tarn-et-Garonne, des péniches ont gravi 13,30 m de dénivelé sans franchir la moindre écluse. Le procédé, imaginé par l’ingénieur des Ponts et Chaussées Jean Aubert, entre en fonctionnement en 1974 sur le canal latéral à la Garonne. À l’époque, aucun ouvrage de ce genre n’existe ailleurs : c’est une première mondiale.
Soit la hauteur d’un immeuble de 4 étages, escaladée par un bateau qui flotte.
À retenir
- La pente d’eau de Montech gravit 13,30 m de dénivelé sans écluse.
- Un bouclier poussé par deux locomotives diesel déplace un coin d’eau de 125 m.
- Le dispositif a fonctionné de 1974 à 2009, avant l’arrêt d’un moteur.
Sommaire
53 écluses à moderniser, 5 à éviter d’un coup
Le canal des Deux-Mers relie l’Atlantique à la Méditerranée, et le canal latéral à la Garonne en constitue un maillon. En 1969, l’État décide de le moderniser. Ses 53 écluses sont allongées à 40 m pour recevoir des péniches de 350 tonnes.
À Montech, 5 écluses rapprochées se succèdent pour absorber le dénivelé : Montech, Les Peyrets, Pellaborie, Escudiès et Pommiès. Un équipage doit donc répéter 5 fois la même manœuvre, avec à chaque fois un sas à remplir puis à vider.
Une écluse fonctionne par paliers : le bateau entre dans un sas, le niveau de l’eau monte, puis la porte amont s’ouvre. Enchaîner 5 sas multiplie ces temps d’attente. Jean Aubert propose de changer de logique. Au lieu de faire monter l’eau dans des bassins, on déplace l’eau elle-même, avec le bateau dessus, le long d’une pente.
Les travaux de la pente d’eau commencent en 1971. L’ouvrage fonctionne à partir de 1974, soit 5 ans après la décision de moderniser le canal. Le chantier proprement dit aura duré environ 3 ans.
Résultat de l’opération : les 5 écluses sont remplacées, et chaque passage fait gagner près de 45 minutes, la durée d’un épisode de série télévisée.
Une rigole, un bouclier et 2 locomotives
Le cœur du dispositif ressemble à un toboggan géant. C’est une rigole en béton en forme de U, longue d’environ 440 m, large d’environ 6 m, inclinée à 3 % et fermée en haut par une porte. Alignez 4 terrains de football en légère montée, vous aurez l’ordre de grandeur.
Sur chaque rive se trouve une locomotive diesel-électrique, une technologie empruntée au monde ferroviaire. Les 2 engins sont reliés entre eux. Ensemble, ils poussent un bouclier. Celui-ci repousse vers le haut un coin d’eau d’environ 125 m, dans lequel flotte le bateau.
Le bateau reste à flot du début à la fin.
L’expression « mur d’eau » reste une image. Ce qui avance, c’est un bouclier, et ce qu’il pousse, c’est un coin d’eau, dont la forme découle de la géométrie : le fond de la rigole monte, alors que la surface de l’eau reste horizontale. Long d’environ 125 m, ce coin dépasse 3 fois la longueur d’un sas allongé à 40 m.
Les 2 locomotives étant reliées, elles avancent à la même vitesse. Sans cette liaison, un côté pourrait prendre de l’avance et mettre le bouclier de travers dans une rigole de 6 m de large.
Les chiffres se recoupent. Une pente de 3 % sur environ 440 m fait gagner à peu près 13 m de hauteur. C’est bien le dénivelé de 13,30 m annoncé.
35 ans de service, puis un moteur qui lâche
De 1974 à 2009, la machine a travaillé pendant 35 ans : un bébé né l’année de la mise en service avait 35 ans à l’arrêt. En mai 2009, le moteur gauche d’une des 2 motrices lâche après un début d’incendie. Les réparations sont jugées coûteuses. L’ouvrage n’est plus utilisable depuis le 6 novembre 2009.
Plus de 15 ans d’arrêt, c’est près de la moitié de la durée d’activité de l’ouvrage. Depuis 2009, la pente d’eau est fermée à la navigation.
Les bateaux repassent par les écluses.
Comme les 2 motrices sont reliées et poussent de concert, la défaillance d’un seul moteur pourrait suffire à compromettre toute la manœuvre. C’est une hypothèse de bon sens, pas un diagnostic technique : ce qui est établi, c’est le coût jugé élevé des réparations.
Une machine devenue site de visite
Aujourd’hui, le Département du Tarn-et-Garonne met le site en valeur pour le tourisme. La machine se visite, et un parcours de visite accompagne le public. Là où passaient des péniches, ce sont des visiteurs qui découvrent la rigole et le bouclier.
Jean Aubert, ingénieur des Ponts et Chaussées, a donné son nom à un procédé qui tient en une idée simple. Ce qui frappe, c’est la sobriété du dispositif : une rigole, une pente, un bouclier, 2 locomotives. Les solutions spectaculaires reposent rarement sur si peu d’éléments.
Pour un équipage qui emprunte aujourd’hui le canal, le retour aux 5 écluses de Montech coûte près de 45 minutes de plus qu’au temps de la pente d’eau.
👉 Un petit geste pour Sciencepost ? Suivez-nous sur Google, ajoutez-nous à vos favoris et retrouvez-nous sur Google Actualités pour ne manquer aucune découverte.
Sources : maite-infos2-over-blog.com | structurae.net


6 hour_ago
75



























.jpg)






French (CA)