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En coupant le moteur de son premier étage en août 2008, SpaceX a littéralement perdu les cendres de l’acteur qui jouait Scotty dans Star Trek

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Un étage qui refuse de s’arrêter net, une capsule funéraire propulsée dans le vide, et l’âme de Scotty qui retombe sur Terre au lieu de filer vers les étoiles. L’échec du troisième vol de Falcon 1 n’a rien d’une anecdote technique : il a littéralement empêché un acteur culte de Star Trek de rejoindre l’orbite, pour quatre ans de plus.

À retenir

  • Le 3e vol de Falcon 1 (août 2008) a échoué quand le premier étage, retardé par une poussée résiduelle, a percuté le second étage lors de la séparation.
  • Cet échec était dû à une erreur de conception du délai de séparation, rapidement corrigée dès le vol suivant, qui a atteint l'orbite avec succès le 28 septembre 2008.
  • Les cendres de James Doohan, perdues lors de cet échec, ont finalement atteint l'orbite en mai 2012 à bord d'un Falcon 9 lors de la mission COTS Demo 2.

Il y a des pannes qui coûtent un satellite, et il y a des pannes qui coûtent un morceau de mythologie populaire. Ce jour d’août 2008, sur un atoll perdu du Pacifique, SpaceX a connu les deux en même temps. Le lanceur Falcon 1 transportait à son bord un satellite militaire, deux expériences de la NASA, et une capsule funéraire contenant les cendres de 208 personnes, dont celles de James Doohan, l’interprète inoubliable de l’ingénieur Scotty. L’histoire de cet échec mérite qu’on s’y attarde, parce qu’elle mêle ingénierie de précision et destin posthume de manière assez inattendue.

Quand le Merlin 1C a encore poussé après l’ordre d’arrêt

Le troisième vol de Falcon 1 a décollé de l’île Omelek, un confetti de terre appartenant à l’atoll de Kwajalein, dans les îles Marshall. Le premier étage a fonctionné comme prévu, propulsant l’ensemble jusqu’à 217 kilomètres d’altitude. Puis le moteur Merlin 1C a reçu l’ordre de s’éteindre, en vue de la séparation entre le premier et le second étage.

C’est là que tout a basculé. Le délai programmé entre la coupure moteur et la séparation était de 1,5 seconde, une valeur qui avait parfaitement fonctionné sur le moteur ablatif du vol précédent. Problème : le Merlin 1C utilisé ici était un moteur à refroidissement régénératif, une technologie différente où le carburant circule dans des canaux pour refroidir la tuyère avant d’être injecté dans la chambre de combustion.

Selon l’enquête menée par SpaceX, du carburant non brûlé était resté piégé dans ces canaux de refroidissement au moment de la coupure. Ce reliquat a continué à se consumer, générant une poussée résiduelle. Une poussée minime, mais suffisante pour dépasser la force des pousseurs pneumatiques censés écarter les deux étages l’un de l’autre.

Résultat : environ deux minutes et vingt secondes après le décollage, le premier étage a rattrapé et percuté le second. Elon Musk a tenu à préciser, quelques jours plus tard, qu’aucun des deux étages n’avait explosé. Il s’agissait d’une collision, pas d’une déflagration. Et surtout, il a insisté sur un point : l’origine du problème était une erreur de conception, pas un défaut de fabrication. Un détail qui change tout pour la suite d’un programme spatial, puisqu’il désigne un calcul à corriger plutôt qu’une chaîne de production à revoir entièrement.

James Doohan, un Scotty qui a fini par atteindre l’orbite malgré tout

Parmi les charges utiles de ce vol raté, il y avait une capsule un peu particulière, baptisée Celestis Explorers. À son bord, les cendres incinérées de 208 personnes ayant choisi, de leur vivant, de voir une partie de leurs restes partir dans l’espace plutôt que de rester sur Terre. Un symbole fort, pour des passionnés d’exploration spatiale.

Parmi ces 208 noms, certains résonnent particulièrement. Il y avait Gordon Cooper, l’un des sept astronautes originaux du programme Mercury, figure historique de la conquête spatiale américaine. Il y avait aussi Mareta West, astrogéologue qui avait contribué à sélectionner les sites d’atterrissage des missions Apollo sur la Lune. Le réalisateur John Meredyth Lucas figurait également parmi les défunts embarqués.

Et puis il y avait James Doohan, acteur canadien connu dans le monde entier pour avoir incarné Montgomery Scott, dit Scotty, l’ingénieur bourru et génial de la série Star Trek. Un comble assez savoureux : l’homme qui, à l’écran, réparait des vaisseaux et sauvait des missions impossibles, voyait ses cendres bloquées par une panne bien réelle, due à un simple délai de 1,5 seconde mal calibré.

Doohan n’en était d’ailleurs pas à sa première tentative. Une infime partie de ses cendres avait déjà effectué un vol suborbital réussi en avril 2007, à bord d’une fusée SpaceLoft XL. Mais cette fois, l’ambition était différente : il s’agissait d’atteindre réellement l’orbite terrestre, pas seulement de frôler la frontière de l’espace pendant quelques minutes avant de redescendre.

Falcon 1 et Falcon 9, deux revanches espacées de quatre ans

La bonne nouvelle, pour SpaceX comme pour la mémoire de Scotty, c’est que l’histoire ne s’arrête pas sur un échec. Elon Musk avait souligné qu’un tout petit ajustement aurait suffi à éviter la collision entre les deux étages. Un allongement minime du délai avant séparation, et la mission aurait probablement réussi.

La correction a été appliquée rapidement. Dès le quatrième vol de Falcon 1, le 28 septembre 2008, le lanceur a atteint l’orbite avec succès. C’était la toute première fusée développée par des fonds privés à y parvenir, un jalon fondateur pour l’entreprise d’Elon Musk, qui n’était alors qu’un acteur parmi d’autres dans un secteur dominé par les géants historiques.

Quant aux cendres de James Doohan, elles ont dû patienter plus longtemps avant de connaître leur revanche. C’est finalement en mai 2012, à bord du second étage d’un Falcon 9 lors de la mission COTS Demo 2, qu’elles ont atteint l’orbite terrestre. Un vol qui marquait lui aussi une étape importante, puisque cette mission préfigurait les futurs ravitaillements de la Station spatiale internationale par des véhicules privés.

Quatre ans séparent donc l’échec cuisant de 2008 et la réussite silencieuse de 2012. Entre les deux, un lanceur raté devenu fiable, et un acteur de fiction devenu, à sa manière posthume, un véritable voyageur de l’espace.

Cette anecdote illustre assez bien la réalité du vol spatial : derrière chaque échec technique, aussi minime soit-il en apparence, se cachent parfois des conséquences symboliques insoupçonnées. Un délai de 1,5 seconde mal calculé, et c’est tout un symbole de la culture populaire qui reste cloué au sol. Heureusement, SpaceX a appris de ses erreurs, et Scotty a fini par rejoindre les étoiles qu’il a arpentées pendant des décennies, sur grand comme sur petit écran.

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Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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