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Près de 400 millions d’euros engloutis pour un logiciel jamais terminé : l’Éducation nationale a fini par rallumer ses vieux systèmes

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Trois cent vingt millions d’euros de plus que prévu, douze ans de retard et un logiciel qui ne gérait finalement que 2 % des effectifs visés. Voilà le bilan du programme SIRHEN, ce chantier informatique censé moderniser la gestion des ressources humaines de l’Éducation nationale. Après avoir dépensé près de 400 millions d’euros, le ministère a fini par tirer un trait sur le projet et redémarrer avec… ses vieux systèmes des années 1980.

À retenir

  • Un budget explosé de 320 millions d’euros au-delà des prévisions initiales
  • Une gouvernance introuvable et des prestataires hors de contrôle pendant douze ans
  • Le ministère abandonne le projet et réactive ses systèmes obsolètes des années 1980

Sommaire

  1. Une promesse à 60 millions, un fiasco à plus de 400
  2. Douze ans de dérives et une gouvernance introuvable
  3. Retour aux vieux systèmes, avant de repartir de zéro

Une promesse à 60 millions, un fiasco à plus de 400

Retour en 2007. L’Éducation nationale décide de se doter de son propre outil de gestion RH, plutôt que d’utiliser le système interministériel que Bercy met alors en place pour l’ensemble des administrations. L’ambition est claire : remplacer les centaines de bases de données disparates héritées des années 1980 par une plateforme unique, capable de piloter les carrières, la paie et la formation de 1,1 million d’agents du ministère. Le calendrier prévoit un déploiement complet en cinq ans, pour une enveloppe initiale de 60 millions d’euros.

La réalité a pris une tout autre trajectoire. Lancé en 2007, prévu pour s’achever en 2012 pour un budget de 60 millions d’euros, le projet SIRHEN devait doter l’ensemble des personnels de l’Education Nationale d’un SIRH moderne. Mais dès 2017, le logiciel ne touchait qu’une fraction dérisoire de sa cible : ses coûts de mise en place sont quintuplés pour un déploiement extrêmement lent qui ne touche en 2017 que 1,8 % du personnel concerné. Un an plus tard, le compteur affichait à peine mieux : sur le million d’agents à gérer, le système n’en prenait en charge qu’environ 18 000, soit à peine 2 % des effectifs nationaux, essentiellement des personnels de direction.

Douze ans de dérives et une gouvernance introuvable

Comment un projet informatique peut-il dérailler à ce point ? La Cour des comptes, dans son rapport public annuel publié le 25 février 2020, ne mâche pas ses mots. Elle pointe une enveloppe budgétaire allouée de 496 M€ incluant les dépenses de personnel de 103 M€ et les coûts liés à Sirhen de 323 M€ et le maintien en condition opérationnelle, avant que le compteur ne s’arrête finalement autour de 320 à 400 millions d’euros selon les modes de calcul retenus. Le ministère lui-même reconnaissait, dans sa réponse aux magistrats, l’ampleur du désastre financier.

Les causes de l’échec tiennent moins à la technologie qu’à l’organisation humaine du projet. La Cour relève une « gouvernance introuvable », des prestataires laissés sans contrôle, aucune contrainte financière pour stabiliser le projet, et plus largement un programme miné par les défaillances persistantes de sa conduite. Le ministère avait sous-estimé la complexité de l’outil qu’il tentait de construire et s’était trop reposé sur des prestataires externes, au point de perdre la maîtrise technique de son propre système. Un classique de la commande publique numérique française, mais rarement poussé à un tel degré d’ampleur.

Le ministre de l’Éducation nationale de l’époque, Jean-Michel Blanquer, tire finalement la sonnette d’alarme en juillet 2018. Sa formule reste, avec le recul, un modèle de litote administrative : « Il apparaît clairement que le programme SIRHEN n’est pas parfaitement adapté aux enjeux de gestion des ressources humaines et technologiques d’aujourd’hui ». Traduction : quatre cents millions d’euros et douze années de développement pour un outil que personne, ou presque, n’utilisait.

Retour aux vieux systèmes, avant de repartir de zéro

La suite ressemble à un aveu d’échec en bonne et due forme. Plutôt que de poursuivre sur une base jugée irrécupérable, le ministère choisit de réactiver les anciens systèmes d’information RH, ceux-là mêmes que SIRHEN était censé enterrer. La Cour des comptes résume la situation d’une phrase sans appel : le ministère est revenu à son point de départ. Douze ans de développement, des centaines de millions engloutis, pour retrouver la case départ.

Ce retour en arrière n’est pas gratuit. Sécuriser ces vieux logiciels, dont certains dataient des années 1980, nécessite un effort budgétaire supplémentaire. La Cour des comptes chiffre ces travaux de remise à niveau à environ 8 millions d’euros, un montant qui doit assurer leur pérennité pour au moins dix ans et ainsi prémunir le ministère d’un incident majeur, tout en s’étonnant que ces mesures, pourtant peu coûteuses au regard du désastre SIRHEN, n’aient pas été engagées plus tôt. Une remarque qui résume assez bien l’absurdité du dossier : il aurait suffi de 8 millions d’euros de maintenance pour éviter, en partie, de courir après un projet à 400 millions.

Le ministère ne s’est pas arrêté là pour autant. Une nouvelle gouvernance a été mise en place pour bâtir un successeur, en s’appuyant cette fois sur le logiciel interministériel RenoiRH plutôt que sur un développement maison. Les scénarios envisagés reposent sur l’usage d’un logiciel interministériel éprouvé de gestion RH (RenoiRH), qui nécessitera des développements spécifiques pour le ministère de l’Education Nationale, et du recours à des applications « sur étagère ». Une manière, cette fois, de ne pas repartir d’une feuille blanche et de mutualiser les coûts avec d’autres administrations.

SIRHEN n’est d’ailleurs pas un cas isolé dans les annales de l’informatique publique française. La Cour des comptes rappelle que la conduite de grands projets numériques par l’État a connu d’autres naufrages retentissants, avec les abandons successifs entre 2013 et 2014 du programme SIRH Louvois et de l’ONP, transformés eux aussi en gabegie d’argent public : 465 millions d’euros pour Louvois et 340 millions d’euros pour l’ONP. À eux trois, ces échecs représentent plus d’un milliard d’euros d’argent public dépensé sans le moindre système opérationnel à la clé, de quoi financer plusieurs années de rénovation d’écoles ou de recrutement d’enseignants.

Sources : lemondeinformatique.fr | entreprise.news

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