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Nous avions gardé texte sous le coude en prévision de ce qui se passe maintenant en France. Rien n’a objectivement changé depuis sa parution en 1882. Les conditions de vie en société marchande de consommation sont en fin de parcours et nous mènent au chaos voulu par les “élites” hors sol afin de mettre en place la grille de contrôle numérique sauce IA de leur dictature technotronique planétaire. Pour cela, ils doivent détruire nos sociétés. Le chaos est leur allié de longue date. La société humaine est absolument mûre pour une (r)évolution sociale de chambardement total pour faire advenir la société des sociétés, horizontale, non-coercitive, ancrée dans cette spiritualité organique issue de notre nature profonde. Il n’y a pas et ne saurait y avoir de solution au sein du système. A bas l’État ! A bas la marchandise ! A bas l’argent ! A bas le salariat ! A bas le culte de mort étatico-marchand ! Vive la Commune Universelle de notre humanité enfin réalisée ! Seule voie viable pour notre épanouissement social décisif et définitif… Nous n’obéirons pas ! Quand la tyrannie devient la loi, la résistance est un devoir. ~ Résistance 71 ~
Les préludes de la révolution
Journal “Le Révolté”, édition du 28 octobre 1882
Nous sommes en pleine insurrection en France. Chaque jour le télégraphe nous apprend de nouvelles tentatives dirigées contre les patrons, la prêtraille, les agents du gouvernement. On arrête des mineurs qui sortent des puits avec de la dynamite et de la poudre dans les poches. Les attaques contre les patrons ou leurs sicaires ; les lettres menaçantes, les affiches révolutionnaires surgissent de tous côtés. Paris se met de la partie et appelle à la vengeance contre les propriétaires de maisons ; les murs de Marseille, du Creusot se couvrent de placards. Le mouvement tend à s’étendre. L’ouvrier, courbé depuis des siècles sous le joug des exploiteurs, redresse la tête en apprenant que ses frères s’insurgent ; et le bourgeois sent le frisson au dos en voyant le caractère nouveau que prend cette fois-ci le mouvement populaire.
En effet, il n’y a plus à en douter, nous sommes en présence d’un de ces mouvements qui sont les préludes de la Révolution. C’est un des précurseurs de la Jacquerie du dix-neuvième siècle : non pas d’une Jacquerie dirigée, comme au siècle passé, contre les seigneurs — il fut facile à la bourgeoisie de maîtriser celle-ci et de l’utiliser à son profit, — mais de cette Jacquerie que craignaient tant les Robespierre et les Conventionnels, dirigée contre tous les détenteurs de la richesse sociale : des usines, des manufactures, des mines, des maisons, de la banque etc., et contre leurs supports naturels : le prêtre, le gendarme, le juge, le fonctionnaire, le gouvernant, quel que soit le nom qu’il se donne. Toutes les révolutions vraiment populaires ont commencé de même : par des actes isolés, comme ceux de Florian et de Fournier, et par des émeutes partielles, comme celles de Montceau et de Blanzy. Les paysans d’avant 1789 n’ont pas fait autrement, lorsqu’ils faisaient, pendant treize ans, la petite guerre aux seigneurs et à leurs agents, en attendant le moment où il devint possible de promener la torche sur les châteaux pour abolir les derniers vestiges du servage.
Ce qui distingue le mouvement du bassin de Blanzy, de tous les mouvements que nous avons vu se produire en France depuis plus de trente ans, et ce qui lui donne surtout l’importance qu’il a acquise pour la prochaine révolution, — c’est le choix de l’ennemi, c’est la manière dont il porte ses coups, c’est son indépendance de toute clique de politiqueurs bourgeois. L’impulsion révolutionnaire n’a jamais manqué au peuple français ; mais depuis trente ans on a toujours vu les travailleurs suivre les meneurs de la bourgeoisie. Le peuple accourait en masse aux manifestations, mais lui-même n’en était pas l’instigateur : il endossait un programme qui n’était pas le sien. Il suivait les comités de politiciens, et réclamait ce que la bourgeoisie tenait à réclamer à un moment donné. Demandait-elle, par exemple, la réforme du système électoral, le travailleur criait « la Réforme ! » et se laissait berner par ce raisonnement : — « Obtenons d’abord la réforme, ou bien la république ; alors, le gouvernement porté par nous au pouvoir, fondé sur nos épaules, sera obligé de s’occuper de nos réclamations. Le refuserait-il, ne sommes-nous pas là pour lui forcer la main au besoin ? » — Et les travailleurs manifestaient, dressaient des barricades, opposaient leurs poitrines aux baïonnettes de la troupe et finissaient par tomber un gouvernement. On sait le reste. Les nouveaux venus faisaient ripaille à leur tour, s’empressaient de se caser, eux et les leurs, jouaient au fonctionnarisme, et lorsque le peuple rappelait les belles promesses de la veille, le nouveau gouvernement était assez fort pour mitrailler les mécontents.
Cette fois-ci, les choses se passent autrement. Ce n’est plus pour le compte de la bourgeoisie que s’insurgent les mineurs. Ce n’est plus dans les conciliabules des politiqueurs qu’ils vont chercher le mot d’ordre ; ce n’est plus aux bourgeois, ni aux ouvriers embourgeoisés, qu’ils vont s’adresser pour qu’on les organise et les mène à la baguette. Ils marchent eux-mêmes et suivent leur voie. C’est pour mettre fin à l’exploitation odieuse dont ils sont las et humiliés, qu’ils s’arment de dynamite et de revolvers. Ils ne se laissent plus berner par ce sophisme qui consiste à dire que pour se défaire du patron exploiteur, il faut changer de maître : ils vont droit au patron. Et si, comme dans tous les mouvements populaires, les premiers coups se dirigent vers le côté de la plus faible résistance, là où les initiateurs espèrent être mieux soutenus par les masses, encore inertes ; si l’on voit encore une certaine hésitation lorsqu’il s’agit d’aborder le repaire de l’ours-exploiteur — hésitation très naturelle et fort bien connue par ceux qui savent ce que c’est qu’une émeute, — il n’en pas moins vrai que l’idée mère du soulèvement s’exprime par ces cris qui retentissent sous les plis du drapeau rouge : « Vive la Révolution Sociale ! Vive 93 ! Vive l’Anarchie ! Mort aux bourgeois ! »
Ce cri ne périra pas. Affirmé par l’émeute, il se retrouvera le jour du grand soulèvement.
Nous avons traversé la phase où le réveil spontané du peuple se traduisait par les attentats spontanés d’ouvriers contre les têtes couronnées : Hœdel, Moncasi, Passanante ont ouvert cette voie. Mais cette phase ne pouvait être durable. Les ouvriers avaient d’autres ennemis à attaquer. Nous entrons maintenant dans une phase nouvelle, — celle des révoltes spontanées des travailleurs de l’usine et des champs contre les bourgeois. Paris parle déjà d’exercer la vengeance sur les propriétaires de maisons, et fera ainsi mûrir l’idée de l’expropriation des maisons, que des millions d’écrits n’auraient pas suffi à populariser. Les ouvriers autrichiens et hongrois sont en révolte populaire contre les exploiteurs. L’Espagne, l’Irlande font de même, et le paysan russe donne aussi signe de vie.
Nous entrons dans la période des émeutes populaires qui ont précédé toutes les grandes révolutions, et sans lesquelles jamais il n’y eût eu de révolution. Les émeutes de Blanzy ont ouvert cette époque nouvelle ; et leur caractère, le retentissement qu’elles ont eu, l’impression qu’elles ont produite, tout cela nous prouve que des faits du même genre suivront inévitablement dans d’autres pays.
Le résultat de ces émeutes est facile à prévoir. Quels que soient les sacrifices que coûteront ces émeutes, — ceux qui ont y pris part peuvent se dire aujourd’hui : — Maintenant nous sommes sûrs que le caractère de la prochaine révolution s’est déterminé dans le sens que nous voulons lui donner. Maintenant nous sommes sûrs, que ce ne sera plus pour un simple changement de maîtres que le peuple prendra les armes. Ce sera contre la propriété et le propriétaire que se livrera la bataille. Ce sera pour l’expropriation de toute la richesse sociale ; ce sera pour mettre fin à tout esclavage. Le mot d’ordre de la prochaine révolution ne pourra plus être une de ces formules, vides de sens, qu’on a voulu nous imposer. Ce sera au cri de Vive l’Anarchie — cri qui résume toutes les aspirations du dix-neuvième siècle — que se rallieront tous les vrais révolutionnaires, — et la Révolution ne sera pas manquée cette fois-ci.
Ce résultat immense, c’est l’insurrection de Montceau-les-Mines qui l’a produit.
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Lectures complémentaires :
Nos pages : Pierre Kropotkine, Michel Bakounine et Gustav Landauer
Nous avions publié cet article il y a 16 ans, en juin 2010…
Il n’y a pas de solution au sein du système, n’y en a jamais eu et ne saurait y en avoir ! (Résistance 71)
Comprendre et transformer sa réalité, le texte:
Paulo Freire, « La pédagogie des opprimés »
+
5 textes modernes complémentaires pour mieux comprendre et agir:
Guerre_de_Classe_Contre-les-guerres-de-l’avoir-la-guerre-de-l’être
Francis_Cousin_Bref_Maniffeste_pour _un_Futur_Proche
Manifeste pour la Société des Sociétés
Pierre_Clastres_Anthropologie_Politique_et_Resolution_Aporie
Société des sociétés organique avec Gustav Landauer
This entry was posted on 18 octobre 2026 at 3:45 and is filed under actualité, altermondialisme, autogestion, crise mondiale, gilets jaunes, guerres hégémoniques, militantisme alternatif, néo-libéralisme et paupérisation, neoliberalisme et fascisme, politique et social, politique française, résistance politique, société des sociétés, terrorisme d'état with tags anarchie commune des communes, anarchisme commune de paris, commune universelle et société des sociétés, désobéissance civile, dissidence a l'oligarchie, dissidence au nouvel ordre mondial, France octobre 2026, guerre contre le terrorisme d'état, guerres imperialistes, gustav landauer société des sociétés, manifeste société des sociétés, mouvement France octobre 2026 prélude révolutionnaire, politique française, résistance politique, société état et démocratie, terrorisme d'état. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.


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