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Pourquoi le pic-vert ne s’assomme-t-il jamais alors qu’il frappe un tronc 12 000 fois par jour ?

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Vingt à vingt-cinq kilomètres à l’heure. C’est la vitesse à laquelle le pic-vert lance son bec contre le tronc, dans un mouvement répété 12 000 fois ou plus chaque jour. Pendant des décennies, la science a expliqué cette prouesse par une image simple : le crâne de l’oiseau ferait office de casque intégré, un amortisseur qui minimise la décélération nocive du cerveau lors de l’impact contre les arbres, une idée qui a même inspiré l’ingénierie de matériaux et d’outils absorbant les chocs, comme les casques. Une étude publiée en 2022 dans la revue Current Biology a démoli cette explication : des analyses vidéo à haute vitesse et des modèles biomécaniques montrent que la tête du pic ne fonctionne pas comme un amortisseur, mais comme un marteau rigide qui optimise la performance du picage.

L’amortisseur n’existe pas.

À retenir

  • Le pic-vert frappe 12 000 fois par jour avec une décélération de 1 200 g, bien au-delà du seuil humain de commotion.
  • Son crâne fonctionne comme un marteau rigide plutôt qu’un amortisseur, optimisant la transmission de l’énergie au bois.
  • Sa petite taille lui permet de tolérer une accélération 11 à 20 fois supérieure à celle qu’un humain pourrait supporter sans dommage.

Sommaire

  1. Ce que montrent les caméras ultra-rapides
  2. Le secret n’est pas l’armure, c’est la taille
  3. Les pièces qui font le reste du travail

Ce que montrent les caméras ultra-rapides

Le biologiste Sam Van Wassenbergh, de l’université d’Anvers, et son équipe ont voulu vérifier une hypothèse jamais réellement testée en conditions naturelles. Pour cela, ils ont filmé au ralenti trois espèces de pics en train de marteler un arbre : le pic noir, le pic à crête rouge et le grand pic maculé. Les images ont servi à construire des modèles biomécaniques, et ces données ont conduit les chercheurs à conclure que toute absorption du choc par le crâne serait désavantageuse pour ces oiseaux. Logique : un crâne qui amortit gaspille une partie de l’énergie que l’oiseau cherche justement à transmettre au bois.

Les chiffres, eux, ne changent pas. La vitesse maximale de picage tourne autour de 6 à 7 mètres par seconde, pour une décélération maximale de la tête d’environ 1 000 g. Certaines mesures, selon les espèces et les protocoles, grimpent plus haut encore : la décélération peut dépasser 1 200 g lors du drumming ou du forage.

Pour comparer, une commotion cérébrale chez l’humain peut survenir dès 60 à 100 g.

Le secret n’est pas l’armure, c’est la taille

Si le crâne n’absorbe rien et que la force dépasse largement le seuil humain de commotion, comment le cerveau du pic survit-il ? La réponse tient à la physique de l’échelle, pas à un blindage. La petite taille de l’oiseau, ainsi que l’orientation de son cerveau dans le crâne, réduit fortement le risque de lésion cérébrale, lui permettant de supporter une accélération 11 à 20 fois supérieure à celle qu’un humain, bien plus grand, pourrait tolérer. Les calculs des chercheurs montrent que le pic évolue avec une marge de sécurité de 6 à 7 fois en dessous du seuil qui provoquerait une lésion cérébrale chez lui. Les simulations numériques confirment que le cerveau du pic reste en deçà du seuil de commotion connu chez les primates, même sans absorption cranienne.

Le poids sauve la mise, pas la mécanique.

Les pièces qui font le reste du travail

Le crâne ne protège pas, mais d’autres structures encadrent le choc. La plus spectaculaire, c’est l’os hyoïde : selon Alex Bond, conservateur principal des oiseaux au Natural History Museum de Londres, certains pics possèdent une langue pouvant atteindre 10 centimètres, soit environ un tiers de la longueur totale de leur corps. Pour loger cet appendice démesuré, l’os qui l’ancre part de l’avant du crâne, contourne les yeux et fait tout le tour de la tête avant de revenir se fixer sous la mâchoire inférieure. Le bec, lui, n’est pas symétrique : la couche osseuse dense du bec supérieur est légèrement plus courte que celle du bec inférieur, alors que l’inverse est vrai pour la couche tissulaire externe, un décalage qui fait que davantage d’ondes de choc se propagent par le bec inférieur vers le cou plutôt que vers le cerveau.

Restent les yeux, exposés à une pression interne extrême à chaque coup. Quelques millisecondes avant que le bec ne touche le bois, une membrane nictitante épaisse balaie l’œil, empêchant que la force du choc ne fasse littéralement se déchirer la rétine ou sortir l’œil de son orbite.

Cette anatomie a longtemps fasciné les ingénieurs. Ils s’en sont inspirés pour développer des matériaux amortissants et des casques de protection. Mais les nouveaux résultats montrent que cette piste n’était pas la bonne, puisque l’anatomie du pic minimise justement l’absorption des chocs. Pour un casque de vélo humain, dont le rôle est précisément de dissiper l’énergie avant qu’elle n’atteigne un cerveau bien plus volumineux que celui d’un pic, copier un marteau rigide reviendrait à l’inverse de ce qu’on recherche.

Sources : zoology.ubc.ca | cell.com

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