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En laissant filer quelques mètres carrés d’une algue d’aquarium devant Monaco au milieu des années 1980, on a littéralement tapissé des milliers d’hectares de fonds méditerranéens

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Une tache verte, à peine visible depuis la surface. C’est tout ce que des plongeurs repèrent en 1984 devant le Musée océanographique de Monaco. Des plongeurs repèrent une algue tropicale sur environ un mètre carré de fond marin. Personne, à ce moment-là, n’imagine que ce carré d’algue va changer le visage sous-marin de toute une mer.

À retenir

  • La Caulerpa taxifolia s’échappe d’un aquarium à Monaco en 1984 et colonise rapidement les fonds méditerranéens.
  • L’algue s’étend sur 200 kilomètres de côtes de chaque côté de Monaco, puis couvre 15 000 hectares en deux décennies.
  • L’expansion ralentit depuis 1997, 80% des surfaces colonisées auraient aujourd’hui disparu sans explications scientifiques claires.

Sommaire

  1. Une algue de vitrine qui s’installe sans bruit
  2. De quelques mètres carrés à des milliers d’hectares
  3. Un ralentissement encore mal expliqué

Une algue de vitrine qui s’installe sans bruit

La souche responsable n’a rien d’une espèce sauvage ordinaire. L’histoire de la Caulerpa taxifolia en Europe remonte aux années 70, séduisant les amateurs d’aquarium par sa couleur vert pomme, d’abord au zoo de Stuttgart, puis distribuée à l’aquarium tropical de Nancy et finalement à Monaco. Le Musée océanographique en récupère quelques boutures pour ses propres bassins tropicaux.

L’algue tropicale marine Caulerpa taxifolia est alors utilisée depuis une dizaine d’années dans les aquariums du musée pour décorer les bacs.

Son introduction accidentelle dans le milieu naturel, devant le musée, date de 1984. Elle s’est développée d’abord localement sous le Musée océanographique, situé en bord de mer, et a bien résisté aux températures hivernales, entre 11 et 13°C. Son peuplement s’est peu à peu étendu sur tous les substrats, roche, sable et vase, sur une large amplitude bathymétrique de 3 à 35 mètres. Rien, à cette profondeur et sous cette forme discrète, ne laissait présager une invasion.

De quelques mètres carrés à des milliers d’hectares

En 1989, le biologiste marin Alexandre Meinesz plonge devant le musée et comprend l’ampleur du phénomène. Il alerte aussitôt les autorités monégasques et françaises.

Ce n’est que durant l’été 1990 que sa présence est signalée à l’est et à l’ouest de Monaco, sur toute la face est du Cap Martin, à trois kilomètres de là, avant de s’étendre sur la face ouest. La progression s’accélère ensuite d’année en année, sans qu’aucun obstacle naturel ne vienne la freiner.

L’algue s’étend rapidement sur 200 kilomètres de côtes de chaque côté de Monaco, puis en vingt ans sur près de 15 000 hectares.

La dissémination se fait principalement par le transport de boutures emportées par les courants, les mouillages, la navigation de plaisance et la pêche artisanale. Le moindre fragment de l’algue suffit pour donner naissance à une nouvelle colonie. Elle produit notamment de la caulerpényne, un composé qui décourage plusieurs espèces de la consommer. Les chercheurs étudient surtout ses effets sur les herbiers de posidonie, essentiels à la biodiversité méditerranéenne.

Un ralentissement encore mal expliqué

Dès 1996, la caulerpe s’est répandue le long d’une bonne partie de la côte occidentale de la Méditerranée, de la Croatie à l’Espagne. Elle atteint la Turquie, à l’autre bout du bassin, en 2006. Face à cette expansion continue, les programmes de suivi du milieu marin méditerranéen se structurent progressivement.

Commencé en 1998, un plan d’action interministériel relatif à l’expansion de l’algue en mer Méditerranée est explicitement prévu pour une période de cinq ans. Chaque année depuis 1991, plus de 200 000 dépliants, affiches et vidéogrammes, en huit langues, sont diffusés auprès de la population littorale de sept pays méditerranéens.

L’expansion de l’algue tend à ralentir depuis 1997 environ.

Cette relative stagnation s’expliquerait par le fait qu’elle recouvre la totalité des fonds disponibles et ne peut a priori se développer au-delà de 50 mètres de profondeur. Selon le professeur Meinesz, qui suit le dossier depuis le début, 80% des surfaces colonisées auraient aujourd’hui disparu, mais les raisons de ce déclin n’ont pas encore été identifiées. En Californie, où deux foyers isolés avaient été repérés dès 2000, un programme multi-agences est parvenu à éradiquer totalement les deux populations, un sort que la Méditerranée n’a jamais connu.

Sources : dailygeekshow.com | archimer.ifremer.fr

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