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FIGAROVOX/TRIBUNE - En réponse aux attaques subies, l’Iran a fermé le détroit d’Ormuz, lieu de transit de 20 % du pétrole mondial. Ce blocage inédit risque d’entraîner de lourdes conséquences, analyse l’ingénieur, et expert en questions énergétiques, Philippe Charlez.
Philippe Charlez est ingénieur des Mines de l’École Polytechnique de Mons (Belgique) et Docteur en Physique de l’Institut de Physique du Globe de Paris.
La « guerre des 12 jours », déclenchée le 13 juin 2025 pour neutraliser le potentiel nucléaire iranien, n’avait eu qu’un impact limité sur les marchés pétroliers et gaziers. La riposte de Téhéran restant mesurée, la production du Moyen Orient n’avait pas été affectée. Hormis un pic de « semi-panique » à 75 dollars le 16 juin tout était rapidement rentré dans l’ordre. Au contraire, au cours du second semestre, le cours du baril ne cessa de reculer, tombant sous les 60 dollars mi-décembre 2025. La crise vénézuélienne liée à l’enlèvement de Nicolas Maduro, a eu un impact tout aussi marginal. Malgré la charge symbolique de l’évènement, les marchés pétroliers, déjà excédentaires, ne perçurent pas dans cette intervention de problèmes potentiels d’approvisionnement.
En revanche, depuis la mi‑janvier 2026, les manifestations massives dans les rues iraniennes, suivies d’une répression sanglante ont ravivé les tensions régionales. L’anticipation d’une possible intervention israélo-américaine a alors suffi à crisper les marchés. En un mois et demi le Brent s’est renchéri de plus de 20%. Une hausse qui ne reflète aucune perturbation effective des approvisionnements mais l’envolée de la prime de risque.
L’attaque du 1er mars révèle une réalité autrement brutale pour un régime iranien exsangue. Sur le plan intérieur, il apparaît profondément fragilisé face à une population qu’il réprime depuis près d’un demi-siècle. Sur le plan extérieur, l’objectif de ses adversaires américains et israéliens a évolué : il ne s’agit plus de neutraliser un risque nucléaire mais de provoquer un changement de régime. La disparition de Khamenei et de plusieurs hauts dignitaires marque un tournant majeur, dont peu s’émouvront.
Comme les Européens, les Chinois qui dépendant du pétrole à 80%, pourraient souffrir terriblement d’une fermeture du détroit d’Ormuz.
Philippe CharlezOr l’histoire nous montre qu’un régime totalitaire acculé choisit généralement la fuite en avant, quitte à embraser toute une région – voire au-delà. Le IIIe Reich retranché dans Berlin résista jusqu’au dernier mètre carré. Saddam Hussein, avant de se retirer du Koweït lors de la première guerre du Golfe, ordonna de mettre le feu à tous les puits de pétrole en production. Même si son sort militaire semble scellé, la République Islamique d’Iran et ses milices fanatiques ne se rendront pas. Au contraire, elles chercheront à semer la terreur dans la région, infligeant à ses adversaires, ses voisins et même, si possible, au monde entier le maximum de dégâts collatéraux. Leur capacité de nuisance reste, sur ce plan, immense.
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Pour ce faire, l’Iran dispose d’un joker redoutable : le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20% du pétrole mondial mais aussi 20% du gaz naturel liquéfié. Sans aucune hésitation, elle a décidé de le bloquer dès le second jour du conflit, menaçant de représailles tout pétrolier qui prendrait le risque d’oser le franchir le franchir. Pour bloquer le détroit à plus long terme, il suffit à la République Islamique d’y disperser quelques centaines de mines navales flottantes. La circulation des pétroliers et des méthaniers deviendrait alors impossible pour plusieurs semaines voire pour plusieurs mois. Les réactions brutales des marchés pétroliers le lundi 3 mars semblent intégrer progressivement ce scénario catastrophe. Le pétrole qui clôturait ce mardi à 83 dollars a bondi de plus de 10 dollars en deux jours. Rappelons qu’un différentiel de dix dollars sur le baril impacte d’environ 6,5 centimes le litre de carburant. Le litre de SP95, que nous espérions voir passer sous 1,6 € fin 2025 appartient désormais au passé. À 83 dollars, il approche 1,80 € tandis qu’avec un baril à 100 dollars - très possible dans les prochains jours, il flirtera avec les 1,90 €. Les fatidiques 2 euros ne sont donc plus très loin !
Mais le pétrole n’est pas seul à flamber ! Depuis ce lundi, le prix du gaz naturel s’est renchéri de 70% sur le marché de Rotterdam, le mégawattheure passant en quelques heures de 31€ à 53€. Or rappelons-nous l’été 2022 ! Le gaz, en tant que source marginale, impacte directement le prix de l’électricité sur l’ensemble des marchés européens.
S’il est encore trop tôt pour parler d’un scenario similaire à celui de 2022, lorsque le MWh électrique avait parfois dépassé 1000 euros, le marché à terme européen de l’électricité est déjà fortement inflationniste avec des prix atteignant 300 €/MWh en fin de journée en Allemagne. Un signe inquiétant de ce qui pourrait se profiler dans les semaines à venir. Si le conflit perdure, la note sera une nouvelle fois salée pour les consommateurs et les entreprises.
Comme les Européens, les Chinois qui dépendant du pétrole à 80%, pourraient terriblement souffrir de la fermeture du détroit d’Ormuz. En revanche, les États-Unis, devenus à la fois exportateurs de pétrole et de gaz, resteront bien au chaud sous leur « édredon gaz et pétroles de schistes ». Un gaz que Trump se fera un plaisir de livrer à l’Europe au prix fort.


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