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TRIBUNE - Diverses organisations professionnelles agricoles répondent à une tribune, publiée dans le Figaro, d’anciens ministres en charge de l’agriculture. Il est grand temps d’arrêter de présenter toute politique ambitieuse de stockage de l’eau comme une menace plutôt que comme un outil d’adaptation, estiment-elles.
La tribune publiée cette semaine par d’anciens ministres de l’Agriculture ou de l’Écologie a au moins un mérite : reconnaître que les agriculteurs sont les premières victimes du changement climatique. Sur ce constat, nous sommes pleinement d’accord. Mais là où ses auteurs se trompent profondément, c’est lorsqu’ils continuent à opposer les solutions entre elles et à présenter toute politique ambitieuse de stockage de l’eau comme une menace plutôt que comme un outil d’adaptation.
Depuis plus de vingt ans, le débat sur l’eau est prisonnier d’un discours anxiogène qui agite les peurs, entretient les oppositions entre usagers et retarde les investissements dont la France a pourtant besoin. Ce discours n’a pas préparé l’agriculture au changement climatique. Il l’a conduite dans l’impasse. Les agriculteurs n’ont pas besoin qu’on leur explique que le climat change : ils le vivent chaque jour dans leurs exploitations. Ils n’ont pas besoin qu’on leur annonce des catastrophes ; ils subissent déjà les récoltes détruites, les prairies brûlées, les rendements en recul et les difficultés croissantes pour abreuver leurs animaux.
La question n’est donc plus de savoir si nous devons nous adapter. La question est de savoir pourquoi, alors que les diagnostics sont connus depuis des années, la France a si peu investi pour sécuriser sa ressource. Car la vraie réalité est là : le changement climatique ne signifie pas automatiquement moins d’eau à l’échelle annuelle en France. Il signifie surtout une eau répartie différemment dans le temps et dans l’espace. Les travaux menés depuis plusieurs années convergent vers cette conclusion : davantage de précipitations hivernales, moins de disponibilité en période estivale et des événements météorologiques plus extrêmes.
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Face à cette évolution, une politique responsable consiste à agir sur tous les leviers : économies d’eau, modernisation de l’irrigation, évolution des systèmes de culture, amélioration des sols, protection des zones humides mais aussi mobilisation et stockage de l’eau lorsque les territoires le permettent. C’est d’ailleurs exactement ce que défendent nos organisations professionnelles depuis des années : une gestion équilibrée de la ressource, conciliant exigences alimentaires, économiques et environnementales.
Personne, dans nos organisations professionnelles, n’a jamais prétendu que le stockage « créait » de l’eau. C’est un argument caricatural qui évite le débat de fond. Le stockage consiste précisément à mieux gérer une ressource dont les disponibilités deviennent plus irrégulières. Il s’agit de prélever lorsque l’eau est abondante pour sécuriser les usages lorsque la ressource est rare. Refuser d’en parler sérieusement reviendrait à considérer que la France doit subir passivement les conséquences du changement climatique plutôt que s’y adapter.
Cette instabilité administrative et politique constitue aujourd’hui l’un des principaux freins à l’adaptation de l’agriculture française.
Plus surprenant encore est l’idée selon laquelle ceux qui défendent le stockage porteraient atteinte à la gouvernance locale de l’eau. Historiquement, ce sont les agriculteurs qui ont participé à la construction des instances de bassin, des SAGE, des SDAGE et des PTGE. Nos organisations professionnelles n’ont jamais demandé leur suppression. Elles ont toujours défendu le dialogue territorial, la concertation et le partage de la ressource entre tous les usagers. Les travaux conduits dans de nombreux territoires démontrent au contraire l’ampleur des compromis déjà consentis par les agriculteurs : réduction des prélèvements, restauration de milieux naturels, ouverture des gouvernances à l’ensemble des acteurs locaux...
La réalité est qu’un trop grand nombre de projets ont été bloqués pendant des années malgré des concertations interminables, des études scientifiques approfondies et des concessions majeures des agriculteurs. Dans plusieurs territoires, les règles ont été changées en permanence, ajoutant de nouvelles contraintes à des projets pourtant conformes aux exigences demandées. Cette instabilité administrative et politique constitue aujourd’hui l’un des principaux freins à l’adaptation de l’agriculture française.
L’opposition entre stockage et préservation des milieux est tout aussi artificielle. Les agriculteurs savent parfaitement qu’une agriculture résiliente repose sur des sols vivants, des variétés adaptées, des pratiques économes et la préservation des équilibres naturels. Ils mettent déjà en œuvre ces transitions dans leurs exploitations. Mais croire que ces seules évolutions permettront d’affronter des sécheresses plus fréquentes relève de l’illusion. L’adaptation exige une combinaison d’outils et non une approche idéologique qui privilégierait certains leviers au détriment des autres.
Le véritable enjeu est celui de notre souveraineté alimentaire. Chaque fois qu’un projet d’adaptation est retardé, chaque fois qu’une retenue est abandonnée malgré des années d’études, chaque fois qu’un territoire renonce à sécuriser sa ressource, ce sont des productions qui disparaissent, des emplois qui s’évaporent et une dépendance accrue aux importations qui se construit. Les territoires les plus fragiles sont souvent les premiers touchés. Les analyses économiques montrent que l’irrigation soutient la valeur ajoutée agricole, l’emploi et la diversité des productions dans de nombreux bassins.
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L’heure n’est plus aux postures. Face à des vagues de chaleur qui se succèdent, à des sécheresses qui s’intensifient et à des agriculteurs qui voient parfois quatre années de résultats déficitaires se succéder, notre responsabilité collective n’est pas d’entretenir la peur ou d’alimenter une nouvelle guerre de l’eau.
Notre responsabilité est de construire une véritable force de frappe de l’adaptation climatique : une gouvernance territoriale forte, un partage équilibré de la ressource entre tous les usages, des investissements massifs dans les infrastructures, une accélération des projets de stockage lorsqu’ils sont réellement fondés, la poursuite de la transition des pratiques et une mobilisation de tous les acteurs. L’agriculture française ne demande pas des privilèges. Elle demande simplement les moyens de continuer à nourrir la France dans un climat qui change.
Pendant trop longtemps, certains ont préféré faire peur plutôt que préparer. Ils ont expliqué pourquoi il ne fallait pas faire plutôt que comment il fallait adapter. Ils ont décrit les risques sans jamais assumer les solutions. Le résultat est sous nos yeux : des agriculteurs plus exposés, des territoires insuffisamment équipés et une souveraineté alimentaire fragilisée. Face au changement climatique, le courage n’est pas de dire non à tout. Le courage est de construire les conditions de l’adaptation. Au-delà de l’inaction et de l’hypocrisie, il existe une voie de responsabilité. C’est celle que défendent les agriculteurs. C’est celle que nos organisations professionnelles continueront de porter.
Arnaud ROUSSEAU, Président de la FNSEA
Jocelyn DUBOST, Président de Jeunes Agriculteurs (JA)
Jean-Luc DUVAL, Président de la Coopération agricole (LCA)
Eric THIROUIN, Président de l’AGPB (Association Générale des Producteurs de Blé et autres céréales)
Franck LABORDE, Président de l’AGPM (Association Générale des Producteurs de Maïs)
Franck SANDER, Président de la CGB (Confédération Générale des planteurs de Betteraves)
Eric FALLOU, Président de la FN3PT (Fédération Nationale des Producteurs de Plants de Pomme de Terre)
Patrick BENEZIT, Président de la FNB (Fédération Nationale Bovine)
Michèle BOUDOIN, Présidente de la FNO (Fédération Nationale Ovine)
Françoise ROCH, Présidente de la FNPF (Fédération Nationale des Producteurs de Fruits)
Yohann BARBE, Président de la FNPL (Fédération Nationale des Producteurs de Lait)
Benjamin LAMMERT, Président de la FOP (Fédération Française des Producteurs d’Oléagineux et de Protéagineux)
Cyril POGU et Bruno VILA, co-présidents de Légumes de France
Geoffroy d’EVRY, Président de l’UNPT (Union Nationale des Producteurs de Pommes de Terre)
Bruno d’Hautefeuille, président de l’ANPLC


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