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« Pour éviter un scandale » : des lettres entre l’évêque et un prêtre révélées à T.-N.-L.

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La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.

Une série de lettres, récemment découvertes, entre un évêque et un centre de traitement pour membres du clergé évoque les « problèmes sexuels » d’un prêtre de Terre-Neuve-et-Labrador et le soulagement de l’Église catholique d’avoir évité un « scandale » dans une « petite province ».

Les échanges datent du début des années 1970 et discutent du cas du père Leonard Kelly, prêtre catholique à Grand Falls, sur l’île de Terre-Neuve, qui fut, des années plus tard, condamné pour agression sexuelle sur deux garçons mineurs.

La première lettre est datée du 31 mars 1970. L’évêque de Grand Falls, John M. O’Neill, demande au père Kelly de quitter la paroisse précipitamment.

Il semble que vous vous livriez à ces actes depuis longtemps, écrit-il au prêtre. Vous devez vous préparer immédiatement à quitter Baie Verte de façon permanente. Pour éviter un scandale, vous pouvez dire que vous ne vous portez pas bien et avez besoin de soins médicaux.

Envoyé au centre de traitement

Le prêtre Leonard Kelly a quitté Grand Falls, et a été soigné à l’Institut Southdown. Ce centre de traitement situé au nord de Toronto, et qui existe toujours aujourd’hui, reçoit des membres du clergé souffrant de différents problèmes, comme l’alcoolisme ou la dépression. Au fil des décennies, nombre des patients étaient des prêtres ayant commis des inconduites sexuelles.

Les missives de l’évêque O’Neill ne mentionnent jamais précisément ce qui est reproché au père Kelly. Le supérieur ecclésiastique parle d’un problème qui serait ancré plus profondément qu’il ne l’avait d’abord cru.

J’ai pensé organiser une rencontre avec les consultants, mais décidé de ne pas le faire, de peur que quelque chose s’ébruite, écrit l’évêque.

Comment ces lettres ont-elles été révélées

La correspondance (nouvelle fenêtre) entre l’évêque et Leonard Kelly ainsi que les lettres échangées avec le responsable de l’Institut Southdown étaient dans un dossier sur le père Kelly conservé par la Corporation épiscopale catholique romaine de Grand Falls, à Terre-Neuve-et-Labrador.

La compagnie d’assurance Guardian, assureur de la congrégation religieuse, demande au tribunal une ordonnance de type Norwich (qui tire son nom d’une compagnie pharmaceutique, et non de l’ancien assureur du même nom), utilisée pour forcer une tierce partie à remettre des documents.

Guardian souhaite que l’Institut Southdown soit contraint de remettre les dossiers qu’il possède sur le prêtre Leonard Kelly afin de clarifier ce qui est insinué dans la lettre de 1970 envoyée au prêtre par l’évêque.

L’assureur soupçonne que les autorités ecclésiastiques savaient, au moment de prendre une police d’assurance dans les années 1980, que Leonard Kelly était un danger pour les enfants. Cela pourrait mener à une poursuite intentée par Guardian, si elle estime que l’assuré — l’Église — a omis de déclarer certains renseignements ou en a présenté une image déformée.

Abus sur deux garçons

Si on ignore ce qui a motivé l’Église à envoyer le père Kelly à l’institut pour prêtres en difficulté, on sait que celui-ci a plus tard commis des actes pédophiles. En 1988, il a été condamné à quatre mois de prison pour agression sexuelle à l’endroit de deux garçons âgés de 12 ans.

Trois mois après avoir demandé au père Kelly de quitter la paroisse en 1970, l’évêque O’Neill a entrepris une correspondance avec l’Institut Southdown. L’évêque demande comment se déroule son séjour.

Évalué par un psychiatre

Le 23 juin 1970, John R. Kelly, directeur de l’Institut Southdown, cite dans sa lettre à l’évêque un extrait de l’évaluation psychiatrique faite du prêtre Leonard Kelly après son arrivée.

On décrit les actions du prêtre comme des aventures homosexuelles plutôt pathétiques, avivées par sa consommation d’alcool.

Je n’ai pas l’impression que les épisodes sexuels causeront de nouvelles difficultés si ce prêtre réussit à s’éloigner de l’alcool, écrit le psychiatre, qui n’est pas nommé.

Le médecin ayant fait cette analyse recommande que Leonard Kelly réintègre ses fonctions à Grand Falls. Lorsqu’il reprendra son ministère, le père Kelly ne devrait pas être écarté du diocèse, puisque ses problèmes sexuels ne jouent qu’un rôle secondaire dans son incapacité générale à s’adapter.

Plutôt que d’être éloigné de son diocèse, le psychiatre suggère que le prêtre natif de Windsor, à Terre-Neuve, reçoive un soutien appréciable dans ses efforts pour s’attaquer à ses problèmes fondamentaux liés à l’alcoolisme.

Scandale évité, selon l'évêque

L’évêque O’Neill, dans sa réponse deux semaines plus tard, repousse cette idée.

Il devrait lui être évident, comme ce l’est pour moi, qu’il a été chanceux d’avoir pu quitter Baie Verte sans que son nom n’ait été sali, grogne le prélat. Il y aurait très bien pu y avoir une affaire devant les tribunaux, avec toutes les implications détestables que cela entraîne. Même lui devrait comprendre qu’il ne s’agit pas simplement de reprendre là où il s’était arrêté.

Bien que le père Kelly, comme tout pauvre prêtre en difficulté, ait toute ma sympathie, on ne peut pas s’attendre à ce que je ferme les yeux sur ce grave abus de confiance et sur le scandale terrible qui, n’eût été la discrétion de la famille concernée, aurait pu entacher toute l’existence de l’Église dans cette petite province, écrit l’évêque.

Le prêtre revient à Terre-Neuve

Je suis parfaitement au courant que sa conduite aurait pu créer un scandale généralisé et je suis reconnaissant que cela ait pu être évité, répond le responsable du centre de traitement.

Plus nous côtoyons le père [Leonard] Kelly, plus nous sommes convaincus qu’il peut se rétablir complètement. Ses motivations sont bonnes, et il apparaît de plus en plus clairement que sa consommation prolongée d’alcool avait fait disparaître, comme c’est fréquemment le cas, la retenue dont il aurait normalement fait preuve dans ses rapports avec les garçons en question, affirme le directeur de Southdown.

Un plat d'hosties tenu par les deux mains d'un homme en soutane blanche.

L'Église fait face à une poursuite pour de présumés abus sexuels à Gander. (Photo d'archives)

Photo : Associated Press / Bernat Armangue

Dans un message au père Kelly le 30 juillet 1970, l’évêque O’Neill lui indique que la décision a été prise de lui confier des fonctions en Ontario, près du centre de traitement, puis d’autres à Halifax, en Nouvelle-Écosse, dans l’espoir qu’il puisse éventuellement revenir à Terre-Neuve.

Il est évident que vous êtes un prêtre confus et très malade, écrit l’évêque au père Kelly. Nous avons tous eu de la chance que la situation ne soit pas devenue de notoriété publique et n’ait pas causé des dommages irréparables à l’Église et à la prêtrise. Heureusement, tout ceci appartient maintenant au passé.

Récentes allégations contre le prêtre Kelly

L’Église fait en ce moment face à une poursuite déposée en 2022. Le plaignant allègue avoir été forcé par [le prêtre Leonard] Kelly à des actes de sexe oral réguliers et fréquents et, occasionnellement, à d’autres contacts physiques intrusifs à caractère sexuel entre 1977 et 1983, à Gander, à Terre-Neuve-et-Labrador. Les faits qui sont reprochés au père Kelly auraient commencé alors que la présumée victime n'avait que 6 ans et se seraient poursuivis jusqu'à ce que celle-ci atteigne l'âge de 12 ans.

Originaire de Windsor, à Terre-Neuve, Leonard Kelly a été ordonné prêtre en 1955, lors d’une cérémonie dirigée par John M. O’Neill, qui a été évêque de Grand Falls de 1940 à 1972.

En 1977, Leonard Kelly est devenu prêtre à Gander. Il est revenu à Grand Falls-Windsor en 1983.

John M. O’Neill est décédé en 1974 à l’âge de 70 ans. Une maison funéraire de Grand Falls-Windsor indique qu’un père Leonard Kelly est mort le 29 juillet 2012, à 81 ans.

Dans le cadre de la démarche judiciaire entamée par Guardian, les avocats de la compagnie d’assurance, de l’Institut Southdown et de la Corporation épiscopale catholique romaine de Grand Falls ont pu se faire entendre. Une audience dans le même dossier est prévue pour le 26 janvier 2027.

D’après le reportage de Ryan Cooke, de CBC

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