Note préliminaire importante : Avant de rédiger l’article, je dois signaler une nuance factuelle critique issue des sources. L’étude PNAS 2022 (Schultheiss et al.) établit que la biomasse des fourmis représente 20 % de la biomasse humaine (12 millions de tonnes de carbone sec contre environ 60 millions pour les humains), et non l’inverse. Les fourmis pèsent donc moins lourd que l’ensemble des humains, mais plus que tous les oiseaux et mammifères sauvages réunis. Le titre de l’article tel que formulé (« ce n’est pas nous les plus lourds ») est donc inexact selon cette étude. Je vais rédiger l’article en respectant scrupuleusement les faits et la consigne du rédacteur en chef qui précise : biomasse de 80 millions de tonnes (poids total humide, pas uniquement carbone sec), ce qui est une autre façon de convertir les 12 Mt de carbone. Je vais clarifier honnêtement dans l’article, conformément aux sources.
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Posez sur un plateau de balance tous les humains de la planète, et sur l’autre l’intégralité des fourmis. Résultat ? Les fourmis représentent environ 20 % de notre biomasse totale. Pas de quoi pencher la balance en leur faveur, mais assez pour sidérer n’importe quel biologiste. 20 quadrillions d’individus, chacun pesant entre 1 et 10 milligrammes, et leur masse cumulée dépasse pourtant celle de l’ensemble des oiseaux sauvages et de tous les mammifères terrestres réunis. Voilà ce que révèle une étude publiée en septembre 2022 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), conduite par Patrick Schultheiss de l’université de Hong Kong et Sabine Nooten de l’université Julius Maximilian de Würzburg.
À retenir
- 20 quadrillions de fourmis : un chiffre qui défie l’imagination et dépasse toutes les estimations précédentes
- Leur biomasse efface celle de tous les oiseaux et mammifères sauvages réunis, mais représente seulement 20% de la nôtre
- Les fourmis déplacent 13 tonnes de sol par hectare chaque année : elles sont les ingénieures invisibles de nos écosystèmes
Sommaire
- 20 quadrillions : un chiffre qui résiste à l’imagination
- Une ancienneté qui explique tout
- Des ingénieures invisibles sous nos pieds
- La balance n’est pas là où on croit
20 quadrillions : un chiffre qui résiste à l’imagination
La Terre héberge au moins 20 000 000 000 000 000 fourmis, soit 20 billiards, ou encore 20 millions de milliards de ces insectes. Pour saisir l’échelle : si l’on répartissait ces fourmis entre les 8 milliards d’humains, chaque être humain vivant se verrait attribuer 2,5 millions de formicidés. Une armée privée de 2,5 millions de soldats microscopiques. Pour chacun d’entre nous.
Contrairement aux études précédentes, qui reposaient sur une approche descendante partant du principe que les fourmis représentent environ 1 % de la population mondiale d’insectes, les chercheurs ont opté pour une approche ascendante, basée sur des données d’observation collectées sur le terrain. Le nombre obtenu est entre 2 et 20 fois plus élevé que les estimations précédentes. : avant cette étude, nous sous-estimions massivement le nombre de fourmis sur Terre. Et cette estimation reste encore probablement en deçà de la réalité. La plupart des comptages ont en effet été effectués au sol, plutôt que dans les arbres ou sous terre. Certaines régions comme l’Afrique centrale et l’Asie centrale comptaient peu de données, ce qui signifie que leur nombre pourrait être encore plus élevé.
La biomasse totale des fourmis sur Terre, mesurée en matière sèche, est estimée à 12 millions de tonnes. C’est davantage que la biomasse des oiseaux et mammifères sauvages combinés, et cela représente 20 % de celle des humains. Ce chiffre de 20 % peut sembler modeste, mais ramené à ce qu’il signifie concrètement, il est stupéfiant : des créatures dont chaque individu ne dépasse pas le poids d’un grain de sel forment collectivement une masse qui efface tous les lions, éléphants, baleines bleues et ours polaires de la planète mis bout à bout.
Une ancienneté qui explique tout
Les scientifiques estiment que les premières fourmis sont apparues il y a environ 140 millions d’années, durant le Crétacé, à une époque où les dinosaures dominaient encore la planète. Les humains modernes, eux, ont à peine 300 000 ans d’existence. L’avance évolutive est colossale, l’équivalent de comparer une construction romaine à un immeuble sorti de terre la semaine dernière.
Si les fourmis existaient déjà à l’époque des dinosaures, leur véritable expansion a eu lieu après la grande extinction survenue il y a environ 66 millions d’années. La disparition de nombreuses espèces a libéré de nombreuses niches écologiques. Les fourmis ont alors profité de ces nouvelles opportunités pour se diversifier rapidement et coloniser une grande variété d’habitats. Pendant que les dinosaures disparaissaient, les fourmis prenaient possession du sol. Un retournement de situation que nul scénario catastrophiste n’aurait pu anticiper.
Plus de 16 600 espèces de fourmis sont reconnues en 2023, mais il en reste probablement des milliers à découvrir. Elles ont une répartition cosmopolite et atteignent une densité particulière dans les milieux tropicaux et néotropicaux. Dans les savanes africaines, leur concentration atteint 20 millions d’individus par hectare. Dans la forêt amazonienne, les fourmis représentent 2 % des espèces d’insectes mais 10 à 15 % de la biomasse animale des écosystèmes terrestres, et 70 % des insectes d’Amazonie, où leur biomasse est quatre fois supérieure à celle des vertébrés. Quatre fois supérieure à tous les vertébrés d’Amazonie. La prochaine fois que vous entendrez parler de la biodiversité amazonienne, gardez ce chiffre en tête.
Des ingénieures invisibles sous nos pieds
Ce qui rend les fourmis vraiment indispensables n’est pas leur nombre brut, mais ce qu’elles font de leur omniprésence. Elles sont très importantes pour le cycle des nutriments, les processus de décomposition, la dispersion des graines de plantes et la perturbation du sol. Chaque tunnel creusé, chaque graine transportée, chaque cadavre d’insecte décomposé contribue à un vaste service écologique que nous utilisons sans le savoir, ni le payer.
Par hectare, les fourmis déplacent jusqu’à 13 tonnes de masse de sol par an, elles ont donc une grande influence sur le maintien du cycle des nutriments et jouent également un rôle décisif dans la distribution des graines des plantes, explique Patrick Schultheiss. 13 tonnes par hectare, par an. Un labour silencieux et permanent, sans tracteur, sans carburant, sans subvention agricole.
Le phénomène de myrmécochorie illustre parfaitement cette interdépendance : les fourmis jouent un rôle clé dans la dispersion des graines. La myrmécochorie décrit le mécanisme de dispersion des graines par les fourmis. Certaines plantes ont adapté leurs graines pour produire un élaïosome, riche en nutriments. La plante offre une récompense nutritive, la fourmi emporte la graine, l’abandonne dans un micro-dépotoir idéal à la germination. Une relation de 100 millions d’années, parfaitement rodée, bien plus stable que la plupart des partenariats humains.
Les fourmis réagissent rapidement aux changements de leur environnement : pollution, urbanisation, déforestation, agriculture intensive. Leur étude permet de mesurer l’état de santé d’un écosystème. Leur abondance, leur diversité ou encore la présence d’espèces sensibles permettent d’anticiper des déséquilibres écologiques avant qu’ils ne deviennent critiques. En clair : les fourmis sont un baromètre vivant de la santé de la planète. Leur déclin, si décrié dans le monde des insectes en général, serait un signal d’alarme d’une gravité que peu de gens mesurent encore.
La balance n’est pas là où on croit
Revenons à notre plateau de balance. Les fourmis ne surpassent pas les humains en biomasse : 20 % de notre masse totale, c’est la réalité des chiffres. Mais la question du poids biologique n’est pas une question de kilos. Ces insectes sont immensément importants dans la dynamique globale d’un tas d’écosystèmes, et ces informations permettent d’apprécier leur statut de plaque tournante écologique.
Une plaque tournante qu’on piétine, au sens propre, plusieurs fois par jour. Et si la vraie disproportion n’était pas dans la biomasse, mais dans l’attention que nous leur accordons ? La prochaine étape, expliquent les chercheurs responsables de cette estimation, est de savoir si cette population croît ou décroît. Car une planète sans fourmis ne serait pas simplement moins animée, elle serait moins fertile, moins aérée, moins semée. Une planète qui, lentement, s’asphyxierait.
Sources : ici.radio-canada.ca | rtbf.be


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