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Posé en 1858 depuis une île d’Irlande, ce câble de 4 200 km a relié deux continents pendant vingt jours : ce qui l’a tué venait de l’homme censé le faire fonctionner

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Quatre mille deux cents kilomètres de cuivre et de gutta-percha reposent au fond de l’Atlantique depuis 1858, de Valentia Island au large de l’Irlande jusqu’à Terre-Neuve. Ce câble a permis d’échanger le premier message télégraphique entre l’Europe et l’Amérique du Nord le 16 août 1858. Vingt jours plus tard, il était mort. Pas à cause d’une tempête, ni d’un défaut de fabrication majeur. C’est l’homme chargé de le faire parler qui l’a tué, à coups de tension électrique démesurée.

À retenir

  • Cinq tentatives périlleuses pour poser 4 200 km de câble sous l’Atlantique
  • Une première transmission réussie le 16 août 1858 : un exploit monté en épingle par la presse
  • Un chirurgien obsédé ignore les avertissements et détruit le câble avec une surtension meurtrière

Sommaire

  1. Cinq tentatives pour unir deux continents
  2. Vingt jours de gloire, puis le silence
  3. Whitehouse, le chirurgien qui a électrocuté son propre câble

Cinq tentatives pour unir deux continents

L’histoire commence en 1857, quand deux navires, l’Américain Niagara et le Britannique Agamemnon, prennent la mer avec à leur bord des milliers de kilomètres de câble sous-marin. Le 5 août 1857, ils partent de Valentia Harbour, mais après plusieurs jours, le câble se rompt à cause d’une erreur de frein, mettant fin à la première tentative après 380 miles. Retour à la case départ.

L’année suivante, nouvelle stratégie : les deux navires partent du milieu de l’Atlantique et déroulent le câble chacun dans sa direction. Une deuxième tentative en juin 1858 échoue également, le câble se rompant plusieurs fois en plein milieu de l’Atlantique. Il faudra un cinquième essai, débuté fin juillet 1858, pour que l’opération tienne enfin. Le 29 juillet, les deux navires épissent les deux extrémités du câble au milieu de l’océan Atlantique, le déposent à 1 500 brasses (2 745 mètres), puis chaque navire se dirige vers son port de destination. Cinq jours plus tard, le lien est établi entre les deux rives.

Vingt jours de gloire, puis le silence

Le 16 août 1858, la reine Victoria envoie un message de félicitations au président américain James Buchanan. Le premier télégramme officiel à traverser deux continents ce jour-là fut une lettre de félicitations de la reine Victoria à James Buchanan. La presse s’emballe, les journaux célèbrent cette prouesse technologique aux promesses immenses. Le câble est même surnommé la « huitième merveille du monde ».

La fête ne dure pas. Les premières communications ont eu lieu le 16 août 1858, mais le débit était mauvais, et la qualité du signal s’est rapidement dégradée, ralentissant la transmission à une vitesse presque inutilisable. Selon Allison Marsh, professeure d’histoire à l’université de Caroline du Sud, le câble a réussi à transmettre au total 732 messages durant les trois semaines où il fut actif, mais il fonctionnait déjà très mal avant même de mourir. Trois semaines. C’est tout ce qu’aura duré l’exploit qui devait rapprocher deux continents.

Whitehouse, le chirurgien qui a électrocuté son propre câble

Le responsable de cette panne porte un nom presque trop parfait pour l’histoire : Wildman Whitehouse. Chirurgien de formation, électricien amateur passionné, il avait été recruté comme électricien en chef de l’Atlantic Telegraph Company. Persuadé qu’une tension élevée était indispensable pour faire passer les signaux sur une telle distance, il s’est mis à pousser le courant bien au-delà du raisonnable. Croyant qu’une haute tension était nécessaire pour transmettre le message avec succès, Whitehouse a injecté jusqu’à 2 000 volts dans le câble, un niveau de tension qui était inutile et qui a endommagé le câble transatlantique déjà fragilisé.

Le plus troublant, c’est que Whitehouse savait qu’il existait une alternative. Lord Kelvin, physicien de renom présent à l’autre extrémité du câble, défendait une approche radicalement différente. Whitehouse insistait sur le fait que le ralentissement inhérent du courant électrique traversant un long câble sous-marin pouvait être surmonté simplement en augmentant la tension, mais Thomson (Lord Kelvin) était en désaccord, et il a été prouvé qu’il avait raison. Un différend scientifique, tranché après coup par les faits : le câble a cramé sous la surtension. Alors que du code Morse intelligible était vu sur le galvanomètre à miroir à l’extrémité côté est, Whitehouse insistait pour que ce galvanomètre de Kelvin soit déconnecté et remplacé par son propre enregistreur télégraphique breveté, beaucoup moins sensible. il a sciemment débranché l’instrument qui fonctionnait pour installer le sien, moins performant, et a compensé cette faiblesse en augmentant encore la tension. Un cercle vicieux qui a fini par percer l’isolant en gutta-percha du câble et laisser l’eau de mer s’infiltrer jusqu’au cœur de cuivre.

Certains estiment que les dégâts allaient bien au-delà des 2 000 volts annoncés. Whitehouse aurait ruiné le câble en délivrant des chocs massifs, estimés entre 10 000 et 15 000 volts, via des bobines d’induction dans une tentative de rectifier les problèmes. Une commission d’enquête britannique s’est penchée sur l’affaire trois ans plus tard. Bien qu’il ait présenté une défense publique désespérée de sa conduite et qu’il ait été prêt à répartir la faute entre toutes les autres parties, une enquête de 1861 a conclu qu’il devait porter la majorité de la responsabilité. Whitehouse, lui, n’a jamais reconnu ses torts. Il a continuellement maintenu que le câble et son équipement étaient un succès.

Ce fiasco n’a pas enterré l’idée d’un lien télégraphique transatlantique, bien au contraire. Il a fallu attendre 1866 pour qu’un câble durable soit posé, cette fois avec les préconisations de Lord Kelvin appliquées à la lettre, sur des tensions bien plus faibles et des instruments de mesure ultrasensibles. Au cours des trois décennies suivantes, les travailleurs ont ajouté cinq autres câbles entre Valentia et Heart’s Content, où une station de communication transatlantique a fonctionné en continu jusqu’en 1965. De l’erreur de Whitehouse est née, paradoxalement, la génération de câbles qui allait vraiment connecter le monde pour un siècle.

Sources : nimareja.fr | histochronum.com

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