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Pour la Nation crie de Fisher River, le lac Winnipeg constitue une source de subsistance depuis des générations. Des membres de la communauté vivent de la pêche au doré jaune, mais la prolifération d’algues met aujourd'hui leurs activités en péril, ce qui pousse 11 Premières Nations à réclamer au moins 5,5 milliards de dollars en justice.
Russell Kirkness pêche sur les eaux du lac Winnipeg depuis 1978. Or, aujourd’hui, il affirme que ses prises ne lui permettent plus de joindre les deux bouts.
En cause, une prolifération d'algues qui étouffent le plan d’eau en le privant d'oxygène et de lumière, rendant plusieurs de ses secteurs traditionnels de pêche complètement inaccessibles.
Il faut gagner de l'argent, il faut survivre, il faut nourrir sa famille. Le lac Winnipeg ne permettra pas d'y parvenir.
Face à ces difficultés financières, Fisher River et dix autres Premières Nations du Manitoba poursuivent le gouvernement fédéral, la province et la Ville de Winnipeg, réclamant au moins 5,5 milliards de dollars en dédommagements.
La poursuite reproche à la Ville d’avoir déversé des eaux usées non traitées dans les cours d'eau et accuse les deux autres ordres de gouvernement de négligence réglementaire.
Selon la déclaration des plaignants, ces rejets favoriseraient la prolifération d'algues qui déciment ou réduisent les populations de poissons et d'autres espèces aquatiques, ce qui entraîne de lourdes pertes économiques pour les communautés autochtones.
Le recours judiciaire accuse les trois ordres de gouvernement de comportement négligent et téméraire. Il allègue que la Ville a omis d'entretenir adéquatement ses infrastructures d'assainissement, tandis que les gouvernements provincial et fédéral ont manqué à leur devoir d'imposer des normes d'exploitation rigoureuses par voie de permis.
Les tribunaux n'ont pas encore entendu les allégations formulées dans cette poursuite, ni tranché en la matière.
Nous ne savons pas s'ils font quelque chose pour régler la situation, mais nous continuons à aller sur le lac, car nous devons gagner notre vie, confie Russell Kirkness.

Russell Kirkness, qui pêche sur le lac Winnipeg depuis 1978, a dissuadé ses enfants de faire le même métier.
Photo : Travis Golby/CBC
La réplique des autorités
La Ville de Winnipeg a refusé de commenter la poursuite. Elle a toutefois fait valoir, dans une déclaration de défense déposée l'an dernier, que son réseau de traitement des eaux usées fonctionne conformément aux normes de l'industrie et respecte un cadre de régime environnemental strict. Selon la Ville, les déversements ciblés ne sont pas à l'origine des torts allégués.
Le gouvernement manitobain a également décliné toute demande de commentaires. Dans sa défense, la province soutient cependant que la Ville a parfois enfreint les conditions de ses permis environnementaux et a déposé une demande reconventionnelle contre l'administration municipale.
La province affirme en outre avoir exigé de Winnipeg la modernisation de son réseau d'égouts, réfutant l'accusation d'avoir failli à son rôle de réglementation.
Dès 2003, la province avait ordonné à la Ville de moderniser son usine d'épuration du secteur nord pour limiter les rejets de nutriments dans le lac Winnipeg, mais ces travaux ne sont toujours pas terminés.
Le gouvernement provincial soutient aussi que la qualité de l'eau du lac dépend d'autres facteurs, comme les activités agricoles, et qu'elle demeure suffisante pour assurer la pérennité de la pêche commerciale.
De son côté, le mémoire de défense du gouvernement fédéral affirme que la gestion des eaux usées relève de la compétence municipale et que le gouvernement fédéral n'a pas connaissance de rejets continus dans le lac.
Dans un communiqué, Environnement et Changement climatique Canada a rappelé que la loi fédérale interdit le rejet de substances nocives dans les eaux poissonneuses. Le gouvernement fédéral a d'ailleurs engagé des recours entre codéfendeurs contre la Ville et la province.
Pendant que la bataille juridique se poursuit devant les tribunaux, la Nation crie de Fisher River tente d'améliorer la santé du lac en menant des initiatives de conservation sur les terres avoisinantes.
Avec les informations de Santiago Arias Orozco


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