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Plus de 4 000 prénoms autorisés et trois juges pour tous les autres : en Islande, un bébé ne porte pas toujours le nom choisi par ses parents

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On pense souvent, à tort, que ce sont les parents qui ont le dernier mot sur le prénom de leur enfant, partout dans le monde et sans exception. En France, c’est globalement vrai depuis que la loi a assoupli les règles en la matière. Mais en Islande, cette idée ne tient tout simplement pas la route. Là-bas, un enfant ne peut pas recevoir n’importe quel prénom, même si ses parents en rêvent depuis des mois. Il existe une liste officielle, verrouillée, qui fixe les prénoms autorisés à la naissance. Et ce qui tranche pour tous les prénoms qui n’y figurent pas encore, ce n’est ni le père ni la mère, mais un comité méconnu dont le rôle fascine autant qu’il interroge. Plongeons dans ce système unique au monde, hérité d’une volonté farouche de préserver une langue et une culture.

À retenir

  • La liste officielle islandaise compte environ 4 866 prénoms approuvés, et tout prénom hors liste doit être examiné par le Mannanafnanefnd, un comité de trois membres créé en 1991.
  • Pour être accepté, un prénom doit respecter la grammaire islandaise (notamment se décliner au génitif), utiliser uniquement l’alphabet islandais et ne pas exposer l’enfant au ridicule, l’examen prenant entre quatre et douze semaines.
  • Un projet de loi présenté en juin par le gouvernement islandais pourrait supprimer ce comité en exigeant simplement qu’un prénom soit déclinable en islandais.

Une liste qui encadre l’identité de chaque Islandais dès la naissance

En Islande, impossible d’improviser le prénom de son enfant sur un coup de cœur ou une inspiration de dernière minute. Le pays dispose d’une liste fermée de prénoms autorisés à l’état civil, une sorte de catalogue officiel dans lequel les parents viennent puiser. Cette base de données n’a rien d’anecdotique : elle recense environ 4 866 prénoms approuvés, répartis entre 2 298 prénoms masculins et 2 568 prénoms féminins, selon un comptage actualisé récemment. Autant dire qu’il y a largement de quoi choisir, mais la logique reste fondamentalement différente de celle que l’on connaît en France.

Si le prénom souhaité figure déjà sur cette liste, aucune difficulté : les parents le déclarent et l’affaire est réglée en quelques minutes. En revanche, dès qu’un prénom sort des sentiers battus, qu’il s’agisse d’une création originale, d’un prénom étranger ou d’une variante inédite, la situation se complique sérieusement. Il faut alors passer par une procédure d’examen bien particulière, confiée à une institution que peu de touristes connaissent mais qui pèse lourd dans la vie administrative islandaise.

Le Mannanafnanefnd, ce comité méconnu qui a le dernier mot

Son nom est difficile à prononcer pour un francophone, mais son influence sur la vie quotidienne des familles islandaises est bien réelle. Le Mannanafnanefnd est le comité officiel islandais chargé d’examiner les prénoms absents de la liste d’état civil. Concrètement, dès qu’un prénom n’apparaît pas dans la base existante, ce sont ces quelques personnes qui décident de son sort, et donc, d’une certaine manière, de l’identité future de l’enfant concerné.

Cette instance a été créée en 1991 et reste rattachée au ministère de la Justice. Elle se compose de trois membres principaux et de trois suppléants, nommés pour des mandats renouvelables de quatre ans. Sa mission, selon les textes officiels, consiste à veiller à l’intérêt de l’enfant et à la compatibilité des prénoms avec la tradition et avec la langue islandaise. Sa légitimité repose sur une base légale précise, la loi sur les noms de personnes, aussi appelée Mannanafnalög, portant le numéro 45/1996 et mise à jour en 2019. Loin d’être figée, cette liste évolue d’ailleurs régulièrement, puisque le comité l’augmente à la demande des parents, au fil des dossiers déposés.

Les critères qui font accepter ou refuser un prénom

Le travail du comité ne relève pas du caprice administratif, il repose sur des critères linguistiques précis, pensés pour préserver la cohérence de la langue islandaise, réputée pour sa grammaire complexe et son attachement aux racines nordiques. Tout prénom candidat doit ainsi respecter la grammaire islandaise, ce qui signifie notamment qu’il doit pouvoir se décliner au génitif, cette forme grammaticale qui marque la possession. Un prénom incapable de s’adapter à cette logique n’a tout simplement pas sa place dans la liste.

Autre contrainte de taille : seul l’alphabet islandais est accepté, ce qui exclut d’office les lettres C, Q, W et Z, absentes de cette écriture. Un prénom comme Charles ou William, par exemple, peut être autorisé malgré ce mur linguistique. Mais la langue n’est pas le seul filtre appliqué. Le comité rejette également les prénoms jugés susceptibles de causer des difficultés ou des moqueries à leur porteur, une manière de protéger l’enfant d’un fardeau social qu’il n’aurait pas choisi. Une fois le dossier déposé, il faut généralement compter entre quatre et douze semaines avant d’obtenir une réponse, le temps pour les membres du comité d’examiner chaque demande avec sérieux.

Des précédents qui montrent la rigueur de ce système unique au monde

Pour mesurer concrètement comment fonctionne ce tri, il suffit de regarder les décisions récentes du comité. Dans une liste de onze ajouts publiée un mercredi, plusieurs nouveaux prénoms ont ainsi obtenu le feu vert, parmi lesquels Angelína, Luna, Hofdís, Eilíf, Eyjar et Kíran. Ces validations illustrent bien la logique du système : des prénoms venus d’ailleurs ou légèrement modifiés peuvent intégrer la liste, à condition de satisfaire aux exigences grammaticales et alphabétiques évoquées plus haut.

Ce dispositif, aussi rigoureux soit-il, pourrait toutefois vivre ses dernières années. Le gouvernement islandais a publié en juin un projet de loi qui rendrait ce comité obsolète, en se contentant d’exiger qu’un prénom soit déclinable en islandais, sans passer par un examen approfondi au cas par cas. Si ce texte venait à être adopté, il marquerait la fin programmée d’une institution créée en 1991, et symboliserait un assouplissement notable dans un pays longtemps considéré comme le gardien le plus strict de son patrimoine linguistique en matière de prénoms.

Entre tradition linguistique et évolution des mentalités, l’Islande se trouve donc à un tournant. Ce petit pays, connu pour ses volcans et ses geysers, aura montré pendant plus de trois décennies qu’un prénom pouvait être bien plus qu’un simple choix personnel, et qu’il pouvait aussi incarner un véritable enjeu de société, où la langue, l’identité et le bien-être de l’enfant se retrouvent étroitement liés.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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