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Paul St-Pierre Plamondon durcit le ton face à Carney sur l’immigration

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Aux portes du pouvoir, Paul St-Pierre Plamondon trace ses premières lignes rouges face à Mark Carney. Le chef du Parti québécois (PQ) a fermé la porte mercredi à toute nouvelle hausse des seuils d’immigration par Ottawa — dénonçant même un « gouvernement basé sur l’abus de pouvoir ». Une sortie qui a rapidement mené ses adversaires à se poser en remparts face au fédéral, à cinq jours du scrutin.

« Le Québec est une démocratie et nous allons nous-mêmes déterminer les niveaux d’immigration qui correspondent à notre capacité d’accueil. Ce n’est sûrement pas au fédéral d’agir unilatéralement comme ils l’ont fait au cours des dernières années », a déclaré M. St-Pierre Plamondon mercredi matin, lors d’un point de presse en Abitibi.

Selon le chef péquiste, la hausse de l’immigration de la dernière décennie, « orchestrée » par le fédéral, s’est faite de manière « antidémocratique ». Il soutient qu’Ottawa a ignoré les « impacts » majeurs de cette politique sur le logement, les services publics et le déclin du français au Québec.

Le premier ministre Mark Carney a récemment laissé entendre, dans une entrevue accordée au New York Times, qu’il envisage désormais entamer une « augmentation contrôlée » de la population au Canada, estimant que le système d’immigration était à nouveau stabilisé. Une nouvelle hausse « va donc se produire », avait-il déclaré au journal américain.

Le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, a accusé son rival péquiste de déformer les propos tenus par le premier ministre canadien dans ladite entrevue. « On ne va pas laisser une immigration incontrôlée arriver. Ce n’est pas ce que M. Carney a dit. C’est une reprise politique de la part de M. Plamondon, évidemment », a fait valoir M. Milliard mercredi.

Le meilleur rempart

Paul St-Pierre Plamondon s’est saisi de la question de l’immigration pour se poser en meilleur rempart contre Ottawa. « C’est là qu’un gouvernement du Parti québécois… que le Parti québécois est nettement le plus solide et le plus fort pour tenir tête [au fédéral] », a-t-il déclaré mercredi, en se ravisant.

Charles Milliard a été le seul autre chef à revendiquer ce rôle de contre-pouvoir, prônant toutefois une approche plus « méthodique » que celle du chef péquiste, qu’il accuse d’être « chicanier ». Il assure d’ailleurs qu’il n’aurait « pas de difficulté à tenir tête » au gouvernement Carney sur ce dossier. « Être fédéraliste, c’est collaborer et tenir tête au gouvernement fédéral lorsque nécessaire », a-t-il affirmé depuis Laval.

De son côté, le chef conservateur Éric Duhaime a jugé « ridicule » et « désolant » que le gouvernement Carney envisage une telle hausse, sans toutefois préciser comment il compterait y faire face.

La cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ), Christine Fréchette, a confié ne pas avoir été avisée des intentions de son homologue fédéral. « Je ne pense pas qu’on soit dans une situation où il faut rehausser l’immigration », a-t-elle déclaré depuis Saint-Sauveur. Elle a ensuite vanté le bilan caquiste en la matière, soutenant que les cibles fixées par Québec « avaient été respectées » par le passé.

Quant à la co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Ruba Ghazal, ne s’est pas formalisée de la sortie de M. Carney. QS a pour objectif de rehausser le seuil d’accueil à 70 000 immigrants permanents par an.

Réaliste, abolir la monarchie ?

Paul St-Pierre Plamondon a également été appelé à préciser sa pensée quant à son engagement, pris la veille, d’abolir la monarchie au Québec. S’il forme le gouvernement, il compte faire adopter, dans les 100 premiers jours de son mandat, une loi supprimant le poste de lieutenant-gouverneur.

Le constitutionnaliste Patrick Taillon n’estime pas impossible pour un éventuel gouvernement québécois de se lancer dans cette aventure, mais il y a un « mais ». « La Constitution canadienne est un carcan », a-t-il expliqué au Devoir. « Elle impose des vrais obstacles qui ne sont pas insurmontables, puis ce n’est pas parce que ces obstacles existent qu’il ne faut pas essayer. Mais il faut rester conscient de l’ampleur des difficultés. »

Le professeur de droit à l’Université Laval voit deux avenues possibles : demander l’accord des neuf autres provinces et de la Chambre des communes pour modifier la Constitution, ou bien adopter une loi, qui sera vraisemblablement contestée devant les tribunaux.

Le chef péquiste semble privilégier la seconde option. Mercredi matin, il a assuré que sa démarche serait tout à fait légitime sur le plan constitutionnel. « La Constitution canadienne évolue au fur et à mesure des pratiques et cette évolution, des fois, a lieu simplement dans les gestes dans la pratique, [comme] une loi de l’Assemblée nationale », a-t-il avancé.

Pour Patrick Taillon, la contestation de cette loi devant les tribunaux serait difficile à surmonter. « Le fardeau de démonstration que devraient faire les avocats du Québec est tellement élevé que, moi, je pense que c’est voué à l’échec », a-t-il prévenu.

Notons aussi que le lieutenant-gouverneur est celui qui accorde la sanction royale aux projets de loi adoptés à l’Assemblée nationale. « PSPP » n’a pas précisé mercredi ce qu’il adviendrait de ce pouvoir si le poste était aboli. Patrick Taillon a de la difficulté à se l’imaginer. « Si vous effacez [cette] formalité, il n’y a plus de loi, il n’y a plus de processus législatif », a-t-il affirmé.

Les autres chefs ont pour leur part indiqué que la monarchie ne constituait pas un enjeu prioritaire de la campagne.

Le chef libéral, Charles Milliard, a néanmoins révélé qu’il ne prêterait pas serment d’allégeance au roi pour siéger à l’Assemblée nationale. Depuis 2022, les députés québécois ne sont plus tenus de lui prêter serment.

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