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La Commission des libérations conditionnelles a refusé mardi à l’ex-cardiologue Guy Turcotte de pouvoir aller quelques heures hors des murs du pénitencier afin de voir ses parents, jugeant qu’une telle sortie n’est pas souhaitable à ce stade-ci de sa peine, malgré les efforts qu’il a faits en détention.
« Votre réinsertion sociale doit s’effectuer à un rythme qui tienne véritablement compte de l’ensemble des intérêts en présence, y compris la réalité toujours actuelle des victimes », a décrété l’une des deux commissaires, affirmant avoir considéré « la gravité exceptionnelle des délits », un double infanticide, commis dans le contexte d’une rupture amoureuse, « dans des circonstances particulièrement violentes. »
L’homme de 54 ans a été reconnu coupable en 2015 du meurtre de ses deux enfants, Anne-Sophie, 3 ans, et Olivier, 5 ans. Il les a tués à coups de couteau en février 2009 : le coroner a dénombré 46 plaies sur leurs petits corps.
Au terme de son second procès criminel, le jury avait rejeté sa défense de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux. Il a été condamné à la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 17 ans — il sera éligible en 2028.
Mais d’ici là, il peut demander des sorties de prison avec escorte, ce qu’il a fait mardi matin.
Il a toutefois essuyé un refus. Si la Commission a constaté « plusieurs progrès significatifs » du détenu, notant de surcroît que sa conduite en prison n’a soulevé aucune préoccupation, elle ne croit pas que la sortie est « souhaitable » actuellement — l’un des quatre critères à évaluer pour accorder une sortie avec escorte.
Si le fait de visiter ses parents permet le renforcement des liens familiaux, ce qui est bon pour la réhabilitation, note la Commission, elle s’est dite incapable de faire abstraction d’autres éléments du dossier, dont l’extrême gravité des crimes commis.
On doit tenir compte de la place important des victimes qui subissent encore aujourd’hui d’importantes souffrances malgré le passage du temps, a décrété la commissaire en disant non à Guy Turcotte.
Il pourra toutefois réessayer plus tard d’obtenir une permission de sortie.
Un risque pour le public ?
La Commission devait aussi évaluer si Guy Turcotte présente un risque pour le public et les victimes lors d’une telle sortie. Pour cette raison, les deux commissaires lui ont posé de nombreuses questions sur ses gestes meurtriers de février 2009, le confrontant notamment au fait qu’il aurait utilisé les enfants comme instruments pour atteindre son ex-épouse Isabelle Gaston et la faire souffrir.
Guy Turcotte, vêtu d’un simple t-shirt bleu royal et désormais chauve, a reconnu qu’il « était inondé par la colère » à cette époque-là, mais nie avoir tué les enfants pour faire du mal à Mme Gaston. Sa colère n’était pas dirigée vers elle, a-t-il insisté, alors que, assise derrière lui, elle écoutait toutes ses paroles.
Mais la Commission n’a pas retenu ses explications.
« Ce geste visait de façon consciente ou inconsciente à atteindre et punir leur mère. Le nombre de coups portés en témoigne. On est bien conscient que ces derniers éléments ne sont pas encore assumés et la commission estime que ceci demande davantage de réflexion et d’introspection de votre part quant aux motifs sous-jacents qui ont contribué à vos délits. »
Contrairement au procès, Guy Turcotte n’a pas blâmé mardi matin son ex-épouse pour la situation ayant mené au double meurtre. Et il a exprimé des remords — sincères, selon les commissaires — pour ce qu’il lui a fait subir.
« Il n’y a rien de pire qu’on peut infliger à quelqu’un que de lui enlever ses enfants. Je ne peux imaginer l’immensité de sa souffrance », a-t-il déclaré devant les deux commissaires, son témoignage parsemé de larmes qu’il essuyait avec ses mains.
Mardi, son agent correctionnel a aussi témoigné. Il a précisé que l’homme se reconnaît pleinement responsable de ses actes et qu’il a montré une progression constante et soutenue en détention. La Commission est du même avis, soulignant qu’il s’est investi « avec sérieux » dans son suivi psychologique.
Son risque de récidive violente est faible, a ajouté l’agent correctionnel. Selon lui, la permission de sortie pouvait être envisagée sans danger pour le public.
Prendre ses responsabilités
Isabelle Gaston s’est aussi présentée devant les commissaires mardi, venant au lutrin situé tout juste derrière le détenu. Il pouvait l’entendre, mais pas la regarder, s’étant fait sommer de ne pas se retourner. Quand il a entendu sa voix, il a immédiatement fermé les yeux et baissé la tête.
Elle a raconté aux commissaires toute sa douleur et ses pertes, ainsi que tous les obstacles qu’elle a eus à affronter au cours des années, sans répit depuis 2009.
Elle a dit s’attendre à ce qu’il se responsabilise pour ses actes meurtriers, mais aussi pour tout ce qu’il a fait après, notamment au procès, où il s’est « posé en victime ».
« Tant qu’il n’aura pas de mots clairs, dénués de stratégie, dénués de justification, il m’est impossible de me sentir en sécurité », a-t-elle dit la voix étranglée par l’émotion.


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