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De la contravention au crime, chaque année, les tribunaux belges traitent environ 400 000 affaires. Lorena et Mariana ont perdu leurs parents dans le drame de Strépy-Bracquegnies. Michaël, entrepreneur, s'est fait arnaquer dans un investissement aux Bahamas. Anne et Marc sont juges de paix. Olivier est entré dans un gang à 13 ans et est aujourd'hui détenu. Autant de profils différents que Justice, Histoires de Vie, produit par la RTBF, met en avant. Au fil de quatre épisodes (les deux premiers diffusés ce mercredi 21, les deux derniers le mercredi 28 octobre), le documentaire accompagne les justiciables tout au long de leur affaire, aux côtés de ceux dont dépend parfois leur destin. Lorsque nous le rencontrons, Éric Dupond-Moretti nous confie son enthousiasme d'avoir participé à ce projet.
Quelle a été votre motivation de prêter votre voix à ce documentaire qui traite d'affaires belgo-belges avec lesquelles vous n'êtes pas forcément familier ?
Dans notre société qui manque singulièrement de nuance, où les sujets sont traités à la hache sur des chaînes d'info continue, avec des "y a qu'a" et des "il faut que", cette émission montre la justice sous un angle inhabituel, en apportant beaucoup de nuance et de recul. On y sent, par exemple, le juge de paix très proche des justiciables : il explique que, pour lui, il n'y a pas de petites affaires. Ça correspond à ce que j'ai souhaité en étant Garde des Sceaux (ministre de la Justice français de 2020 à 2024, NdlR), à savoir que la justice soit filmée au travail. Elle a tout intérêt à se montrer telle qu'elle est, pour être comprise par nos concitoyens. C'est d'intérêt public. La loi pour la confiance dans l'institution judiciaire, promulguée fin décembre 2021 en France, va dans ce sens.
Précisément, encore de nos jours, cette institution reste souvent complexe à appréhender pour le grand public…
La justice est humaine – à ce titre, elle peut parfois se tromper – et suscite chez les justiciables de la peur, de la crainte, mais aussi de l'espérance. Ça rappelle la primauté de la justice sur nos conflits pour régler et pacifier les choses, sans quoi on les règle à coups de revolver. Chaque être humain est singulier et avant tout le fruit de sa propre histoire. Certes, il n'y a pas de déterminisme dont on ne pourrait jamais s'extirper, mais je crois qu'on s'en sort en général mieux dans la vie quand on est issu d'un milieu favorable, quand on a été aimé, que si on a reçu des coups au sein d'une famille dysfonctionnelle. Ça permet d'expliquer pourquoi un être humain peut basculer. Ça ne justifie jamais un crime, mais ça explique certaines choses. Il n'y a pas de justice sans compréhension.
L'avenir politique du ministre de la Justice Éric Dupont-Moretti se joue devant le tribunal de ParisAu cours de votre carrière, vous avez été des différents côtés de la barrière : avocat, ministre, mais aussi justiciable, lors d'un procès pour prise illégale d'intérêts, pour lequel vous a été relaxé. Cela a-t-il changé votre regard sur la justice ?
Je ne veux pas globaliser les choses, et parallèlement, je m'interroge sur la manière dont la justice est traitée par les mandataires politiques. Quelques personnalités, dont une qui veut accéder à la magistrature suprême et un ancien président de la République, ont dit des horreurs sur la justice : à les entendre, le jugement rendu à leur encontre serait lié à la haine d'un juge ou à un déni démocratique. Je n'ai jamais tenu de tels propos, même au cours du procès que vous évoquez. Taper sur la justice, c'est porter atteinte à ce qui constitue notre pacte social. L'exemple venant d'en haut, comment voulez-vous que les gens la respectent encore ?
Après une première expérience sur scène en 2019, avec "Éric Dupond-Moretti à la barre", vous avez décidé l'an dernier de raconter votre carrière dans un seul-en-scène, "J'ai dit oui !" Vous revendiquez le côté acteur d'un avocat ?
Je l'ai toujours assumé, bien avant d'imaginer que je monterais un jour sur scène. Ce n'est pas délétère, c'est la façon d'enrober un propos pour mieux le présenter. Un avocat incapable d'aligner trois phrases ne pourrait tout simplement pas plaider. Toutes les personnes actives dans l'expression publique – journalistes, politiques, procureurs… – apportent une part de théâtralité dans leur travail.
Eric Dupond-Moretti à La Libre : "Un certain nombre de magistrats se caractérisent par la détestation à l'encontre du pouvoir"Vous venez également de co-écrire un livre avec l'ancienne ministre Roselyne Bachelot, "Décidément non !", qui se veut un avertissement contre la montée du Rassemblement National…
Nous y exprimons notre aversion des extrêmes. Lors des législatives de 2024, ce parti s'était soi-disant débarrassé des brebis galeuses, à l'instar d'une candidate qui avait posté une photo d'elle où elle arborait un couvre-chef arboré d'une croix gammée. Nous avons donc décidé de vérifier aux municipales de 2026 si le ménage avait bel et bien été effectué. En principe, en deux ans, ça laissait le temps d'opérer. Pourtant, nous avons trouvé près de 200 propos – antisémites, homophobes, racistes – qui devraient faire honte à ceux qui les tiennent. Dans ce livre, nous dénonçons la stratégie de dédiabolisation du RN, qui est en réalité une entreprise de dissimulation.
Justice, Histoires de Vie (1 et 2/4), ce mercredi 21, La Une 20h20
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