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Les profs de religion s'inquiètent des nouvelles mesures: "Les discours de gourous seront la seule approche que les jeunes auront du fait religieux"

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La semaine passée, la ministre de l'Enseignement Valérie Glatigny a annoncé une nouvelle série de changements. Parmi ceux-ci figure le passage d'une à deux heures du cours de philosophie et citoyenneté (CPC) dans l'enseignement officiel et subventionné à partir de 2029.

Pour rappel, les élèves de primaire de l'enseignement officiel suivaient déjà ce cours de philosophie et citoyenneté depuis septembre 2016. A partir de 2017, il s'est ensuite étendu aux secondaires, remplaçant alors l'une des deux heures du cours de morale ou de religion, devenue par conséquent facultative. Désormais, le cours de CPC devrait progressivement passer à deux heures dès 2029 pour ces élèves. Par conséquent, l'heure de religion ou de morale ne figurera plus dans leur grille horaire, et ces cours seront rendus optionnels dans les écoles appartenant à aux réseaux de l'enseignement officiel et libre non confessionnel. Rien ne change par contre pour les élèves du libre confessionnel qui conservent deux heures de religion par semaine et auxquels les compétences de philosophie et citoyenneté sont transmises transversalement dans les autres cours.

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Des professeurs sans formation adéquate

Les réactions à cette mesure ont été partagées. Le Centre d'Action Laïque a salué une "décision historique" et s'est réjoui d'une réforme qu'il attendait depuis plusieurs années. Les représentants des professeurs de religion, quant à eux, témoignent plutôt de leur colère.

Jean-Marc Drieskens est délégué épiscopal adjoint à l'enseignement pour la religion catholique pour le diocèse de Liège. Il a aussi été professeur et directeur dans un collège liégeois. "Les cours de CPC sont donnés par des personnes qui ne sont pas formées pour avoir une connaissance profonde du fait religieux, argumente-t-il. Or, je reste convaincu que pour comprendre le monde dans lequel nous vivons - tant socialement, que culturellement ou historiquement - l'apport de personnes spécialisées dans leurs disciplines respectives est essentiel. J'ai fait une licence de théologie à Louvain, mais je me verrais mal parler à des rhétos ou à des cinquièmes d'un cours de religion musulmane. Inversement, je verrais mal un professeur de religion musulmane parler du catholicisme. Mgr Albert Houssiau, qui a été professeur de théologie, disait toujours que le cours de religion est le seul lieu où l'on parle encore d'une approche crédible et critique du fait religieux parce qu'il est donné par des professeurs compétents qui peuvent aussi évoquer les dérives que nous connaissons dans les différents mouvements religieux", ajoute-t-il.

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Le cours de religion, rempart contre l'intégrisme

En ce sens, Jean-Marc Drieskens considère qu'un cours de religion peut faire office de rempart contre les différents intégrismes qui ressurgissent partout à travers l'Europe. "Je vois mal comment, dans un cours de philosophie et citoyenneté, on pourra aborder tous les courants et toutes les influences religieuses que nous connaissons aujourd'hui", s'interroge-t-il. Le délégué épiscopal adjoint craint alors que l'absence d'un tel lieu institutionnel soit la porte ouverte à la désinformation sur les religions via les réseaux sociaux. "Les discours de gourous, qu'ils soient catholiques, protestants, musulmans ou autre seront la seule approche que les jeunes pourront avoir du fait religieux."

"Il y a des clivages et une mutation dans la société d'aujourd'hui", abonde Hafida Hammouti, représentante du culte musulman au sein du Conseil consultatif supérieur des cours philosophiques (CCSCP). Elle préside également la Coordination des enseignants de religion islamique (CERI) qu'elle a cofondée en 2015. "Les cours de religion et morale sont un endroit où les questionnements philosophiques des élèves sont accompagnés. Je ne pense pas, avec toute la sympathie et le respect que j'ai pour mes collègues de CPC, que leur cours pourra faire de même parce que les enseignants ne sont pas formés pour ça. L'élève ne saura plus vers qui se tourner", craint-elle.

Des doutes sur les motivations

Hafida Hammouti se questionne également sur les motivations derrière ce passage à 2h du cours de CPC. En 2016, quand la première heure de philosophie et citoyenneté a été mise en place, le contexte était particulièrement anxiogène, rappelle-t-elle. "En janvier 2015, il venait d'y avoir les attentats terroristes à Paris. L'opinion publique s'est alors emparée de la question du vivre ensemble. On s'est dit qu'il était temps que tout le monde ait un cours commun, où tout le monde se parle. Or, dans nos cours, différents courants philosophiques se réunissaient déjà à plusieurs moments de l'année pour une discussion collective", assure Hafida Hammouti. "On a quelque part fait peser ce qui se passait en France sur les cours philosophiques. En tant qu'enseignants, nous l'avons très mal vécu", regrette-t-elle.

Pour elle, l'argument selon lequel le cours de CPC serait le seul permettant d'apprendre l'esprit critique n'est pas non plus valable. "Cela signifie-t-il qu'il n'y aurait pas d'apprentissage de l'esprit critique dans les autres cours ?", s'interroge-t-elle.

Une absence totale de concertation

De façon plus globale, Jean-Marc Drieskens et Hafida Hammouti s'accordent également sur une absence totale de concertation en amont de l'annonce de la Ministre. "On n'a pas du tout été informés de quoi que ce soit", colère le représentant du culte catholique. Tout comme sa consoeur du culte musulman, il a découvert cette annonce via la presse. "La Ministre a fait cette sortie sans concerter le CCCP. Or, nous lui avions envoyé trois couriers à plusieurs reprises depuis quelques mois. On n'a eu aucun retour. Les principaux concernés n'ont pas été concertés", résume-t-elle. Hafida Hammouti regrette également que le CCCP n'ait pas non plus été convié au nouveau Comité d'avis, lancé à la mi-octobre. "C'est profondément choquant quand, dans un comité qui reprend différents interlocuteurs pour donner son avis sur les réformes les plus importantes jusqu'à la fin de la législature, on n'implique pas les représentants concernés autour de la table", souligne-t-elle.

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