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Malgré l’interpellation rapide de plusieurs suspects, les enquêteurs ne sont pas pas encore parvenus à mettre la main sur les bijoux volés le 19 octobre 2025 lors du “casse du siècle” au Louvre. Seraient-ils toujours cachés quelque part ? Le mystère demeure.
Aurélien Poivret - Aujourd'hui à 06:05 - Temps de lecture :
Quatre suspects sous les verrous qui attendent un procès, 88 millions d’euros de butin, un traumatisme national, la démission de la présidente de l’établissement, la prise de conscience de la vulnérabilité de nos musées… Mais les bijoux, eux, n’ont toujours pas été retrouvés. Un an après le “casse du siècle”, la question du butin reste la plaie béante du cambriolage hors normes perpétré le 19 octobre 2025 au Louvre. Seule la couronne de l’impératrice avait été retrouvée sur place, perdue dans leur fuite par les voleurs et endommagée. Mais huit pièces à la valeur patrimoniale inestimable, représentant plus de 8 700 diamants, ont disparu.
« Retrouver les bijoux » a pourtant été, dès le départ, la priorité des enquêteurs de la brigade de répression du banditisme (BRB) et de l’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC). Ces derniers avaient d’ailleurs bon espoir de les récupérer rapidement, puisqu’ils n’ont pas eu de mal à identifier et surveiller les voleurs présumés, à commencer par Abdoulaye N., 40 ans, mieux connu des réseaux sociaux pour ses vidéos de roue arrière à moto sous le pseudo Doudou Cross Bitume, dont l’ADN a été retrouvé sur une vitrine brisée de la galerie d’Apollon et sur un casque abandonné. Il a été interpellé six jours après les faits, au moment où l’un de ses complices présumés, Ghelamallah A., un Algérien de 36 ans, a dû être arrêté en catastrophe alors qu’il s’apprêtait à prendre un aller simple pour Alger à l’aéroport d’Orly. La trace des bijoux se perd dans un parking souterrain d’Aubervilliers, au nord de Paris, où le butin aurait été remis à celui qui serait à l’origine du projet…
Les voleurs avaient utilisé une simple nacelle pour monter au premier étage du musée du Louvre, sur un balcon permettant d’accéder directement à la galerie d’Apollon. Photo Sipa/Houpline-Renard
Une inspiration venue de Tony Musulin ?
Un an plus tard, trois hypothèses sont sur la table. La première : les bijoux sont entre les mains d’un mystérieux commanditaire. Séduisant, sauf que les investigations n’ont mis en lumière absolument aucune trace de cette prétendue commande, ni d’un transfert des bijoux, même à l’étranger. La deuxième : le butin a été remis à un receleur de haut vol, qui serait en mesure d’écouler ces bijoux et de les transformer en monnaie sonnante et trébuchante. « Mais ce milieu regorge d’indics », relève la journaliste d’investigation Patricia Tourancheau. « Or, rien de tel n’est remonté jusqu’aux enquêteurs », ajoute celle qui a publié une enquête complète sur le sujet dans le livre Le Casse du Louvre, dans les coulisses du musée mythique, aux éditions du Seuil.
Elle penche pour « une troisième hypothèse » qui paraît iconoclaste, mais qui fait sens. « Ils ont pu avoir caché ou enterré les bijoux en attendant que ça se calme, quitte à passer plusieurs années en prison », développe-t-elle, ajoutant que des proches des principaux suspects lui ont confié que leur inspiration leur serait venue de Tony Musulin. Le célèbre convoyeur de fonds avait été condamné à cinq années de prison pour un vol simple, sans circonstance aggravante, de 11,6 millions d’euros. La police avait mis la main sur une large partie de ce butin - 9 millions d’euros, laissant une coquette somme de 2,5 millions dans la nature que le condamné aurait -dans un scénario hollywoodien qui n’a jamais pris corps jusqu’à présent- récupérée à sa sortie de prison…
Une telle trame serait-elle crédible pour le casse du siècle au Louvre ? Le fait que les malfaiteurs aient agi ostensiblement sans arme et sans violence plaide pour cette piste. En effet, cette précaution leur permet théoriquement d’éviter les assises… auxquelles ils n’échapperont probablement pas malgré tout, si la circonstance aggravante de "bande organisée", qui leur avait sans doute échappé, est retenue par le juge d’instruction. Le procès du cambriolage du Louvre n’est pas attendu, au plus tôt, avant fin 2027.
Les influenceurs de TikTok ont-ils pu inspirer le cambriolage ?
On se souvient du flot de publications un brin moqueuses qui avait déferlé sur les réseaux sociaux après le casse du Louvre. Une tendance d’autant plus tentante que l’un des suspects avait acquis une petite notoriété sur la toile pour ses vidéos de moto postées sur YouTube sous le pseudonyme de Doudou Cross Bitume. Mais ce que l’on n’imaginait pas, c’est que les contenus des réseaux sociaux auraient eux-mêmes pu donner l’idée d’un cambriolage. Depuis plusieurs années, le Louvre avait développé une stratégie de communication tournée vers le buzz et le grand public, qui était notamment passé par un clip de Beyoncé et Jay-Z tourné durant deux nuits, en toute discrétion, dans le plus grand musée du monde. YouTubeurs et TikTokeurs y étaient régulièrement invités pour filmer des contenus, notamment dans la fameuse galerie d’Apollon, où a eu lieu le casse. Ces vidéos ont-elles pu inspirer les cambrioleurs, et leur permettre de repérer les lieux sans même s’y déplacer ? Rien ne le dit, puisque les suspects assurent avoir répondu à une commande, mais il est possible de s’interroger, d’autant plus que l’un d’eux était un habitué des réseaux sociaux.
De plus, les cambrioleurs sont passés à côté du plus gros diamant des lieux, le Régent, qui vaut à lui seul 41 millions d’euros, soit la moitié du butin emporté. Beaucoup plus facile à transporter et à receler, il pouvait rapporter gros, rien qu’en le cassant pour le revendre en morceaux. Mais il a été tout bonnement ignoré. Il semble donc que les malfrats aient été au courant de la présence de bijoux à cet endroit, mais pas de manière approfondie…


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