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Bernard-Henri Lévy, l’influenceur diplomate

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Bernard-Henri Lévy pose pour un portrait devant les locaux de « La Règle du jeu» dans le 5ème arrondissement de Paris, le mardi 13 octobre 2026. KAMIL ZIHNIOGLU POUR « LE MONDE »

Par Louis Imbert et Claire Gatinois

Publié aujourd’hui à 05h45

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PortraitA 77 ans, l’écrivain publie ses « Mémoires provisoires », sans songer à quitter la scène. Des fronts de guerre aux coulisses du pouvoir, le philosophe conjugue sens du spectacle et diplomatie parallèle. Portrait d’un homme résolu à peser sur l’histoire au nom d’un universalisme militant, mis à l’épreuve par son soutien indéfectible à Israël.

A l’été 2011, Bernard-Henri Lévy s’ennuie. Alors que ses proches se rafraîchissent sur une plage de Provence, le philosophe les observe de loin, confiné dans une voiture blindée, toutes fenêtres fermées, assommé par la chaleur. Aucune sortie n’est autorisée. « BHL » est sous haute protection depuis la publication de Qui a tué Daniel Pearl ? (Grasset, 2003). Dans ce « roman-enquête » devenu un best-seller, il soutient une théorie : le journaliste du Wall Street Journal, enlevé puis décapité à Karachi, au Pakistan, en 2002, aurait été tué parce qu’il en savait trop sur les liens entre les services secrets pakistanais et le chef d’Al-Qaida, Oussama Ben Laden. Juif et défenseur tenace d’Israël, l’écrivain, bête noire des antisémites, est une cible potentielle pour les djihadistes.

Pour passer le temps, il engage la conversation avec ses six gardes du corps. Qui d’autre que lui, demande-t-il, a déjà été classé au « niveau 1 », le degré de menace le plus élevé dans l’échelle de l’Uclat, l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste ? Mieux vaut ne pas savoir, lui dit-on. Il insiste. « Chapour Bakhtiar », finit par lâcher l’un des officiers de sécurité. L’ancien premier ministre iranien en exil avait été assassiné le 6 août 1991 dans sa maison de Suresnes (Hauts-de-Seine), pourtant sous protection policière.

Quinze ans plus tard, en cette mi-octobre, dans son duplex parisien avec vue sur les fenêtres de l’aile Madame de l’Elysée, il raconte cette anecdote d’un ton presque badin. Celui que ses proches appellent « Bernard » bénéficie toujours d’une garde rapprochée lorsqu’il séjourne en France. Mais, à l’heure où sortent ses Mémoires provisoires (Olivier Nora Editions, 864 pages, 28 euros), dans lesquels il narre sa vie rocambolesque à travers ses rencontres – d’Aragon à Deleuze, de François Mitterrand au commandant Massoud, de Nicolas Sarkozy à Sultana, jeune Bangladaise dont il a fait une icône féministe –, ni la mort ni le danger ne semblent le hanter.

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