Sur le papier, avec son sujet brûlant de choc des idéologies et son ancrage inédit dans un petit port norvégien, une nouvelle Palme d’or semblait déjà probable. Cristian Mungiu l’a eue, mais la méritait-il vraiment? En 2007, avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours, l’affaire était incontestable, avec le surgissement d’un nouveau style sidérant pour exorciser le trauma national que fut la dictature communiste de Nicolae Ceaușescu. Deux décennies et seulement quatre films plus tard, celui qui s’est imposé en grand moraliste de notre temps, bousculé au pays par le trublion Radu Jude (N’attendez pas trop de la fin du monde, etc.), s’essaie pour la première fois à un film tourné à l’étranger. Mais comme son compatriote Corneliu Porumboiu avant lui (La Gomera), avec le soupçon que son style ne s’exporte peut-être pas idéalement.
Là où Fjord tombe à pic, c’est pour profiter d’une «heure norvégienne» sonnée par les films de Joachim Trier (Julie en 12 chapitres, Valeur sentimentale) et Dag Johan Haugerud (la Trilogie d’Oslo: Désir, Rêves, Amour). Plutôt qu’à la capitale, nous voici dans une bourgade au fond d’un fjord entouré de montagnes menaçantes. Mais si les dangers du cadre naturel semblent maîtrisés, y compris les avalanches récurrentes, c’est la nature humaine qui pose encore et toujours problème, jusque dans ce coin tranquille où une famille roumano-norvégienne composée par Mihai (Sebastian Stan), Lisbet (Renate Reinsve) et leurs cinq enfants vient de s’installer.


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