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On pensait que les os de saint Pierre reposaient au fond de la nécropole du Vatican : ils attendaient dans l’endroit le moins sacré de toute la basilique

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Imaginez des chercheurs passant une décennie entière à fouiller le sous-sol de l’un des monuments les plus surveillés de la planète, pierre après pierre, dans l’espoir de retrouver les restes d’un homme mort il y a près de deux mille ans. Pendant ce temps, à quelques dizaines de mètres de leur chantier, les ossements qu’ils cherchaient dormaient tranquillement dans une boîte, elle-même posée dans un débarras poussiéreux. Ce scénario, qui ressemble à une intrigue digne d’un roman, s’est pourtant réellement déroulé sous la basilique Saint-Pierre de Rome. Une histoire d’archéologie, de secret et d’orgueil qui a mis près de trente ans à trouver son épilogue officiel, et qui continue aujourd’hui encore de fasciner autant les croyants que les scientifiques.

À retenir

  • Ludwig Kaas, superviseur des fouilles de 1940 à 1949, avait secrètement récupéré des ossements et les avait entreposés dans des boîtes sans jamais rien révéler avant sa mort
  • Margherita Guarducci, première femme à diriger des fouilles au Vatican, a déchiffré le graffiti « Petros eni » et retrouvé en 1965 les ossements dans une réserve des grottes vaticanes
  • Le 26 juin 1968, le pape Paul VI a authentifié ces reliques, appartenant à un homme d’une soixantaine d’années souffrant d’arthrose, compatible avec le profil de Pierre le pêcheur

Sous la basilique, un mystère vieux de dix ans

Tout commence par un hasard de chantier. En 1939, alors que des travaux d’entretien sont menés sous la basilique Saint-Pierre, les ouvriers tombent sur quelque chose d’inattendu : une nécropole romaine entière, oubliée depuis des siècles sous les fondations successives de l’édifice religieux. Ce genre de découverte, dans une ville aussi fouillée que Rome, reste rarissime. Mais ce qui rend cette trouvaille particulièrement explosive, c’est sa localisation exacte : elle se situe précisément à l’endroit où la tradition chrétienne situe depuis toujours la tombe de l’apôtre Pierre, premier pape selon la doctrine catholique.

Cette découverte va déclencher une véritable course archéologique, mais une course menée dans la plus grande discrétion. Car retrouver la dépouille de saint Pierre ne serait pas une simple curiosité historique : ce serait une confirmation matérielle d’un des fondements de l’Église catholique. L’enjeu dépasse largement le cadre scientifique.

Les fouilles de 1939 : quand Pie XII lance les pelles dans les ténèbres

Face à cette découverte inattendue, le pape Pie XII décide de lancer des fouilles secrètes, qui s’étendent de 1940 à 1949. L’objectif est clair : localiser, si elle existe vraiment, la tombe de l’apôtre Pierre. Le chantier est confié à plusieurs équipes, et la supervision générale revient à un prêtre allemand du nom de Ludwig Kaas, chargé de superviser les opérations sans posséder pour autant de réelle formation archéologique.

Les recherches avancent lentement, entre prudence diplomatique et rigueur scientifique. En 1950, un mur baptisé mur du triomphe de Gaïus attire l’attention : il porte des graffitis de pèlerins anciens, gravés au fil des siècles par des visiteurs venus se recueillir. Un indice précieux, presque une preuve indirecte que le lieu était bien considéré comme sacré dès l’Antiquité. Mais problème de taille : lorsque les archéologues ouvrent la fameuse tombe supposée être celle de Pierre, elle est vide. Pas le moindre ossement à l’horizon. Un vrai coup dur pour l’équipe, qui pensait toucher au but après des années d’efforts.

Margherita Guarducci, l’archéologue qui gardait le secret dans une armoire

C’est à ce moment que l’histoire prend un tournant décisif. En 1952, l’archéologue et épigraphiste florentine Margherita Guarducci prend la direction des fouilles, succédant à Ludwig Kaas. Elle devient ainsi la première femme à diriger des recherches archéologiques au Vatican, une position peu commune pour l’époque. Sa spécialité, le déchiffrage des inscriptions anciennes, va s’avérer déterminante : elle parvient à lire un graffiti gravé dans la pierre, Petros eni, que l’on peut traduire par « Pierre est ici ». Une phrase qui relance tous les espoirs.

Guarducci retrouve également une petite boîte décorée de porphyre, insérée dans le fameux mur du triomphe de Gaïus. Mais malgré ces avancées, une question reste sans réponse pendant des années : où sont passés les ossements attendus ? En 1953, un autre ensemble d’os est découvert, apparemment prélevé dans une niche à l’insu des archéologues. Puis, en 1965, Guarducci annonce avoir mis la main, dans une réserve des grottes du Vatican, sur une boîte contenant des ossements retirés de la tombe sans que personne ne l’ait su.

La vérité, bien plus troublante encore, finit par éclater grâce à un simple employé d’entretien de la basilique. Celui-ci révèle que Ludwig Kaas, l’ancien superviseur du chantier, avait discrètement récupéré des ossements trouvés sur le site des années plus tôt, et les avait rangés dans des boîtes, entreposées dans un débarras. Le plus stupéfiant dans cette affaire ? Kaas est resté silencieux pendant toute la durée des recherches, y compris lorsqu’il observait les archéologues chercher activement ces mêmes ossements pendant près d’une décennie. Il est mort sans jamais avoir rien dévoilé de son geste, emportant son secret jusqu’au bout, ou presque, puisque la vérité a fini par ressurgir après sa disparition.

1968 : Paul VI authentifie des ossements retrouvés… dans un placard

Il faudra attendre le 26 juin 1968 pour que l’Église officialise enfin cette découverte hors du commun. Ce jour-là, le pape Paul VI annonce à l’Église et au monde entier l’authenticité attestée des reliques de l’apôtre Pierre. Une annonce solennelle, mûrie après des années d’analyses et de vérifications minutieuses menées notamment par Margherita Guarducci elle-même.

Les examens menés sur les ossements retrouvés dans ce fameux placard révèlent qu’ils appartiennent à un homme d’une soixantaine d’années, souffrant d’arthrose, une pathologie que l’on qualifie parfois de « maladie des pêcheurs » en raison de son lien avec les travaux physiques répétés en milieu humide et froid. Un détail troublant, quand on sait que Pierre était justement pêcheur avant de devenir apôtre.

Malgré la reconnaissance officielle des papes successifs, le parcours de Margherita Guarducci n’a pas été aussi simple qu’on pourrait le croire. Ses travaux ont mystérieusement disparu des guides touristiques de la nécropole vaticane pendant plusieurs décennies, et il faudra attendre les années 1990 pour qu’ils y réapparaissent enfin, remettant en lumière le rôle essentiel de cette archéologue dans l’une des découvertes les plus singulières de l’histoire religieuse moderne.

Cette histoire, entre rigueur scientifique et secrets bien gardés, illustre à quel point l’archéologie peut parfois ressembler à une enquête policière, où la vérité se cache moins dans le sol que dans les silences des hommes. Alors que les Scavi du Vatican continuent d’accueillir des visiteurs curieux d’en apprendre davantage sur cette aventure hors norme, on peut légitimement se demander combien d’autres découvertes archéologiques majeures attendent encore, quelque part, au fond d’un placard oublié.

Source :

Margherita Guarducci — Wikipédia (biographie et rôle dans les fouilles du Vatican) — https://en.wikipedia.org/wiki/Margherita_Guarducci

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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