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On pensait que la pluie finissait dans nos rivières et nos nappes : en France, 60 % de l’eau qui tombe du ciel y remonte avant même d’avoir coulé

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Sur 503 milliards de m³ d’eau apportés chaque année par la pluie et la neige en France hexagonale, 314 milliards repartent dans l’atmosphère. Cela représente 60 % du total, selon Eaufrance, le service public d’information sur l’eau.

Six gouttes sur dix ne coulent donc jamais.

La pluie de mercredi tombe à l’heure où la recharge des nappes s’amorce, comme chaque automne. Une partie de ces gouttes s’infiltrera dans les sols, une autre ruissellera vers les rivières. Mais la plus grosse part, si l’on suit la moyenne nationale, rejoindra le ciel par évaporation, celle du sol comme celle de la végétation.

À retenir

  • 314 milliards de m³ d’eau sur 503 s’évaporent chaque année en France
  • 120 milliards s’infiltrent dans les sols et 80 milliards ruissellent directement vers les rivières
  • L’évapotranspiration a augmenté de 17 % entre 1970 et 2021

Sommaire

  1. Six gouttes sur dix reprennent le chemin du ciel
  2. 200 milliards de m³ à répartir entre sous-sol, rivières et mer
  3. 503 ou 512 milliards : pourquoi deux chiffres circulent
  4. Ce que la pluie de mercredi change dans la ressource

Six gouttes sur dix reprennent le chemin du ciel

Le volume de 314 milliards de m³ désigne l’eau qui retourne dans l’atmosphère, depuis le sol comme depuis les plantes. Pour en mesurer l’ampleur, un calcul d’ordre de grandeur suffit : 1 millimètre de pluie correspond à 1 litre par mètre carré, ce qui donne environ 544 millions de m³ sur l’Hexagone (en retenant une superficie proche de 544 000 km²). À ce tarif, les 314 milliards de m³ évaporés équivalent à quelque 577 millimètres de pluie. Les 6 milliards de m³ consommés ou évaporés par les activités humaines tiennent, eux, dans une dizaine de millimètres.

Le rapport entre les deux flux dépasse 50.

Rapporté à une journée moyenne, le total de 503 milliards de m³ représente environ 1,4 milliard de m³ de pluie et de neige par jour, soit près de 2,5 mm sur l’ensemble du pays. Près de 0,9 milliard de m³ de ce volume quotidien repart vers l’atmosphère. Le ministère de la Transition écologique appelle pluie efficace les 40 % restants, c’est-à-dire l’eau qui rejoint le sol et participe aux écoulements comme à l’alimentation des nappes.

Le terme technique est évapotranspiration : il additionne l’eau évaporée depuis le sol et celle que rejettent les plantes, et c’est sous ce mot que sont comptabilisés ces 60 %.

200 milliards de m³ à répartir entre sous-sol, rivières et mer

Une fois l’évaporation retranchée, et en ajoutant les 11 milliards de m³ venus des pays voisins par les cours d’eau, il reste environ 200 milliards de m³ à répartir. D’après Eaufrance, 120 milliards s’infiltrent dans les sols et 80 milliards ruissellent, soit pour les nappes une fois et demie le volume qui file directement vers les cours d’eau.

Ces 120 milliards ne s’enterrent pas pour de bon : selon une réponse ministérielle à l’Assemblée nationale, l’eau infiltrée renouvelle les réserves souterraines avant de rejoindre les eaux de surface en alimentant les sources. Au bout du parcours, 176 milliards de m³ s’écoulent vers la mer et 18 milliards sortent du territoire. Ces 18 milliards représentent trois fois ce que les activités humaines consomment.

Mis côte à côte, les 6 milliards de m³ consommés ou évaporés par les activités humaines représentent 5 % des seuls 120 milliards qui s’infiltrent. Face aux 503 milliards apportés par le ciel, la part tombe à un peu plus de 1 %.

503 ou 512 milliards : pourquoi deux chiffres circulent

Le ministère de la Transition écologique, sur son portail notre-environnement.gouv.fr, retient 512 milliards de m³ par an, soit 932 mm en moyenne, pour la période 1981-2010. Eaufrance affiche 503 milliards. L’écart, de 9 milliards de m³ (moins de 2 %), s’explique très probablement par la période de référence : une moyenne varie selon les années qu’on y inclut, et la page d’Eaufrance ne précise pas ici la sienne. Le ministère relève d’ailleurs que 1990-2018 est plus sèche que la normale 1981-2010, avec seulement un tiers des années plus pluvieuses.

Le calcul par millimètre permet de recouper : 503 milliards de m³ répartis sur environ 544 000 km² donnent autour de 925 mm, tout près des 932 mm du ministère, même si la superficie retenue n’est qu’un ordre de grandeur. Ces volumes se déduisent de relevés : les pluviomètres mesurent la hauteur de pluie, les radars localisent les précipitations en temps réel. L’observation est assurée par Météo-France, qui collecte les données sur un réseau de stations et auprès d’observateurs bénévoles.

Record annuel à Sewen (Haut-Rhin) : 2 282 mm, soit 2,4 fois la moyenne.

Ce que la pluie de mercredi change dans la ressource

Le ministère fait commencer l’année hydrologique en septembre. Ses volumes annuels courent du 1er septembre au 31 août. La recharge des nappes s’amorce à l’automne, quand les réserves sortent de l’été. Chaque épisode pluvieux d’octobre s’inscrit donc dans un bilan qui vient à peine de redémarrer.

L’année hydrologique 2018 montre que la part de 40 % n’a rien de fixe : avec 552 milliards de m³ de précipitations, au-dessus de la normale, les pluies efficaces ont dépassé la normale de 25 %. Près de 8 % de pluie en plus ont donc produit 25 % d’eau utile en plus. Sur 2007-2018, cette année se classe 4e au-dessus de la normale pour les précipitations totales et 3e pour les pluies efficaces, derrière 2013 et 2014.

Pour suivre la recharge au fil des semaines, Eaufrance propose un état de la situation quantitative des ressources en eau, avec la pluviométrie, le débit des cours d’eau, le niveau des nappes, le remplissage des barrages et les assecs.

Reste une inconnue : l’évaporation elle-même bouge. Dans un rapport sur la politique de l’eau, le Sénat relève une hausse de l’évapotranspiration de l’ordre de 17 % sur 1970-2021. Le même document juge faible, et de signe incertain, l’évolution du cumul annuel de précipitations à l’horizon 2050.

Sources : notre-environnement.gouv.fr | actualitix.com

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