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On pensait que la NASA pouvait compter sur SpaceX pour envoyer ses astronautes vers l’ISS : l’entreprise d’Elon Musk vient de lui annoncer que ce confort avait une date de fin

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Il y a des divorces qui arrivent au pire moment possible. Dans le secteur spatial américain, celui qui se profile actuellement entre la NASA et son partenaire historique ressemble fort à ce genre de rupture mal calculée. Alors que l’agence spatiale américaine s’apprêtait tranquillement à profiter d’un vaisseau fiable pour transporter ses astronautes vers la Station spatiale internationale, SpaceX vient de lui annoncer que ce confort avait une date d’expiration. Une décision qui, mécaniquement, pousse la NASA dans les bras du seul autre acteur capable, sur le papier, de prendre le relais : Boeing. Le problème, c’est que ce dernier traîne derrière lui un passif embarrassant, celui d’avoir laissé deux de ses astronautes coincés en orbite pendant plusieurs mois. Retour sur un rebondissement qui a de quoi inquiéter les amateurs de conquête spatiale.

À retenir

  • SpaceX a annoncé le retrait programmé de Crew Dragon, malgré 13 missions habitées réussies sans échec, bien qu’un contrat de 946 millions de dollars prolonge son activité jusqu’en 2030
  • Le Starliner de Boeing, seule alternative américaine, a connu un vol test défaillant en 2024 ayant bloqué deux astronautes neuf mois sur l’ISS, pour des pertes dépassant 2 milliards de dollars
  • La fusée Atlas V utilisée par Starliner sera bientôt retirée par ULA, obligeant Boeing à certifier son vaisseau sur un nouveau lanceur avant de pouvoir assurer de futures missions habitées

Crew Dragon, la capsule qui n’aurait jamais dû s’arrêter

Difficile de trouver meilleur élève dans la classe des vaisseaux habités américains. Depuis sa mise en service, Crew Dragon a enchaîné treize missions habitées vers l’ISS sans le moindre échec, une régularité presque monotone à force d’être irréprochable. C’est justement cette réussite qui rend l’annonce de son retrait aussi déstabilisante : SpaceX ne se débarrasse pas d’un vaisseau défaillant, mais d’un outil qui fonctionne. La NASA a bien tenté de gagner du temps en attribuant à SpaceX un contrat de 946 millions de dollars pour trois missions supplémentaires, ce qui devrait maintenir Crew Dragon en activité jusqu’en 2030. Mais ce sursis ne change rien au fond du problème : à terme, la capsule s’en va, que la NASA soit prête ou non à assumer la relève.

Starliner : l’histoire d’un vaisseau qui coûte plus cher qu’il ne vole

Face à ce vide annoncé, une seule capsule américaine reste candidate au poste : le Starliner de Boeing. Sur le papier, c’est une alternative logique. Dans les faits, c’est surtout le symbole d’un fiasco industriel à répétition. Son vol test habité, en juin 2024, a viré au casse-tête technique avec des fuites d’hélium et des dysfonctionnements de propulseurs, empêchant le retour des astronautes Sunita Williams et Barry Wilmore initialement prévu après huit jours seulement. Résultat : les deux astronautes sont restés bloqués neuf mois sur l’ISS avant de rentrer, non pas à bord de leur vaisseau d’origine, mais grâce à… un Crew Dragon. L’ironie est difficile à ignorer. Sur le plan financier, l’addition est tout aussi salée : les pertes de Boeing sur ce programme dépassent désormais les 2 milliards de dollars, et la NASA a fini par dépenser davantage sur ce vaisseau capricieux que sur son concurrent, pourtant bien plus performant.

Atlas V s’éteint, et Boeing perd sa fusée avant même de voler

Comme si les déboires techniques ne suffisaient pas, un autre problème vient compliquer l’équation : Starliner décolle actuellement sur la fusée Atlas V, produite par United Launch Alliance. Or, ULA prévoit de retirer ce lanceur une fois les six exemplaires restants épuisés, tous d’ailleurs déjà réservés aux vols de Starliner. Autrement dit, même si Boeing parvenait à stabiliser son vaisseau, il devra rapidement le certifier sur une nouvelle fusée, une étape supplémentaire, coûteuse et incertaine, qui vient s’ajouter à une liste de défis déjà longue. En février, la NASA affichait pourtant un optimisme mesuré, évoquant des progrès et visant un vol non habité baptisé Starliner-1 pour le mois d’avril. Ce vol n’a finalement pas eu lieu, et le calendrier reste, selon les mots de l’agence elle-même, en révision. Une formule polie pour dire que personne, pour l’instant, ne sait vraiment quand ce vaisseau redécollera.

Le pari risqué de la NASA : miser sur celui qui a déjà échoué

C’est là que la situation devient réellement intéressante, voire un peu vertigineuse. Selon les informations disponibles, la NASA devrait prochainement commander deux missions habitées supplémentaires avec Starliner, tout en finançant en partie la réparation des propulseurs défaillants et en soutenant la certification du vaisseau sur une nouvelle fusée. Si le vol Starliner-1 finit par réussir, cinq vols habités supplémentaires seraient alors autorisés. Gwynne Shotwell, la PDG de SpaceX, a d’ailleurs elle-même reconnu que Boeing devrait pouvoir utiliser son vaisseau, financé par des fonds publics. Une manière élégante de rappeler que la concurrence n’exclut pas une certaine solidarité, surtout quand l’enjeu dépasse les intérêts d’une seule entreprise. Car en l’état actuel des choses, Starliner reste la seule alternative viable à Crew Dragon pour maintenir une présence habitée américaine en orbite basse, ce qui transforme un simple pari industriel en question de souveraineté spatiale.

En annonçant le retrait programmé de Crew Dragon, SpaceX a ainsi involontairement tendu une perche à Boeing, celle d’un rôle que ce dernier n’était pourtant pas parvenu à assumer jusqu’ici. Reste à savoir si Starliner saura enfin voler à la hauteur des attentes qu’on lui impose, ou si la NASA devra, une nouvelle fois, chercher une solution de rechange dans l’urgence. Une chose est sûre : dans cette histoire de vaisseaux spatiaux, la fiabilité ne se décrète pas, elle se prouve vol après vol.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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