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On pensait qu’une mine abandonnée du jour au lendemain finissait par se taire : le rapport commandé par son ancien exploitant dit tout autre chose

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Trente-sept ans après l’arrêt brutal de son exploitation, la mine de Panguna continue de déverser ses poisons dans le paysage de Bougainville. C’est la conclusion sans détour du rapport d’évaluation indépendant commandé par Rio Tinto lui-même et publié en décembre 2024 : loin de s’être apaisée avec le temps, la contamination s’aggrave, les digues de résidus menacent de céder, et des dizaines de milliers de personnes vivent aujourd’hui avec des risques que l’ancien exploitant qualifie lui-même de vitaux.

À retenir

  • Un milliard de tonnes de résidus miniers transforment toujours une rivière vivante en plaine de boue toxique
  • Les digues datant des années 1970 menacent de céder sous la pression : un danger imminent pour des dizaines de milliers de personnes
  • Trente-sept ans après le départ des ingénieurs, le chlore industriel rouille à ciel ouvert et les contaminations s’aggravent

Sommaire

  1. Un milliard de tonnes de boue dans la rivière Jaba
  2. Ce que révèle vraiment le rapport Tetra Tech Coffey
  3. Rio Tinto sous pression, entre promesses et procès

Un milliard de tonnes de boue dans la rivière Jaba

L’histoire commence en 1972, quand Bougainville Copper, filiale de Rio Tinto, ouvre l’un des plus grands gisements de cuivre et d’or au monde sur cette île de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Pendant dix-sept ans, l’exploitation tourne à plein régime, sans jamais traiter correctement ses déchets. Près d’un milliard de tonnes de résidus miniers ont été déversées directement dans les rivières Jaba et Kawerong pendant l’exploitation de la mine de Panguna entre 1972 et 1989. Le lit de la rivière s’est littéralement exhaussé sous le poids des sédiments, transformant un cours d’eau autrefois vivant en une plaine de boue métallique s’étendant sur des kilomètres.

En 1989, la colère locale explose. Un soulèvement des populations locales contre cette destruction environnementale et les inégalités dans la répartition des profits de la mine force l’arrêt de l’exploitation et déclenche une guerre civile brutale d’une décennie. Le conflit fera près de 20 000 morts, selon plusieurs estimations reprises par la presse spécialisée. Rio Tinto quitte le site du jour au lendemain, sans plan de fermeture, sans démantèlement, sans surveillance. Et c’est bien là que le récit habituel des mines abandonnées vole en éclats : on imagine souvent qu’un site à l’arrêt cesse progressivement de nuire. Panguna prouve l’inverse.

Ce que révèle vraiment le rapport Tetra Tech Coffey

Rio Tinto a fini par accepter de financer une évaluation indépendante, sous la pression d’une plainte pour atteinte aux droits humains déposée par des habitants de Bougainville. En 2021, en réponse à une plainte déposée par 170 membres de la communauté locale, représentés par le Human Rights Law Centre, Rio Tinto a accepté de financer une évaluation indépendante des impacts humains et environnementaux de la mine de Panguna. Deux ans d’enquête de terrain, confiée au cabinet Tetra Tech Coffey, ont abouti à un rapport publié en décembre 2024, présenté comme la plus vaste étude jamais menée sur le sujet à Bougainville.

Le constat est sans appel. L’enquête indépendante révèle des impacts considérables causés par la mine de Panguna, notamment des risques imminents et potentiellement mortels liés à l’effondrement de la fosse minière, des digues et des infrastructures, ainsi qu’une contamination continue de la rivière Jaba-Kawerong et une migration des déchets vers de nouvelles zones. Concrètement, cela signifie que les levées et digues construites il y a un demi-siècle, sans entretien depuis 1989, continuent de céder du terrain face à la pression des sédiments accumulés.

Le rapport ne se limite pas à des généralités. Certaines zones de la rivière Kawerong-Jaba présentent un danger accru pour les personnes qui la traversent, à cause des sables mouvants et des lits instables créés par les résidus. Traverser une rivière, geste anodin pour tant de communautés rurales, devient ici un pari risqué. Autre point préoccupant : les résidus dans le système fluvial Kawerong-Jaba ont modifié le régime des crues dans plusieurs cours d’eau, affectant les sources d’eau des populations locales. Quant à l’eau potable, les échantillons prélevés dans les communautés ne présentent pas de risque sanitaire lié aux produits chimiques ou métaux issus de la mine, sauf lorsqu’elle provient directement de la fosse minière ou de la rivière Jaba-Kawerong.

Les experts pointent aussi des dangers moins visibles mais tout aussi sérieux : d’anciennes installations chimiques abandonnées depuis des décennies. Des cylindres de chlore présents sur l’ancienne station d’épuration et sur un entrepôt de stockage chimique pourraient libérer du gaz toxique, avec un impact potentiel sur le droit à la vie des populations voisines. Trente-sept ans après le départ des ingénieurs, du chlore industriel rouille toujours à ciel ouvert. Le rapport formule au total 24 recommandations, allant de la sécurisation urgente des infrastructures à des investigations complémentaires sur les zones encore mal comprises.

Rio Tinto sous pression, entre promesses et procès

La publication du rapport a immédiatement relancé les appels à réparation. Kellie Parker, dirigeante de Rio Tinto Australie, a reconnu l’ampleur du travail réalisé, évoquant « l’évaluation la plus complète des impacts environnementaux et des droits humains associés à la mine de Panguna depuis 1989, année où la guerre civile a forcé l’arrêt des opérations ». Des mots forts, mais qui tardent à se traduire en actes concrets pour les riverains.

Sur le plan judiciaire, la situation reste tendue. Une action collective a été engagée devant la justice papouasienne en 2024 contre Rio Tinto et Bougainville Copper. En septembre 2025, la Cour nationale a rejeté l’affaire dans son intégralité, et un appel de cette décision a été déposé devant la Cour suprême de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Rio Tinto, de son côté, a annoncé qu’il continuerait à défendre fermement sa position dans cette procédure. Parallèlement, un mécanisme de dialogue a été mis en place. Rio Tinto, Bougainville Copper Limited et le gouvernement autonome de Bougainville ont signé un protocole d’accord pour former une table ronde chargée de traiter les conclusions de l’évaluation.

Sur le terrain, les travaux d’urgence ont commencé sur certaines infrastructures vieillissantes jugées les plus dangereuses, en parallèle d’un projet d’accès à l’eau potable et à l’assainissement mené avec le gouvernement autonome de Bougainville. Mais le calendrier reste flou, et les habitants, eux, continuent de vivre au bord d’une rivière qui n’a jamais cessé de charrier les déchets d’une mine fermée depuis près de quatre décennies. Le cas Panguna rappelle une réalité que peu de législations minières intègrent encore correctement : une fosse et des digues de résidus ne s’arrêtent pas de fonctionner parce que les machines se sont tues. Sans entretien, elles continuent leur travail de destruction, silencieusement, pendant des générations.

Sources : hrlc.org.au | mining.com

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