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On pensait qu’aucune plante ne pouvait vivre sans lumière : la plus grande fleur du monde a perdu jusqu’au dernier des gènes qui lui servaient à la capter

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Plus d’un mètre de diamètre, plus de 9 kg selon JSTOR, la taille d’une roue : la fleur de Rafflesia arnoldii détient le record de la plus grande fleur isolée du monde. Pourtant, cette plante n’a plus aucun gène chloroplastique reconnaissable, ceux qui participent à la photosynthèse chez les autres végétaux.

Le reste de la plante, lui, demeure invisible.

À retenir

  • La fleur de Rafflesia arnoldii peut dépasser un mètre de diamètre et peser plus de 9 kg.
  • Rafflesia n’a plus aucun gène chloroplastique reconnaissable, contrairement aux autres plantes à fleurs.
  • Jusqu’à 50 % du génome mitochondrial de la fleur provient de sa liane hôte, Tetrastigma.
  • Seules deux plantes connues ont totalement perdu leur génome chloroplastique, dont Rafflesia.

Sommaire

  1. Une fleur sans plante autour
  2. Le génome qui a disparu
  3. Un génome rempli d’emprunts à la liane
  4. Où s’arrête une plante ?

Une fleur sans plante autour

Pas de racine, pas de tige, pas de feuille. Ce que Harvard Magazine décrit comme le corps de Rafflesia est un tissu de filaments, logé dans une liane du genre Tetrastigma. Il ne sort à l’air libre que pour fleurir, avec une corolle de plus de 3 pieds, soit environ 1 mètre.

Britannica situe l’espèce dans les montagnes boisées de Sumatra et de Bornéo, où sa fleur charnue à cinq lobes dégage une odeur de chair en décomposition qui attire les mouches nécrophages. La floraison dure environ une semaine, d’après Harvard Magazine.

L’hôte est une liane tropicale de la famille de la vigne. Rafflesia est un holoparasite : elle tire de cette liane l’intégralité de sa nourriture et ne fabrique aucune feuille pour la remplacer. Une étude de 2012 souligne d’ailleurs que ces parasites ne s’attaquent qu’à un petit nombre d’espèces de Tetrastigma.

Le génome qui a disparu

Un chloroplaste abrite, chez une plante ordinaire, un petit génome dont une bonne part sert à la photosynthèse. Chez Rafflesia lagascae, une équipe a séquencé l’ADN d’un bouton détaché de sa liane et n’a retrouvé que des bribes de gènes plastidiaux, soit moins de 10 % de ce qu’on attend d’une plante photosynthétique. Aucune de ces bribes ne possédait de cadre de lecture intact, ce qui les rend probablement inutilisables. Le même séquençage avait pourtant permis d’assembler un brouillon du génome mitochondrial, bien plus volumineux.

Les auteurs, eux, parlaient prudemment d’une perte « possible ».

Les fragments touchaient à des gènes de photosynthèse et de production d’énergie, dont rbcL, ainsi qu’à des gènes ribosomiques. Environ 33 % d’entre eux pourraient venir de Tetrastigma, les autres ayant une origine ambiguë.

La prudence a pesé moins lourd avec le temps. Une étude sur les graines, publiée en 2025 dans Plants, People, Planet, présente Rafflesia comme l’une des deux seules plantes connues à avoir totalement perdu son génome chloroplastique. Selon Quanta Magazine, les seuls autres organismes cités pour s’en être débarrassés sont des algues unicellulaires du genre Polytomella, qui ont renoncé à la photosynthèse pour absorber leur nourriture dans l’eau.

Un génome rempli d’emprunts à la liane

Les travaux de l’équipe de Davis, racontés par Harvard Magazine en 2017, donnent des proportions : de 2 à 3 % du génome nucléaire exprimé de la fleur viennent de l’hôte, et jusqu’à 50 % du génome mitochondrial. Ce dernier chiffre est un maximum cité par l’article, pas une moyenne.

Ce transfert horizontal, un gène qui passe d’une espèce à l’autre sans filiation, est jugé exceptionnellement rare en dehors des bactéries, rappelle Quanta Magazine. Dès 2012, une étude parue dans BMC Genomics sur Rafflesia cantleyi, dont les fleurs mesurent 50 cm de diamètre, avait compté 49 gènes d’origine hôte, soit 2 % du transcriptome. Leurs fonctions vont de la respiration au métabolisme, et certains ont remplacé l’activité des gènes propres au parasite. Autre donnée qui frappe : l’hôte et le parasite sont séparés par au moins 115 millions d’années d’évolution.

Une étude de 2021, menée par Cai et ses collègues, a comparé les restes de ce génome aux génomes de 10 types de lianes candidates à l’hébergement. Elle suggère que les gènes d’origine hôte pourraient compenser ceux que le parasite a perdus. Elle montre aussi que l’association entre Rafflesia et Tetrastigma précède l’apparition de Tetrastigma lui-même, ce qui laisse penser que d’autres lianes de la même famille ont déjà servi d’hôtes.

Où s’arrête une plante ?

La presse scientifique s’est demandé quand une plante cesse d’être une plante.

Le parasitisme est apparu au moins 12 fois, de façon indépendante, chez les plantes à fleurs, et concerne environ 1 % d’entre elles. Les hémiparasites, qui gardent une part de photosynthèse, conservent une bonne part de leur génome chloroplastique. Rafflesia a poussé la logique plus loin que presque toutes les autres, jusqu’à confier sa nutrition, et une partie de son ADN, à une liane.

Le genre compte environ 42 espèces, selon Britannica, et la plupart sont jugées rares et vulnérables, en raison de la perte de leur habitat forestier et de la récolte illégale. L’étude de 2025 sur le transcriptome des graines part d’un constat : mieux connaître la biologie des graines est un préalable pour en améliorer la culture et protéger ces fleurs.

Sources : nph.onlinelibrary.wiley.com | academia.edu

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