Sur Hirta, l’île principale de l’archipel de Saint-Kilda, un village de pierre n’a plus un seul habitant depuis le 29 août 1930. Ce jour-là, les 36 derniers insulaires ont été évacués après avoir voté leur départ, leur mode de vie n’étant plus tenable. Selon le National Trust for Scotland, propriétaire du site, une communauté avait occupé ces îles pendant au moins 4 000 ans.
Ils ont voté, puis ils sont partis.
À retenir
- Les 36 derniers habitants de Hirta ont été évacués le 29 août 1930 après un vote.
- La communauté occupait l’archipel depuis au moins 4 000 ans.
- Plus de 1 400 petites constructions de pierre, les cleitean, subsistent sur le site.
Sommaire
Quatre millénaires suspendus aux oiseaux
Tenir 4 000 ans sur un archipel aussi isolé suppose une ressource fiable, renouvelable, à portée de main. Pour les Saint-Kildiens, elle avait des ailes. La communauté exploitait les colonies denses de fous de Bassan, de fulmars et de macareux, pour la nourriture, les plumes et l’huile. À raison de 30 ans par génération, cela représente environ 130 générations qui se sont succédé sur les mêmes rochers, un calcul approximatif mais qui donne le vertige.
Les oiseaux, eux, n’ont pas bougé : près d’un million d’oiseaux marins peuplent l’archipel, dont la plus grande colonie de macareux du Royaume-Uni. Rapporté aux 36 derniers insulaires, cela donne environ 27 000 oiseaux par habitant, un chiffre grossier puisque le million lui-même est une approximation.
Notre propre quotidien repose sur des dizaines de chaînes d’approvisionnement : supermarché, réseau électrique, station-service. Sur Hirta, d’après la description du National Trust for Scotland, la nourriture, les plumes et l’huile venaient des mêmes colonies. Une économie aussi concentrée laissait probablement peu de marge dès que quelque chose venait dérégler la mécanique.
Un vote, pas une expulsion
Tout part d’une lettre. Datée du 10 mai 1930, elle demandait à quitter l’île, rappelle le National Trust for Scotland dans son récit du 90e anniversaire. Peu après, George Henderson, inspecteur de la santé publique, s’est rendu sur place et a rapporté qu’il fallait agir vite. Le 29 août, les 36 derniers habitants de Hirta étaient évacués, au terme d’un été consacré à préparer le départ.
La formule du National Trust for Scotland reste sobre : leur mode de vie n’était plus tenable. Elle ne détaille pas les causes, et il serait imprudent de les reconstituer à sa place.
36 personnes, c’est à peine une classe de collège bien remplie. Si chacune a pris part au vote, chaque voix pesait près de 3 % du total. C’est cette petite assemblée qui a décidé de clore une occupation vieille de 4 000 ans.
Un vote change le sens de l’histoire. Une évacuation subie laisse des ruines, une décision collective laisse une volonté. L’abandon de Saint-Kilda est d’ailleurs parfois décrit comme l’une des rares fins de communauté intervenues de façon volontaire. Pour un lecteur français, la scène évoque moins un exode qu’un conseil municipal votant la fermeture de sa propre école. Le National Trust for Scotland hérite ainsi d’un lieu quitté après un scrutin, pas à la suite d’un ordre.
Un plan de village et plus de 1 400 entrepôts
Le plan du village du XIXe siècle, lui, a survécu.
Autour des maisons, une autre architecture raconte la vie quotidienne : de petites constructions de pierre, les « cleitean », où l’on rangeait vivres et combustible. Au singulier, on dit un « cleit ».
Plus de 1 400 existent encore, jusque sur les aiguilles rocheuses.
Rapporté aux 36 derniers habitants, cela fait près de 39 de ces entrepôts par personne, même s’ils se sont accumulés sur des siècles. Les trouver sur des pointes rocheuses suggère que l’on stockait au plus près de la récolte, probablement pour limiter les portages vers le village. Cette lecture reste une hypothèse, le National Trust for Scotland se contentant de décrire leur usage, vivres et combustible. L’équivalent moderne serait un garde-manger et un bûcher posés à chaque endroit où l’on va chercher ses provisions.
Le site a aussi une valeur d’archive. Dans un récit de 2022 sur ses travaux de conservation, le National Trust for Scotland présente 1930 comme le moment où le paysage culturel s’est figé, le cycle millénaire de construction, de réparation et de modification s’étant brisé. Il y cite le cleit 85, que ses archives suggèrent n’avoir jamais été réparé, ce qui rend probable une structure authentiquement saint-kildienne. Ce cleit pourrait aussi renseigner sur un établissement plus ancien, et son lien avec Lady Grange permet de croiser archives écrites, tradition orale et archéologie. Les pierres ne sont donc pas qu’un décor : elles servent encore à travailler.
Un troglodyte, une souris hors norme et deux fois l’UNESCO
Les nouveaux occupants ont leurs particularités. L’île abrite un troglodyte qui lui est propre et une souris deux fois plus grosse qu’un mulot. Ils partagent le territoire avec les colonies d’oiseaux marins, qui dominent largement l’inventaire.
Que des espèces singulières subsistent dans un lieu aussi reculé n’a rien d’étonnant. Les biologistes l’observent régulièrement sur les îles lointaines, où l’isolement coupe les populations animales de leurs cousines du continent. Avec le temps, elles divergent, parfois par la taille, parfois par l’apparence. La souris de Saint-Kilda en est un exemple parlant.
Saint-Kilda est le seul site du Royaume-Uni inscrit deux fois au patrimoine mondial de l’UNESCO, pour la nature et pour la culture, et l’un des 39 dans le monde. Les îles sont aujourd’hui inhabitées. Les visiteurs peuvent s’y rendre par la mer, à condition d’affronter la météo, selon le National Trust for Scotland.
Source : kids.kiddle.co


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