Pendant près de 40 ans, la frontière entre les deux Allemagnes a été une bande où l’on ne cultivait rien, où l’on ne construisait rien et que personne ne traversait. Cette interdiction, pensée pour des raisons militaires, a produit l’inverse d’un désert. Selon l’Office fédéral de la protection de la nature (BfN), ce couloir abrite aujourd’hui plus de 1 200 espèces animales et végétales menacées.
Son nom, « Grünes Band », littéralement la ceinture verte, date de 1989.
À retenir
- La bande interdite entre l’Allemagne de l’Est et de l’Ouest a abrité 1 200 espèces menacées entre 1952 et 1989
- En 2012, 63,3% de la surface du Grünes Band était occupée par des biotopes menacés
- Le Grünes Band s’étend sur 12 500 km à travers 24 pays le long de l’ancien rideau de fer
Sommaire
Une bande interdite, donc épargnée par la charrue
De 1952 à 1989, la frontière interallemande est une bande déboisée, minée, interdite. Les gardes-frontières y patrouillent, mais personne d’autre ne la cultive ni ne la traverse. L’intention était militaire : verrouiller une limite, pas préserver quoi que ce soit. Autour de cette bande, pendant ce temps, le reste du pays continuait de se cultiver, de se bâtir et de se découper en parcelles.
Le BfN a mesuré ce que cette mise sous cloche a produit. En 2012, 63,3 % de la surface du Grünes Band étaient occupés par des biotopes menacés, soit près des deux tiers du ruban.
Une seule photo suffit à résumer le paradoxe : une bande de lande, et le chemin de patrouille en dalles de béton qui la traverse. Le béton date de l’époque où la bande servait à surveiller. La lande, elle, montre ce qui s’installe quand la surveillance cesse, et c’est sur ce décor que le BfN recense plus de 1 200 espèces menacées.
1989 : des naturalistes baptisent la ceinture verte
Après la chute du Mur, des naturalistes de l’Est et de l’Ouest se mettent d’accord sur un nom, en 1989 : « Grünes Band ». Le choix de « ceinture » a du poids, car on ne baptise pas ainsi un simple reste de frontière. Le mot désigne un couloir continu, donc un milieu qui se pense d’un seul tenant, et non une collection de parcelles isolées. Trente-sept ans plus tard, c’est encore sous ce nom que le BfN tient son inventaire.
1 100 km sont déjà protégés comme « monument naturel national ».
Cela représente à peu près la distance Paris-Berlin par la route. Le statut de monument naturel national s’applique à un tracé qui était, il y a moins de 40 ans, défendu par des miradors et des barbelés. On retient du rideau de fer ces deux objets, et le BfN y compte 1 200 espèces menacées.
Le vocabulaire a changé de camp, lui aussi. « Rideau de fer » disait la séparation. « Ceinture verte » dit la continuité, et c’est celle que les naturalistes de 1989 voulaient faire entendre.
Des milliers de kilomètres, de la mer de Barents à la mer Noire
À l’échelle de l’Europe, la ceinture verte suit l’ancien rideau de fer sur plus de 12 500 km et 24 pays, de la mer de Barents à la mer Noire. C’est plus de trois fois la longueur d’un Tour de France, ou près du tiers du tour de la Terre.
L’European Green Belt Association décrit cette logique en une formule : la zone frontalière a accordé une pause à la nature. Le mécanisme observé en Allemagne n’a donc rien d’un accident local. Il s’est répété partout où une frontière fortifiée a écarté les chantiers, les cultures et les routes.
Le Grünes Band allemand n’en est que l’un des tronçons.
Reste une précision de méthode, utile à qui voudrait citer ces chiffres : les 63,3 % de biotopes menacés datent de 2012, alors que les 1 100 km de monument naturel national décrivent l’état actuel de la protection. Quant au chiffre de plus de 1 200 espèces menacées, c’est celui que le BfN avance pour le Grünes Band. Il a de quoi faire réfléchir devant les dalles de béton d’un ancien chemin de patrouille, là où la lande a repris la place des gardes-frontières.
Sources : euronatur.org | europeangreenbelt.org


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