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Le Canada a creusé sous un village de l’Ontario un abri de 9 300 m² en 1961 : ses quatre niveaux n’ont jamais vu arriver ceux qu’ils attendaient

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Imaginez un instant que quelque part sous vos pieds, à l’abri des regards, un immense réseau de couloirs bétonnés ait été conçu pour accueillir l’élite gouvernementale d’un pays entier en cas d’apocalypse nucléaire. Ce n’est pas le scénario d’un film hollywoodien, mais bien une réalité canadienne, enfouie sous les champs paisibles d’un petit village ontarien. Pendant plus de trente ans, cette forteresse souterraine a attendu une menace qui, heureusement, n’est jamais venue frapper à sa porte blindée. Retour sur l’histoire fascinante d’un lieu qui incarne à lui seul toutes les angoisses de la Guerre froide.

À retenir

  • Construit entre 1959 et 1961 à Carp, près d'Ottawa, le Diefenbunker devait permettre au gouvernement canadien de survivre à une attaque nucléaire.
  • Ses quatre niveaux pouvaient accueillir 535 personnes pendant 30 jours en autonomie, avec salle de guerre, équipements médicaux et suite du Premier ministre.
  • Resté en service jusqu'en 1994 sans jamais être activé pour une véritable attaque, le site est devenu un musée national dédié à la Guerre froide.

En pleine guerre froide, Ottawa creuse son assurance-vie souterraine

À la fin des années 1950, le monde retient son souffle. Les tensions entre les blocs de l’Est et de l’Ouest atteignent un point critique, et chaque pays occidental cherche à se préparer au pire. Le Canada ne fait pas exception : entre 1959 et 1961, le gouvernement fédéral fait construire un abri antiatomique colossal à Carp, un village tranquille situé à seulement une trentaine de kilomètres à l’ouest d’Ottawa. Le choix de cet emplacement n’a rien d’un hasard, puisque la localité offre une distance d’évacuation idéale depuis la capitale, tout en bénéficiant de conditions géologiques particulièrement favorables pour absorber d’éventuelles ondes de choc.

Ce projet titanesque portera plus tard le surnom de Diefenbunker, en hommage au Premier ministre de l’époque, John Diefenbaker, sous le mandat duquel les travaux ont été lancés. L’ouvrage devait permettre à l’appareil gouvernemental de continuer à fonctionner même en cas de conflit nucléaire majeur, une sorte de police d’assurance-vie souterraine pour la continuité de l’État canadien.

Quatre étages sous la terre : le refuge conçu pour survivre à l’impensable

Les chiffres donnent le vertige lorsqu’on les rapporte à cette période. Le bunker s’étend sur quatre niveaux et couvre une surface impressionnante de plus de 9 300 mètres carrés, soit l’équivalent d’environ 100 000 pieds carrés selon les mesures officielles nord-américaines. Pour donner naissance à cette structure hors norme, il aura fallu couler 32 000 mètres cubes de béton et assembler pas moins de 5 000 tonnes d’acier, pour une facture totale dépassant les 20 millions de dollars de l’époque.

L’ingénierie déployée était à la hauteur de la menace redoutée. L’abri avait été pensé pour résister au souffle d’une explosion nucléaire de 5 mégatonnes survenant à 1,8 kilomètre de distance, sans toutefois pouvoir encaisser un impact direct. À l’intérieur, tout avait été prévu pour tenir 535 personnes pendant 30 jours en autonomie quasi totale : une chambre de décontamination, des équipements médicaux et dentaires, une salle de guerre destinée au commandement, des espaces de restauration ainsi que des dortoirs. On y trouvait même une suite spécialement réservée au Premier ministre, preuve que rien n’avait été laissé au hasard dans la hiérarchie des priorités.

Le jour où la panique nucléaire a failli tout déclencher pour rien

Entre 1961 et 1994, le Diefenbunker n’a jamais cessé de jouer son rôle de pièce maîtresse du système de défense civile canadien et de centre névralgique des communications gouvernementales. Des générations de militaires et de fonctionnaires se sont relayées dans ses couloirs, prêtes à activer la procédure d’urgence au moindre signal d’alerte. Le site abritait même un studio d’urgence appartenant à la CBC, pensé pour permettre à la diffusion radiophonique nationale de perdurer même en cas de catastrophe.

Pourtant, malgré des décennies de vigilance et plusieurs épisodes de tensions internationales aussi vives qu’inquiétantes, le scénario redouté ne s’est jamais concrétisé. Le bunker n’a jamais été activé pour une véritable attaque nucléaire. Ses portes blindées, conçues pour se refermer sur l’humanité en péril, n’ont finalement accueilli que des exercices, des simulations et des rotations de personnel. L’ennemi tant redouté n’a jamais franchi le seuil de Carp.

Du secret d’état au musée : la seconde vie du Diefenbunker

Le rideau tombe finalement sur cette page d’histoire en 1994, trois ans à peine après la chute de l’Union soviétique. Le ministère de la Défense canadien décide alors de démanteler la base militaire CFS Carp et de se retirer définitivement du site, qui obtient la même année le statut de lieu historique national. Un tournant qui aurait pu signer l’abandon pur et simple de cette prouesse d’ingénierie, si des bénévoles passionnés n’avaient pas décidé de prendre le relais.

Grâce à leur travail acharné, le musée voit officiellement le jour en 1997, avant d’être reconnu comme organisme de bienfaisance l’année suivante. Aujourd’hui, sous le nom de musée de la Guerre froide du Canada, le Diefenbunker ouvre ses portes au public et propose des visites guidées permettant de découvrir ses installations soigneusement restaurées, de la suite du Premier ministre à la salle du cabinet de guerre, en passant par le fameux studio d’urgence de la CBC.

De simple secret d’État verrouillé, le lieu est ainsi devenu un espace de mémoire ouvert à tous, où petits et grands peuvent mesurer à quel point la peur d’un conflit nucléaire a façonné les décisions politiques et l’ingénierie du siècle dernier. En ce début d’automne, alors que les tensions géopolitiques ressurgissent régulièrement dans l’actualité, une visite au Diefenbunker prend une résonance particulière. Ce bunker n’a jamais eu à remplir sa mission ultime, mais il continue aujourd’hui d’accomplir une tâche tout aussi essentielle : nous rappeler à quel point la paix reste précieuse et jamais totalement acquise.

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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